Holy Motors, de Leos Carax

Holy Motors, de Leos Carax

13 ans que Leos Carax n’avait pas réalisé un film. Il revient aujourd’hui, en compétition officielle à Cannes, avec ce qui pourrait bien être l’une des œuvres les plus hallucinantes de cette 65ème édition du Festival.

Le film commence sur une salle de cinéma, puis on suit une sorte de millionnaire, Monsieur Oscar,  qui parcourt Paris en limousine, et change de vie à chaque arrêt. Autant de costumes différents que d’incarnations de vies différentes, d’une Roumaine qui fait la manche à un tueur mécanicien en passant par un monstre hybride en costume vert mi-humain mi-homme des cavernes nommé Monsieur Merde (déjà présent dans son précédent film). Comme lui rappelle son chauffeur qui semble aussi être sa secrétaire, son emploi du temps est chargé, les « dossiers » à traiter dans la journée sont encore nombreux, et ainsi s’annonce le film : une succession de rôles surprenants.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que l’on assiste à deux performances extraordinaires : d’une part celle de l’acteur, Denis Lavant, transformiste et d’une laideur charismatique, et d’autre part à celle du personnage, qui est lui même l’acteur de chacune ce ses vies. Ce scénario si ambigu dans lequel la personnalité du personnage se fond et se refond entre le réel et le fantastique, est avant tout une mise en abyme, du cinéma, de l’existence, de la personnalité, de Denis Lavant. Toutes les hypothèses quant à l’interprétation du film semblent en effet permises tant sa construction et sa mise en scène sont riches. Mais lorsque Carax fait référence à Godard, lorsqu’il filme une scène de captation d’image de synthèse tel un opéra lyrique et qu’il rend hommage tout au long du film aux différents genres du cinéma, c’est bien celui-ci qui apparaît comme fil conducteur de ce rêve mélancolique et brutal. Holy Motors contemple la mythologie du cinéma, il l’interroge, et semble incarner la chute et la fin d’une conception du cinéma. Et avec cette narration innovante et déroutante, le film apparaît finalement comme paradoxalement novateur.

Mais il est fondamentalement impossible de comprendre réellement Holy Motors. C’est un film qui ne se comprend d’ailleurs probablement pas lui-même, une sorte de mutant poétique non conçu pour la production en série, pour citer Hunter S. Thompson. La puissance d’Holy Motors s’apprécie par flash, par illumination lors d’une scène dont l’intensité choque. Comme cette scène entre un père (Denis Lavant, dans son nième incarnation) et sa fille. Monsieur Oscar enfile le costume du père l’espace d’un trajet en voiture, sauf que la sincérité et la crudité de leur dialogue déroute, il semble non plus jouer le père mais être le père, avant de laisser sa fille au coin d’une rue et de lui lâcher : »Ta punition, ma pauvre fille, c’est d’être toi ».

Léos Carax brouille continuellement les frontières entre la fiction et la réalité, entre le rationnel et l’hallucinant, entre le beau et le laid, entre le psychédélisme et la schizophrénie. Ma palme d’or.

Tristan V. 
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The Dictator, avec Sacha Baron Cohen

The Dictator, avec Sacha Baron Cohen

L’amiral général de la comédie faussement scénarisée est de retour après son bouillant Borat, et son décevant Bruno. Vaguement, c’est l’histoire d’un dictateur à forte pilosité nord africain, qui vit dans le luxe, la luxure, le machisme, la peur et qui garde son immense source de pétrole pour lui. Il va cependant se rendre a l’ONU pour négocier ses volontés de guerre, mais va se faire doubler. Il devra donc se venger, seul dans New York…

Alors que penser de ce film? Du bien et du mal.
Du bien parce qu’il prend a Borat ses qualités d’inventivité, de variété et surtout d’impertinence . Il récupère aussi la figure de l’anti héros en marge, qui ne comprend pas la société américaine et les avancées culturelles et sociales, un décalage assez croustillant. L’humour mêle le gras, le baveux, aux finesses d’une écriture parfois acérée quant elle traite de la politique américaine (la pique sur Dick Cheney et le discours de fin sont particulièrement bien sentis). Ce contraste est rafraichissant et parfaitement maitrisé.
Pour être complet, on se doit de saluer la performance de Sacha Baron Cohen, encore une fois excellente, et parfaitement secondée par Anna Faris, habituée des Scary Movie, qui a pourtant un réel talent qu’elle fait parler dans ce film.
Le personnage du dictateur est très charismatique, bien plus que l’efféminé Brüno, son univers est très bien travaillé et la promotion (on pense aux félicitations à notre cher nouveau président) est plutôt caustique.

Mais du mal aussi. Le film hérite du défaut majeur de son prédécesseur: il manque cruellement de rythme. Et cela est notamment du au fait que Sacha Baron Cohen a encore une fois (comme dans Brüno) décidé de réellement scénariser son film, d’en faire une véritable fiction, et non pas juste un « Mockumentary » (un faux documentaire) enchainant les sketchs comme des perles. De fait, l’ancrage dans le réel est inexistant (faute à une surenchère de moyen, à une réalisation très professionnelle), ce qui ne permet pas d’avoir comme avec Borat, le sentiment d’avoir les seconds rôles et figurants totalement dépassé par les événements et par le personnage principal. Le film manque d’euphorie, le tout fait un peu faux, très contrôlé et sans réelles folies. La présence de guest-star comme Ben Kingsley, John C. Reilly, Megan Fox ou encore Gad Elmaleh est plutôt sympathique mais elle renforce ce coté faux, et nuit malheureusement au film.

