ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #7 : La Traversée de Paris (1956)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #7 : La Traversée de Paris (1956)

La Traversée de Paris, le chef d’œuvre de Claude Autant-Lara, est le film qui vous permettra de découvrir ou de redécouvrir le Paris de l’occupation.

Sorti en 1956, inspiré par une nouvelle de Marcel Aymé, La Traversé de Paris nous plonge dans le Paris des années 40-44 à travers le prisme du marché noir. Marcel Martin (Bourvil) et Grandgil (Jean Gabin) se retrouvent par un concours de circonstances à transporter, à travers les rues de la capitale, un cochon dans des valises. Ils rencontreront au cours de leur épopée, tous ces personnages que constituent les parisiens pendant la guerre : les résistants, les miliciens, les trafiquants, l’armée allemande, la gestapo et tous ces gens ballottés par le quotidien essayant de tirer profit de leur situation …

 

 

Ainsi, choisir de regarder La Traversée de Paris, c’est s’offrir une nouvelle vision de la France sous l’occupation, une vision sans doute plus juste, plus saisissante et plus contrastée que le cinéma résistancialiste d’après-guerre ; comme le film « Nuit et Brouillard » sorti la même année. Admirer la première rencontre de Bourvil et Jean Gabin, les deux monstres du cinéma française, s’échanger de succulentes répliques ; on retiendra notamment le fameux « Salauds de pauvres ! » déclamé par Grandgil dans un café ou encore sa désormais célèbre gueulante « JAMBIER, 45 RUE POLIVEAU, POUR MOI C’EST 2000F ! ». Regarder ce film c’est aussi savourer le rôle qui propulsera Louis de Funès dans sa carrière sur le grand écran et qui le révèlera dans son personnage du petit patron hystérique.

 

 

 

La Traversée de Paris contentera aussi les puristes, tourné en noir et blanc, le célèbre chef décorateur Max Douy y laisse transparaître ses influences expressionnistes qui soutiennent à merveille le propos du film en proposant une image contrastée et une ambiance inquiétante.

 

Arthur Paillet

 

 

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #7 : La Dolce Vita (1960)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #7 : La Dolce Vita (1960)

Pas facile de poser un regard critique devant le chef-d’œuvre incontesté de Fellini, qui donna son nom à une expression bien connue : la Dolce Vita. Cela demande déjà du temps (et de la motivation : 2h47 de film tout de même), et surtout de garder un œil attentif pour tenter d’en comprendre les subtilités.

Construit sous forme de comédie humaine, la Dolce Vita raconte l’histoire de Marcelo (interprété par le mythique Marcello Mastroianni), journaliste à scandale désillusionné, passant de femme en femme et prisonnier d’une fiancée jalouse. Son métier de paparazzi l’amène à fréquenter les lieux de vie nocturne de la capitale italienne, faite d’excès et de divertissement, sur fond de questionnement existentiel.

 

 

La caméra de Fellini et toute la narration suivent les déambulations de Marcello, les autres personnages du film (majoritairement féminins) n’existant qu’aux travers des relations qu’ils entretiennent avec lui. On les découvre au rythme des rencontres de Marcelo, en comprenant au fil de l’histoire qu’ils ont tous une caractéristique commune : ils sont mélancoliques et désorientés. Prenons par exemple sa maitresse Madalenna, richissime héritière insatisfaite et incapable d’engagement, ou encore Steiner, intellectuel qui parait à première vue jouir d’un équilibre familial, pour qui Marcello a grande estime, et qui finit par se tuer par peur de sa propre existence. Un personnage rompt néanmoins avec la nostalgie ambiante du film et fascine Marcello par sa feinte naïveté et sa beauté : Sylvia, vedette de cinéma ; objet de désir et figure d’insouciance par excellence.

