The Guilty, un polar poignant

The Guilty, un polar poignant

Sorti en salles en Juillet 2018, Le long-métrage The Guilty a réussi son défi de tenir en haleine pendant près de 1h20 les spectateurs seulement doués de leur imagination. De fait, étant un huis-clos focalisé exclusivement sur le kidnapping d’une mère de famille, et suivi par l’intermédiaire d’un répartiteur d’appels d’urgence au 112 (Asger Holm, interprété par Jakob Cedergren), le défi posé par ce thriller était de taille.

Le réalisateur et scénariste, Gustav Möller, danois, réalise avec The Guilty son premier long-métrage dans un cadre contraignant et a priori peu spectaculaire : un centre d’appels très fidèle à la réalité construit dans un immeuble de bureaux abandonnés.

L’intérêt de ce film réside principalement dans le travail sonore et l’interprétation de la bande-son. On a chaud pendant tout le film, mais cette chaleur vient contraster avec l’univers calme et posé, presque lent du lieu, entouré par une pluie premièrement forte et agressive. En effet dès les premières scènes, les sons nous immergent totalement dans une ambiance lourde et tendue. Comme l’indique Corinne Renou-Nativel de La Croix « Le clapotis plus ou moins intense des gouttes et le bruit régulier des essuie-glaces apportent des images concrètes et puissantes du dehors. » Cette analyse fait presque totalement écho à celle du réalisateur, qui témoigne que « C’est comme si on avait fait la moitié du travail sur les décors et l’image dans la salle du montage son », puisque ces sons ont été pris au préalable sur les lieux de l’action, pour ce qui est de la voiture et de l’extérieur.

Les spectateurs se voient dès lors décrire les conséquences d’un fait divers à jamais invisible à leurs yeux, réduits au statut d’auditeurs, statut qu’ils partagent avec le policier lui-même.

Le réalisateur confie également l’importance primordiale également du regard de l’acteur, Jakob Cedergren, qui fait paraître tout du long du récit une profondeur habitée d’un grand calme, nécessaire à l’obtention d’une image fidèle à celle du métier. Car Jakob semble cacher tout autant de secrets que le kidnapping dont fait l’objet son enquête, le spectateur se retrouvant alors à visualiser à travers les sons de la voix de Jessica Dinnage et ceux du répartiteur deux ressentis et mystères en parallèle.

Jessica Dinnage, quant à elle, offre une performance très singulière, qui permet notre immersion au sein de la souffrance de cette femme que l’on ne peut se représenter que par son timbre brisé et spécifique.

Gustav Möller tient à ce que son film soit « vu » librement par les spectateurs, que les explications sur le cadre de l’enlèvement ne soient pas assez précises pour ôter cette liberté d’images mentales propres. Il est enfin à noter qu’il s’est également inspiré d’un appel au 112 dont il a été témoin, celui d’une femme kidnappé, femme qui devait utiliser tout comme dans The Guilty un langage codé, étant assise à côté de son ravisseur.

C’est ainsi que cette mise en scène par suppression du mouvement finit par construire un beau polar de l’impuissance.

Primé par plusieurs prix du public, dont le prix du meilleur réalisateur au Festival international du film de Seattle, et le prix d’interprétation masculine pour Jakob Cedergren au Festival international du film de Thessalonique, The Guilty vaut donc définitivement le détour !

 

Marie Laurent

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