été ciné 2020 – Film #5 : La femme de mon frère : la vie en rose (et bleu)

été ciné 2020 – Film #5 : La femme de mon frère : la vie en rose (et bleu)

En cette période estivale parfois caniculaire, rien de tel que de s’immerger dans le Québec enneigé de « La femme de mon frère », et dans la fraîcheur de ses personnages. Sophia, jeune doctoresse en philosophie sans emploi, cherche un sens à sa vie… Rien que ça ! Avec son frère et colocataire Karim, les réflexions aussi profondes qu’absurdes fusent, leur complicité est palpable et attendrissante. C’est donc avec un décalage particulièrement bien trouvé qu’est abordée l’angoisse de Sophia, conséquence directe des multiples injonctions qui pèsent sur elle (et sur beaucoup de femmes) : trouve un conjoint, aie des enfants… Entre un frère amoureux d’une femme qui semble parfaite – belle, attentionnée, confiante, en pleine réussite professionnelle -, et des amis satisfaits de leur couple, de leur emploi ou de leurs enfants, l’étau se resserre progressivement autour de Sophia.

Le choix des couleurs dans ce film récompensé à Cannes (Prix coup de cœur du jury de la sélection « Un certain regard ») n’a rien d’anodin. C’est principalement la prédominance du rose et du bleu qui marque le spectateur ; très genrées, ces couleurs rappellent les jouets roses des petites filles les enfermant insidieusement dans un rôle de mère. Outre ce choix symbolique, le plaisir du jeu avec les couleurs de Monia Chokri se ressent dans le choix des décors, des costumes et du maquillage. Comment ne pas citer les tenues éclatantes de l’incroyable Jasmin ? N’importe quel arrêt sur image prouve l’inventivité de la réalisatrice.

Le film est à la hauteur de ses couleurs : vif, éblouissant, faussement gai. Les répliques entre Sophia, drôle et cynique, d’un pessimisme et d’une misanthropie fièrement affichés, et ses parents rêveurs et idéalistes sont incisives. La qualité des dialogues se dévoile tout autant dans les joutes verbales entre Sophia et Karim. Nombreuses sont les scènes frôlant le burlesque (comme celle, mémorable, d’un repas familial explosif), qui invitent le spectateur à porter un regard à la fois moqueur et attendri sur les personnages. Sous ses faux airs de farce, « La femme de mon frère » traite ainsi d’une question délicate et pourtant universelle, celle de la signification de l’expression « réussir sa vie » : quelles sont les conditions de cette réussite, et peut-on réellement les établir soi-même ? En clair, puis-je me défaire de la définition qu’en donne mon entourage, voire la société ? C’est pourtant avec beaucoup de luminosité (visuellement et métaphoriquement) que Monia Chokri s’attelle à ces questionnements, et éblouit.

 

Aude Laupie

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