 

 

Plus encore que l’histoire de Marcelo, le film dépeint un personnage grandiloquent : Rome elle-même. Incandescente et scandaleuse, elle reflète l’insouciance forcée de ses personnages excessifs, perdus et désorientés par leur argent, leur désir et pour qui il est difficile de dire ce qui a le plus de valeur : l’amour, l’argent ou le désir. Marcello, pétri d’une véritable ambition journalistique et littéraire en arrivant à Rome, s’est laissé aspiré par ce monde d’artifices, de tromperies, de rencontres et finit par perdre ses repères :  la femme qui lui porte un véritable amour et ses idéaux journalistiques et littéraires. Le désir a remplacé l’amour et l’argent a pris le pas sur les ambitions intellectuelles. Ce qui le structurait initialement et l’animait s’est dilué à mesure de ses désillusions : le suicide de son ami, le désengagement de Maddalena, le départ soudain de son père de passage à Rome, alors qu’il pensait enfin s’en rapprocher. Le paroxysme de cette déchéance, montrée sous un regard cruel et acerbe, est une des dernières scènes dans laquelle on voit Marcello et ses amis ivres à une soirée. Cynique, humiliant et moqueur, le personnage principal est devenu le reflet de sa perte de foi totale en ses idéaux initiaux. La scène finale éclaire néanmoins la fin du film : une jeune fille, comme une apparition, pose un regard innocent sur Marcello qui le lui rend avec bienveillance, comme si une part de lui-même demeurait attendrie, et maintenait l’espoir de le voir recouvrir ses idéaux initiaux.

 

 

Comme de nombreuses scènes du film, cette fin reste ouverte à interprétation. Le film lui-même n’offre que peu de clefs de compréhension, si ce n’est le genre cinématographique,  « réalisme visionnaire » du cinéma italien des années 50-60 (Edouard Dor). Fellini s’inspire d’une époque, d’une ville d’une société filmée en tant que simple observateur, tout en y injectant un trouble existentiel caractéristique de ses contemporains.

Contrairement à son titre, la Dolce Vita n’est pas un Feel-Good movie, mais un tableau fidèle d’une Rome entrant d’une nouvelle ère.

A voir ou à revoir ici

 

Emma De Bouchony

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #6 : Les Demoiselles de Rochefort (1967)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #6 : Les Demoiselles de Rochefort (1967)

C’est la fête de la mer dans la ville de Rochefort ! Au bord de la Charente, pas bien loin de l’océan Atlantique, Delphine et Solange, sœurs jumelles toutes deux âgées de 25 ans cherchent « l’idéal masculin ». Cette comédie musicale, sortie en 1967, résonnera peut-être en vous comme un souvenir d’enfance ou simplement comme une découverte à ne pas manquer. A voir seul.e, entre ami.e.s ou en famille, ce film saura vous inspirer. Jacques Demy n’a rien laissé au hasard, une pure fête visuelle, musicale et entrainante qui vous tiendra en haleine jusqu’aux dernières secondes.

 

 

Avec Catherine Deneuve, Françoise Dorléac et Gene Kelly, « Les Demoiselles de Rochefort » met en scène un sujet connu de tous : la recherche de l’amour. Ce film n’a pourtant rien d’une comédie romantique banale. Chaque détail affirme un film bien avant-gardiste, les femmes y sont libres, à fort caractère, charmeuses, talentueuses et glorieuses comme le soleil en plein mois de juillet. L’été, saison pendant laquelle se déroule le film, est d’ailleurs tout à fait éclatant. Dès le premier plan, un chant d’oiseau vient annoncer la couleur, le film sera à l’image de l’été, doux et éblouissant.

 

 

Cette comédie musicale évince toute superficialité en faisant appel à nos sens à travers l’art. Très colorée, elle enchaine pirouettes, sauts et couleurs explosives. Des éclats de Rose au jaune aveuglant, vous ne pourrez qu’être fasciné.e.s. Votre plaisir visuel ne s’arrêtera pas là ! Le réalisateur utilise l’art pour partager sa façon de voir et de vivre l’amour. Jacques Demy le sacralise en utilisant le chant, la musique, la danse, mais aussi la sculpture ou la peinture. L’histoire paraît presque chantée, les chansons vous resteront en tête. Bref, un film en fête ! Une leçon de style, de rythme et de grâce !

