Une affaire de famille – Kore-eda

Une affaire de famille – Kore-eda

Sorti le 12 décembre 2018 en salle, Une affaire de famille figure parmi les films primés et classés de cette année qui vient de s’achever. En effet, palmé au Festival de Cannes, ce drame japonais de Hirokazu Kore-eda conte l’histoire d’une famille composée, atypique, isolée et peint une réalité très crue avec sensibilité.

Il y a cinq ans, il nous avait déjà offert un Tel père, tel fils qui avait remporté le Prix du Jury sur la Croisette, et qui nous faisait réfléchir à propos des liens du sang ou affectifs qui unissent les parents aux enfants, aujourd’hui ce nouveau drame s’inscrit dans une thématique voisine qui est celle de l’attachement et de la rencontre familiale.
L’arrivée de la petite fille maltraitée au sein de la famille composée permet parallèlement de faire découvrir au spectateur le fonctionnement de leur vie en communauté, et lui donne le temps en même temps qu’à elle de s’attacher à ses différents membres.

Si le film s’attaque à de grandes thématiques sociales avec force et nuance, le rendu n’en est pas moins humain. On est attaché, ému, devant les vécus des personnages, confrontés à se battre par des moyens très diverses contre leur propre condition, en vue de la protection de leur accord commun.

Kore-eda indique qu’il s’est lancé dans le projet parce qu’il avait entendu parler de familles touchant illégalement la pension de retraite de leurs parents qui étaient morts depuis longtemps. Il a eu envie d’explorer la nature des rapports familiaux en s’intéressant à une famille « seulement liée par des délits ».

Le spectateur est exposé aux doutes de chacun, et à leurs espoirs, mais le film laisse planer une ambiance plus profonde, plus ancrée qui révèle de non-dits assez sombres jusqu’à la fin du film.
Les points forts du film sont indéniablement la qualité du cadre et la beauté de l’image, la force des moments pourtant quotidiens et des silences, ainsi que les émotions sombres et latentes qui s’y dégagent. En effet, Kore-eda a collaboré avec le directeur de la photo Kondo Ryuto, « l’un des meilleurs chefs-opérateurs japonais » dit-il, « grâce à son point de vue sur la mise en scène, il propose de nombreuses interprétations de l’histoire et des personnages ».
Le film laisse effectivement une large marge de manœuvre au spectateur quant aux raisons des comportements des personnages et des liens qui les unissent vraiment.

Et cela peut amener à un débat sur la réelle longueur du film qui, pendant près d’une heure trente, nous laisse nager dans notre imagination et notre incompréhension. Les détracteurs du film ajouteront qu’il est très lent, trop lent pour des scènes dont on ne saisit pas le sens et l’importance. On peut se demander par exemple pourquoi le réalisateur a voulu intégrer tant de scènes de repas partagés par la famille, où les conversations nous échappent.

Kore-eda ajoute « Ce film devait être une fable, et je me demandais comment insuffler de la poésie au coeur de la réalité qu’il décrit. Car même si le film est réaliste, je voulais évoquer la poésie des êtres humains qu’on y rencontre, et la photo comme la musique faisaient partie des outils que je souhaitais utiliser pour y parvenir. »
En effet, la bande son du compositeur Hosono Haruomi joue également un rôle important dans sa liaison à la dimension fantasmatique du récit. Elle colle aux caractères des moments, appuie le récit et contribue au développement de sentiments contraires qui s’affrontent : la liberté et la condamnation, la paix et la maltraitance, l’amour et la haine.

Si parfois notre « famille » semble constituer un tout harmonieux, où chacun semble trouver sa place, où l’on peut croire en une bonne fin, la réalité semble toujours les rattraper et les ramener aux dangers qu’ils encourent concernant leurs affaires manipulatrices et illégales.
Mais ici encore, on peut peiner à savoir de quel coté l’on doit se positionner, et comprendre l’intérêt d’un scénario qui veut dire suffisamment mais pas assez pour que nos idées soient claires et que l’on ne s’y perde pas.
Mais ce film restera un révélateur très juste de réalités japonaises taboues, et un beau film qui nous transportera dans sa douceur comme dans sa force sur une affaire familiale complexe et tortueuse d’humains sensibles.

 

Marie Laurent

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