Le film présente bien, ne fait pas cheap, on peut clairement rire à de très nombreux moments, mais il manque l’honnêteté et l’audace dont faisait preuve Borat, qui l’a rendu si culte. Malgré ses défauts, le film reste top à voir entre amis mais n’entrera pas dans les annales.

Cyril C.

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« Summertime » de Matthew Gordon, déroute initiatique et anti-rêve américain

« Summertime » de Matthew Gordon, déroute initiatique et anti-rêve américain

  Dans une petite ville du Mississipi, Robbie, 14 ans, abandonné par sa mère et de père inconnu, est contraint de s’occuper de son demi-frère, Fess, et de sa grand-mère, la vieille Gimmel. L’été arrive, les deux frères passent leur temps dans les champs, aux abords de la  la rivière ou du distributeur de sodas de la vieille station service. Quand le frère aîné, Lucas, réapparaît l’espoir d’une famille à nouveau réunie renaît.

Prix du Jury au Festival de Deauville, « The Dynamiter » (renommé « Summertime » pour sa sortie française) est le premier long-métrage d’un documentariste d’expérience, Matthew Gordon qui aura passé 15 ans à réaliser des documentaires pour HBO, Discovery Channel… Film indépendant, ce dernier est entièrement financé par le réalisateur et ses proches,  composé d ‘acteurs non-professionnels de la région.

Matthew Gordon filme le Sud appauvri, le Mississipi et son taux de chômage record. Ses champs à pertes de vue, ses bicoques clairsemées et ses routes désertes. Au milieu de ce décor, Robbie se débrouille pour protéger son demi-frère et tenter de s’en sortir comme il peut. Élève moyen et à problèmes, le directeur lui impose la rédaction d’une dissertation  libre, validant son passage au lycée. Le jeune adolescent commence à y inscrire ses rêves, ses envies et ses désillusions. La conclusion sera sans appel, à l’image d’un rêve américain qui n’existe plus dans ces contrées reculées.

Le corps de Robbie transpire, la sueur mouille ses tee-shirts dans un combat pour faire respecter son nom et protéger sa famille. La tension est palpable en écho à une météo moite, et orageuse. On suit son parcours tragique, entre affrontements et désœuvrements, force tranquille et violence décomplexée. Robbie est un Dynamiter, dans l’énergie qu’il met en œuvre pour dépasser sa situation : des responsabilités  qui arrivent trop vite, des espoirs déchus par la réalité environnante.

La lumière naturelle inonde le film, et on décèle ici toutes les qualités d’un documentariste expérimenté ainsi que son ode à une nature farouche et hostile. Le contraste est frappant entre cette lumière aveuglante, et l’obscurité du propos. Entre l’attachement à cette terre, et  le déracinement final et contraint de Robbie. Les focales de Gordon illustre à merveille le trouble dans lequel est plongé l’adolescent. La spontanéité des jeunes acteurs est servie par une caméra sans filtre, et la brutalité de ces existences mise à jour. L’honnêteté et la vérité éclatent comme une révolte sourde.

En toute retenue et simplicité, Mathew Gordon signe un film familial d’un puissant réalisme, sans jamais tomber dans le travers d’un misérabilisme complaisant. Le réalisateur se situe dans la veine du cinéma indé US, mettant à mal l’optimisme du rêve américain, prêtant une voix à ses laissés-pour-compte. Un auteur à suivre.

Kénan J

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Prometheus de Ridley Scott

Prometheus de Ridley Scott

Pourquoi Prometheus 3D s’annonce dément (spoilers)

Prometheus devait signer le retour de Ridley Scott, réalisateur d’Alien, mais en s’enfermant dans un film à gros budget c’est le spectateur qui ne reviendra pas.
Même si elle n’est pas au goût de tous, la 3D est très bien réalisée. Le début de ce film nous fait voyager avec de très belles images et les effets spéciaux nous font rêver, mais cela ne fait pas un film.
En effet, ce qui manque à Prometheus, c’est une histoire. Le fil conducteur basé sur des réflexions sur la vie, sur l’origine de notre civilisation et les raisons de notre existence, est pour le moins décevant. Ce dernier est si mal encadré que cela part dans tous les sens. On nous envoie des phrases pseudos philosophiques qui plutôt que nous faire réfléchir, nous font sourire.

Pour faire passer la pilule, Ridley Scott apporte quelques scènes comiques et romantiques sans que cela ne change l’impression que l’on a de ce film.Le dénouement quant à lui ne donne pas les réponses que l’on attendait, on reste donc sur notre fin, pour ne pas dire déçu.
En résumé, une bonne introduction, une conclusion plus que limite et un développement qui se perd lui même font de ce film un nanar où seules les images nous font rester assis.

Quentin Beun

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Festival de Cannes 2012

Festival de Cannes 2012

Du 16 au 27 mai 2012 se tient a Cannes le plus gros festival de cinéma d’Europe. Stars, paillettes, tapis rouges et films magistraux sont le crédo de cet évenement.

Et Dauphine y débarque en masse. Ce ne sont pas moins de 27 membres de l’ACD vont te faire découvrir le week-end prochain, par leurs critiques et leurs photos la magie de cet évènement unique.

De Cronenberg à Haneke, de Ken Loach à Audiard, d’Anderson à Hüseyin Aydın, tous les plus grands se sont donnés rendez vous sur la croisette. Alors dès à présent, fais toi ton programme cinéma pour les semaines à venir!

 

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