 

 

Ce film inspire la joie, à tel point qu’il vous sera impossible de le voir sans faire travailler les muscles de votre visage. Alors laissez-vous emporter par la combinaison explosive du génie de Michel Legrand et de la grandeur de Jacques Demy.

 

Emma Angelelli & Tom Polatsek

ÉTÉ CINÉ – 2019 – FILM #5 : Apocalypse Now (1979)

ÉTÉ CINÉ – 2019 – FILM #5 : Apocalypse Now (1979)

Bienvenue dans une folie noire. Apocalyspe Now est un film de Francis Ford Coppola parut en 1979. C’est une critique profonde de la guerre du Vietnam (1963-1975), un film noir et lourd. Un fou, le capitaine Willard interprété par Martin Sheen en recherche un autre, le colonel Kurtz interprété par Marlon Brando. Le premier se voit attribuer une mission secrète : entouré d’un groupe de 4 hommes à bord d’un patrouilleur, il doit remonter un fleuve d’Indochine pour retrouver le colonel Kurtz, un officier américain ayant plongé dans la folie. Ce-dernier n’obéit plus aux ordres et se livre à des pratiques de guerre jugées « malsaines » par les étoilés de l’armée américaine.

Le bruitage joue un rôle particulièrement important dans le film, et entretient cette atmosphère où le poids de la folie se fait constamment sentir. On peut diviser le film en deux parties, en fonction de la sonorité.
Dans la première partie du film, l’itérant bourdonnement des hélicoptères, semblable au bruit de frelons volant en escadrille dans un jardin autrefois paisible, prédomine la bande son. Une scène particulièrement marquante et relativement connue et celle de l’attaque du village d’embouchure du fleuve. Le son roque et répété des machines de guerre volantes s’entremêle à la violente « Chevauchée des Walkyries » de Wagner et au son des mitraillettes et autres instruments de la mort. Puis, le patrouilleur commençant son expédition, l’omniprésent bourdonnement laisse place aux bruits de la jungle et au cri de l’homme.

 

 

Ce-dernier apparait comme déshumanisé à partir de cette entrée dans la jungle. Il ne sait pas pour et contre qui il se bat, si ce n’est contre lui-même, la lutte contre son dérèglement intérieur. L’évolution psychologique des soldats de l’escouade en est la preuve. Si George Philipps, commandant du bateau et ancien de la troupe semble épargné, ce n’est pas le cas des 3 autres jeunes soldats, Lance, Tyrone et Jay dont l’esprit semble rongé par la peur de cette violence froide et de la mort. Ils deviendront alors des prédateurs au service de leur peur pour ne pas être les victimes de cette guerre qu’ils n’ont pas choisie, sur fond de racisme, de pleurs et de meurtres. Le capitaine Willard, personnage principal du film, est lui aussi atteint depuis ses premières missions en Indochine : on le comprend dès les premières minutes. Néanmoins, il semble lucide car sa quête de sens dans la folie du colonel Kurtz le rend moins aliéné que les autres soldats.

Les image à elles-seuls justifient le titre que l’on attribue volontiers au film, d’« un des meilleurs films de tous les temps » selon l’American Film Registry. Images rapides de combat se mêlent aux lents et angoissants dialogues entre les personnages, particulièrement lors de la rencontre entre Willard et Kurtz, sur fond de fumé mystique. Le sens de leurs maigres discussions est implicite, et c’est véritablement par l’expression des personnages que celles-ci deviennent compréhensibles. La parole s’efface et laisse une plus grande place aux expressions faciales, aux regards entre les personnages.

Apocalypse Now est un incontournable du cinéma. C’est un hymne à la raison, à la paix mais aussi une violente claque adressée à l’administration américaine de ces années-là. Il nous invite à réfléchir sur l’acte de guerre en lui-même, sur son irrationalité totale et l’aliénation qu’il engendre.

