Climax, sans foi ni loi.

Climax, sans foi ni loi.

Des danseurs, une fête, des vinyles, une sangria, des filles, un enfant, un drapeau, une sangria, un couloir, un miroir, une forêt, une sangria, des rires, de la neige, des cris, une sangria, des danseurs, une fête, … Une boucle sans fin, dont le rythme s’accélère, jusqu’au Climax. Ce résumé substantif pourrait suffire.

Il s’agira ici d’aborder le dernier long métrage de Gaspar Noé, présenté à la quinzaine des réalisateurs en mai 2018, Climax. Le réalisateur, dont l’univers fait la particularité est empreint d’un esthétisme décadent, d’une force très particulière qui émeut autant qu’elle peut déranger. En abordant les thèmes de la drogue, du sexe et de la violence Climax s’inscrit dans la mouvance du cinéma de Noé, aux cotés d’Enter the Void (2010) ou de Love (2015).

Une troupe de danseurs est réunie dans une école de province pour une résidence d’une semaine. A l’issu de l’exercice, la troupe bloquée par des conditions climatiques exécrables va se retrouver contrainte de repousser son départ. S’organise ainsi une dernière soirée, dont les seules réjouissances en vue sont les histoires de cœur et la sangria… sans compter sur le fait que cette dernière contienne de la drogue.

 

Dès les premières minutes du film le spectateur est plongé dans l’univers de Noé : musique, lumière, torrides scènes de danse, tout y est. Un mélange retentissant et doux amer, d’emblée. Le rythme s’impose très rapidement et nous tient en haleine; on veut y être. La soirée bat son plein; séduction, altercations, Gaspar est toujours aussi border. Le rythme prend, la caméra s’affole, au gré de plans-séquences à couper le souffle. Le film de 90 minutes en compte d’ailleurs neuf, ce qui est un exploit, au regard de la complexité de certaines scènes. Ces longs plans-séquences, qui sont des scènes où la caméra ne s’arrête pas et filme en continu constituent l’identité du film.

D’autant plus qu’il s’agit d’un huit clos. Le spectateur est donc totalement immergé dans une vertigineuse spirale visuelle et sonore; Climax est une expérience du début à la fin.
Un autre point à souligner, qui est aussi caractéristique du cinéma de Gaspar Noé est qu’il ne rédige quasiment pas de scénario. Tout est fait pour rendre l’atmosphère plus réelle et crue. Les dialogues qui naissent -de l’improvisation donc- déroutent d’abord par leur simplicité, leur absence de filtre. C’est d’abord cru et puéril puis on se prend au jeu, à leur jeu.

Le casting du film est peu connu, il s’agit d’un premier film pour beaucoup des acteurs et Gaspar Noé refuse de les enfermer dans le carcan du dialogue appris par cœur. Il laisse s’exprimer ses personnages, il les laisse évoluer, s’empreindre de la musique, de l’univers, de la quasi-violence du lieu, de ce drapeau français en sequins qui les scrute et auquel ils mettent un point d’honneur à se présenter; ils affirment leur identité à son égard.

La danse est l’élément central mais elle constitue, au rythme de la techno, un médium d’expression, une façon qu’ont les acteurs de se livrer. Le casting du film incarne un jeunesse révoltée et sensible; forte des stigmates de sa lutte identitaire, contres des codes auxquels elle ne peut plus répondre, ceux d’une société qui n’avance pas. Le mélange de ce lieu qui incarne la vieille France, de ces personnages jeunes, révoltés, pleins de rêves et de désirs, de la drogue créée une œuvre détonante, qui frappe celui qui regarde, celui-là même qui ne peut s’extraire du film.
Climax raconte comment ses personnages voient leur sensibilité décuplée, jusqu’au climax, jusqu’à la mort.

« Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif. »
Climax est un bad trip sous acide, pour autant, c’est une merveille, je persiste.

Chloé Daveux

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