Feuilleter des photos du Mexique des années 1970 – Roma

Feuilleter des photos du Mexique des années 1970 – Roma

Roma, c’est le film qui a remporté le Lion d’Or à la Mostra de 2018. Roma, c’est aussi le nouveau film d’Alfonso Cuarón. Et Alfonso Cuarón, c’est le réalisateur de Gravity, entre autres. Mais avant toute chose, Cuarón est un mexicain né au début des années 60.

Dans Roma, il livre de manière intime sa vision du Mexique des années 70 tel que lui l’a vécu, tel qu’il l’a ressenti. Ce film, c’est une grande imagerie de l’enfance qu’il a passée dans son pays natal, teintée d’une pointe de nostalgie. Avec le temps, Cuarón aurait pu magnifier ses souvenirs, mais la beauté de ces moments passés tient assurément plus du fait qu’ils aient gardé leur véracité originelle.

Quand bien même cette culture ne nous est pas familière, la justesse du film demeure palpable tant il dépeint la vie sans jamais verser dans le romanesque. Il serait légitime de penser que cette justice faite au Mexique de 1970 et aux personnages qui le peuplent découle du vécu même du réalisateur. Mais ce serait négliger l’effet du noir et blanc sur notre perception de l’histoire.

Si chaque plan apporte quelque chose au déroulement du film, il est aussi vrai que chaque scène est d’une incroyable beauté photographique. La double lenteur des actions et de la manière de filmer entraîne une douceur prégnante, qui accompagne même les moments les plus terribles.

Fidèle à l’impression que la vie peut faire sur nous, Roma nous laisse un goût doux-amer. Les espoirs déçus, les tromperies ou les accidents tragiques sont filmés de la même manière que l’amour familial sincère.

Mais au-delà de tout ça, Cuarón dresse un éloge des femmes mexicaines avec pour toile de fond une situation politique troublée. Alors que le Mexique était gouverné par le PRI ou Parti Révolutionnaire Institutionnel, des étudiants affiliés à la mouvance d’extrême gauche et des groupes de guérilla se révoltent et revendiquent l’ouverture du régime politique et sa démocratisation. C’est la Guerra sucia ou les conflits mexicains associés à la Guerre Froide. Si la contestation étudiante, ou le massacre de Corpus Christi, n’est que brièvement abordé, il n’en reste pas moins que les femmes que Cuarón met en scène font face aux difficultés qui y sont lié avec force et courage. Cette ode à toutes ces femmes meurtries dans leur corps ou dans leur esprit s’illustre à travers la figure de Cleo, la nourrice attachée à une famille bourgeoise de quatre enfants, la figure de Sofia, la mère de cette famille ou encore celle de Teresa, la mère de Sofia.

La qualité de la bande-son vient souligner celle des images. On y entend la version de Mamy Blue par Roger Whittaker ou encore Corazón de Melón par l’orchestre de Pérez Prado.

Néanmoins, un bémol au film est son absence de projection en salle. Comment goûter la douceur des plans et des sons lorsqu’on n’est pas immergé dans une salle obscure ? Je pense que Roma est un film qui ne mérite de se voir qu’au cinéma, et non sur un petit écran sur Netflix. Bien qu’il soit dommage de visionner ce film dans de telles conditions (du fait de la contrainte pécuniaire imposée à la production d’un film), je ne peux que recommander ce moment apaisant et chaleureux.

 

Emmeline

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