 

 

Hugo Delorme

 

ÉTÉ CINÉ 2019 – EXCLUS : Cinéma en plein air – ACD X PARIS-CI

ÉTÉ CINÉ 2019 – EXCLUS : Cinéma en plein air – ACD X PARIS-CI

Quand été rime avec ciné et gratuité, tout semble réuni pour une bonne soirée ! L’ACD et PARIS-CI t’ont sélectionné les meilleurs spots où mater un bon film à la belle étoile à Paris cet été. Classiques du 7ème art, documentaires, courts métrages, tout y est alors fais chauffer tes popcorns, suis nos recommandations et fonce !

 

  • La Villette : du 17 juillet au 18 août

À La Villette on ne change pas une équipe qui gagne ! C’est déjà la 29ème édition de ce grand festival de ciné en plein air. Cette année le thème est la vision des auteurs de cinéma sur le monde de demain. Alors pour un combo vin rouge, utopie, nuit étoilée, dystopie, transat rendez-vous au parc de la Villette cet été !

Prix : Gratuit

Coordonnées : Prairie du Triangle, 211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris

Accès : Métro Porte de Pantin (ligne 5)

La sélection :

 

 

  • La bar à bulles de la machine du moulin rouge : 10 juillet au 11 septembre ; 10 films

Le bar à Bulles de la Machine du Moulin Rouge ouvre quant à lui son Toit à une deuxième édition du festival sur Cinéma sur le Toit, cette fois en partenariat avec le magazine So Film, qui s’est occupé de la programmation. Avec dix films diffusés sur dix semaines, celle-ci est volontairement paritaire (autant de réalisateurs que de réalisatrices) et, je cite, « résolument solaire ». L’endroit est un véritable jardin suspendu, vous serez à même de profiter d’un bon film en sirotant un cocktail sous les feuillages, et ce du 10 juillet au 11 septembre.

Prix : Gratuit

Coordonnées : La Machine du Moulin Rouge, 90 Boulevard de Clichy, 75018 Paris

Accès : Métro Blanche (ligne 2)

La sélection :

 

 

  • Festival La Chaise et l’Écran ; Juillet – août 2019 ; Dans différents endroits du 11e arrondissement de Paris ; Entrée libre ; Cinq films

Rendez-vous jusqu’au 9 août dans la cour de la Mairie du 11e pour des séances en plein air à l’occasion du festival « La Chaise et l’Ecran ». Cette année, la programmation est remplie de courts-métrages choisis par la réalisatrice Lucie Borleteau. La programmation a aussi des surprises comme des concerts, donc apporte ta chaise car la Mairie du 11e se charge du reste !

Prix : Gratuit

La sélection :

 

 

  • Festival Silhouette : du 30 août au 07 septembre

À la fin de cet été déjà riche en cinéma se déroule le festival Silhouette. Petite particularité, il est composé uniquement de courts-métrages. Une occasion de découvrir des réalisations inconnues au bataillon mais à coup sûr pleine de surprises et de talent. De plus, le public aura le privilège de décerner un prix à son projet préféré. Alors grimpe au parc de la butte du Chapeau Rouge pour finir ton été en beauté !

Prix : Gratuit

Coordonnées : Parc des Buttes-Chaumont

Accès :tro Buttes-Chaumont (ligne 7bis)

 

 

  • Gare aux docs – La Recyclerie et le festival Atmosphère ; du 30 juillet au 28 août: 10 films sur le thème « LES 3 R = REduire – REutiliser – Recycler »

A la nuit tombée, la Recyclerie t’invite pour la deuxième édition de la Gare aux Docs sur les thèmes de la nature, l’humain, la découverte et la bienveillance. Assis sur des transats installés sur les rails de l’ancienne gare de la Petit Ceinture, tu pourras découvrir les films et documentaires proposées à 21h30 les mardis et mercredis sur réservation

Prix : Gratuit

Coordonnées : 83 Boulevard Ornano, 75018 Paris

Accès : Métro Porte de Clignancourt (ligne 4)

La sélection :

ÉTÉ CINÉ – 2019 – FILM #4 : Le vent se lève

ÉTÉ CINÉ – 2019 – FILM #4 : Le vent se lève

« Le vent se lève » : entre rêve et réalité

Loin de ses « créatures abracadabrantes » et de ses « châteaux itinérants », Hayao Miyazaki relève avec « Le vent se lève » (⾵⽴ちぬ) le défi le plus risqué de sa carrière, celui de raconter la vie de Jirō Horikoshi, concepteur des chasseurs bombardiers japonais Mitsubishi A6M pendant la Seconde Guerre Mondiale. Bien que l’on retrouve l’esprit et le style habituel du mythique Studio Ghibli, Miyazaki s’écarte volontairement de ses précédents travaux afin de donner naissance à la plus singulière et sans doute la plus aboutie de ses productions.

Si « Le vent se lève » impressionne tout d’abord par sa beauté et son authenticité, c’est véritablement par sa narration que le film tire son épingle du jeu. On suit en effet l’histoire de Jirō Horikoshi, un jeune garçon japonais passionné d’aviation dont le rêve est de concevoir des avions. Ce rêve d’enfant se retrouve néanmoins confronté plusieurs années plus tard à la réalité du monde : la guerre. Bien qu’elle ne soit jamais montrée ou même évoquée explicitement, la guerre occupe une place centrale dans le récit car c’est elle qui permettra à Jirō de réaliser son rêve en construisant des avions pour l’armée. Cette thématique appuie ainsi la singularité globale de l’oeuvre, encrée dans le Japon cérémonieux, pauvre et traditionnel des années 1940 contrairement aux autres films du réalisateur se déroulant pour la plupart dans des lieux fantastiques suscitant l’émerveillement.

 

 

Pour autant, « Le vent se lève » nous offre des plans de très grande qualité, minutieusement calibrées pour coller parfaitement à l’ambiance générale du récit. La colorimétrie tend en effet à s’adapter aux différentes séquences, tantôt chaude et véhémente pour les passages oniriques, tantôt froide et monotone pour les passages plus « réalistes » se déroulant dans le vieux Tokyo. On retrouve ainsi la palette de couleur habituelle de Miyazaki où le bleu et le vert prévalent sur les autres tons. Le long-métrage cultive également les éléments propres à l’univers du réalisateur comme la campagne, les trains, les avions, les machines, le ciel, les rêves ; références que l’on retrouve dans la plupart de ses films. Coté bande son, Miyazaki signe sa dixième collaboration avec l’excellent compositeur Joe Hisaishi, sublimant une nouvelle fois son oeuvre.

 

 

« Le vent se lève » apparait ainsi comme une véritable prouesse technique, visuelle et scénaristique. Sa durée — deux heures — inhabituelle pour un film d’animation, ne doit en aucun cas rebuter le spectateur. Tout comme ses ainés, cet ultime long métrage de Hayao Miyazaki est un chef d’oeuvre de l’animation, un véritable feu d’artifice mettant fin à la carrière d’un artiste qui marquera à tout jamais la « japanimation ».

 

Benjamin Attia

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #3 : La Plage (2000)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #3 : La Plage (2000)

Leonardo DiCaprio, Guillaume Cannet, des plages paradisiaques de Thaïlande, tout est réuni dans ce film, adapté du roman d’Alex Garland, pour faire monter la température de ton été ! Tout part d’un scénario classique ; la quête d’une mystérieuse et mythique plage paradisiaque, Koh Phi Phi Ley. Celle-ci n’est, au final, que le point de départ d’un scénario complexe mélangeant amour, apprentissage de soi, vie en communauté et rapport à autrui.

 

 

Richard, le personnage principal, joué par Leonardo DiCaprio, est un jeune américain en soif d’aventure. Lors de son voyage à Bangkok, il veut sortir des sentiers battus et s’éloigner des sites touristiques habituels. Son chemin croise alors celui de Daffy, qui lui apprend l’existence du mythe de la plage. Celle-ci lui est décrite comme un paysage idyllique, digne des plus belles cartes postales. Daffy lui en laisse alors une carte – au trésor – afin de s’y rendre, juste avant de mourir mystérieusement. Plus déterminé que jamais, c’est avec un couple de francais, Etienne (Guillaume Cannet) et son amie Françoise (Virginie Ledoyen), qu’il décide de partir à la recherche du graal, même si la séduction a parfois été un moteur plus décisif que l’aventure en elle même.

 

 

Ce trio va aller au delà du mythe et de la légende de la plage pour y découvrir une communauté retirée de toute civilisation ou technologie, alors en pleine effervescence de l’an 2000. Ils y découvrent un monde en décalage total avec leur époque, dont la perfection semble irréelle. Jonglant entre utopie et dystopie, ce jardin d’Eden que La Plage nous dévoile, ne cesse de dériver entre paradis et excès. Il nous fait nous questionner sur une société  « déréglée » laissant une partie sur le carreau, devenant marginale. Danny Boyle nous montre que l’humain, même mis dans le plus paradisiaque des endroits, en euphorie et harmonie totale avec la nature qui l’entoure, ne cessera de se comporter comme l’homme qu’il est foncièrement, dont la folie n’est jamais très loin.

 

 

Bien loin des films habituels avec DiCaprio à l’affiche, le film de Danny Boyle se trouve parfois même terni à cause d’un casting jugé décevant et d’un scénario trop plat. La Plage est à regarder, non pas sous l’angle d’un thriller américain basique, mais comme une rencontre initiatique à la découverte de valeurs et paysages inconnus. Une pépite à apprécier en dehors des clichés ou idées reçues. Ce film donne envie à quiconque l’a regarder et apprécié, de lui aussi aller découvrir les paysages cachés des destinations touristiques par excellence, comme Bangkok.

Alors pour t’évader d’une vie très « 2019 » entre Instagram et Tinder, fonce t’enivrer  d’un film qui te fera voyager à coup sûr !

 

Sophie Pinier

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #2 : Virgin Suicide (2000)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #2 : Virgin Suicide (2000)

« Virgin Suicides » : morosité en camaïeu de roses

« Virgin Suicides » peut décontenancer, déranger, séduire, ou simplement intriguer ; mais il ne peut pas laisser indifférent. C’est ce tour de force qu’a réussi Sofia Coppola en laissant reposer son film sur un paradoxe très puissant : d’une beauté et d’une légèreté graphiques incontestables, « Virgin Suicides » raconte pourtant l’histoire du suicide de cinq jeunes sœurs de moins de dix-sept ans.

 

 

 

Si j’estime que ce film peut décontenancer ou déranger, c’est justement parce qu’il est très énigmatique. Tout d’abord, le narrateur est un adolescent, voisin des sœurs Lisbon mais totalement étranger à leur famille. Nous adoptons alors son regard, effaré lorsque la plus jeune des sœurs tente de se suicider, dès le début du film. Ce regard masculin presque amoureux est le seul moyen dont dispose le spectateur pour se figurer les protagonistes ; celui-ci dresse ainsi le portrait de blondes ténébreuses, mais toujours souriantes et souvent enjouées. Les autres personnages sont tout aussi difficiles à cerner ; le père Lisbon, autoritaire par amour pour ses filles ou par pur puritanisme ?

 

 

Le film séduira probablement les amateurs de scénographies minutieuses, colorées. Sofia Coppola construit un véritable univers rose bonbon et vert menthe, au parfum à la fraise. Les sœurs Lisbon sont belles et délicates, la banlieue est verdoyante et bien entretenue, le bal du lycée déborde de paillettes et de robes acidulées, et enfin la bande originale se caractérise tout d’abord par sa douceur. C’est un film tout bonnement rafraîchissant, qui surprend agréablement en rendant la souffrance des personnages implicite (et donc plus saisissante), et non pas plombante. A mon sens, cette subtilité est due à un rythme particulièrement maîtrisé, qui ajoute une dose de légèreté supplémentaire aux couleurs pastel. L’alternance entre des scènes légères, drôles et silencieuses (comme les quelques scènes de gêne, de drague maladroite) et des scènes plus dramatiques, illustrant l’isolement de plus en plus marqué des jeunes sœurs, est très bien pensée.

 

 

On pourrait croire que Sofia Coppola fige ainsi la féminité dans un monde de fleurs, de sucre et de mièvrerie. Pour moi, au contraire, ce film révèle tout ce qui peut se cacher derrière cette fausse douceur. La réalisatrice décrit une féminité de petites filles, qui devient oppressante car les sœurs Lisbon cherchent à entrer dans le monde adulte. « Virgin Suicides » laisse apercevoir avec subtilité combien ces fioritures acidulées peuvent être écoeurantes. Finalement, Sofia Coppola réussit un formidable jeu avec les clichés, dévie des routes toutes tracées : les personnages, caricaturaux, sont en réalité glaçants (beau-gosse rebelle, bonne famille puritaine…). Si je vous mets au défi de rester indifférents devant « Virgin Suicides », c’est justement parce qu’il est, à tous points de vues, déroutant.

Et bonne nouvelle : il est disponible sur Netflix.

 

Aude Laupie

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #1 : Into the wild (2008)

ÉTÉ CINÉ 2019 – FILM #1 : Into the wild (2008)

Les rattrapages sont finis, l’année est finie et votre stage aussi. Peut-être est-il temps pour vous de vous échapper de vos 12m2 en pleine canicule à Paris avec Into The Wild de Sean Penn. Le film est adapté du livre Voyage au bout de la solitude (Jon Krauker, 1996) qui s’inspire de l’histoire vraie de Christopher McCandless.

Christopher McCandless vient de sortir diplômé de l’université, un avenir brillant l’attend. Il va décider de quitter sa vie tranquille pour partir à l’aventure et explorer le monde afin de réaliser son but : parcourir l’Alaska.

Mais ce n’est pas seulement un avenir brillant qu’il laisse derrière lui, c’est son passé, sa famille ; c’est un père tyrannique, une mère soumise et une soeur qui le comprend.

Ce road movie va ainsi suivre la vie d’un jeune homme enclin à vivre en dehors d’une société qui ne lui convient plus, loin des us et coutumes sociaux. Into The Wild est une quête de soi-même. Une forme de rébellion ponctuée d’éclats de sagesse. Crise d’adolescence ou choix de vie réfléchi ? Peut-être un peu les deux, ça sera au spectateur d’en décider.

On retrouve une trame décousue : entre flashbacks et paysages infinis, on prend le temps de s’arrêter devant la beauté de la nature. Le film nous fait oublier le temps d’un instant la folie de la vie. La trame vagabonde comme notre héros et évolue au rythme du voyage. Les citations seront là en points de repère. Sont elles là pour nous rappeler que la culture est nécessaire et vitale afin de penser librement ?

Emile Hirsch, découvert dans Les Seigneurs de Dogtown rend la personnalité de Christopher attachante en faisant de lui un adulte déterminer à ne jamais passer au stade adulte, un homme en constante rébellion. Mais sa performance ne s’arrête pas là puisqu’on découvre l’acteur dans un rôle extrêmement physique ou le jeune héros doit lutter pour sa survie face à la nature indomptable.

Il serait impossible de parler d’Into The Wild sans évoquer la qualité de la photo. Cette dernière sublime chaque instant d’une longue traversée entre les Etats, entre descentes du Colorado, paysages mexicains et étendues enneigées d’Alaska, dernière étape du périple. Ces paysages sont peut-être trop parfaits, jusqu’à ressembler à de simples cartes postales qui défilent le long d’une bande son principalement constituée de rock californien.

Les paysages sont aussi politiques. Entre immigrés mexicains et hippies désabusés, Christopher va voir sa route parsemée de rencontres qui vont confronter son idéalisme à une certaine partie de la réalité des années 70. Certains sujets abordés font encore sens aujourd’hui, comme le besoin d’argent, ce qui rend le film d’autant plus actuel.

Que l’on ait accroché ou non à la performance d’Emile Hirsch, le film reste captivant au point de vue pictural mais également bouleversant en son dénouement final. Si vous aussi vous avez parfois des envies de liberté et de tout quitter ( surtout votre relevé de notes qui va arriver ) n’hésitez plus. Into The Wild est fait pour vous.

 

Salomé Ferraris