Le huis clos (20/11/18)

Le huis clos (20/11/18)

 

Le 20 novembre, l’ACD recevait Fred Cavayé, Alexandra Dadier et Romain Guillermic, pour nous parler du huis clos. Deux films bien en vue ces derniers temps étaient ainsi représentés : Fred Cavayé est scénariste et réalisateur du film « Le Jeu » (toujours en salle !), tandis que Romain Guillermic est l’acteur principal du dernier film de Gaspar Noé, « Climax », et également danseur électro. Alexandra Dadier, quant à elle, est auteure, metteure en scène et professeure de théâtre.

Fred Cavayé
Romain Guillermic
Alexandra Dadier

Le huis clos, si vous ne le connaissez pas encore, est un sous-genre du cinéma inspiré de l’art théâtral classique, qui s’applique à tous les genres. Étymologiquement, il signifie « porte fermée »…

Il se définit comme un style d’exercice et peut constituer la totalité (ou l’immense majorité) d’un film. L’histoire a alors pour spécificité de se dérouler dans un même lieu, et dans une période de temps limitée. Évidemment, c’est un genre économique, puisqu’il permet à l’équipe de tournage de se limiter à un seul lieu, et un seul costume. Pour mieux vous situer : à titre d’exemple, Romain Guillermic cite « La tour infernale ».

Même si le huis clos regroupe plusieurs genres, Alexandra Dadier souligne que les choses se compliquent lorsqu’il s’agit de cinéma d’action. Fred Cavayé estime qu’il n’y a pas de style précis de mise en scène pour le huis clos ; comme au théâtre, la mise en scène est déterminée par rapport à l’histoire. Le scénariste confie que c’est justement cette proximité entre théâtre et cinéma qui complique la tâche. En effet, la base théâtrale qu’est le huis clos doit devenir du cinéma, et le travail scénaristique consiste alors à faire oublier au spectateur ce cadre singulier, afin qu’il se concentre sur l’histoire. Et c’est là que cela devient un vrai challenge… La mise en scène doit s’appliquer à conserver l’attention du spectateur sur 7 comédiens autour d’une table. Fred Cavayé, visiblement amateur de paradoxes, nous apprend qu’une mise en scène est réussie lorsqu’elle ne se voit pas, et que plus le cadre est réduit, plus les possibilités sont infinies.

Romain adore le huis clos, notamment le cadre « familial » qu’il instaure : 2 semaines au même endroit, 100 pas entre les tournages… Pour autant, ce n’était pas ennuyeux, car les décors bougeaient. Avec le huis clos, il est plus difficile de varier les prises, donc ce que le réalisateur gagne en temps, il le perd en facilité. Pourtant, le costume unique a passionné Fred, ça ouvre la boîte de pandore car tout peut être modifié sans coûts supplémentaires. Le huis clos facilite ainsi considérablement les retake.

Mais alors, y a-t-il d’autres intérêts qu’économiques à faire un huis clos ? Pour Alexandra, ce sous-genre permet de mieux approcher l’intime des personnages, on peut parler de tous les tenants et les aboutissants des relations humaines. Scruter ainsi les personnages fait naître une tension : c’est beau, dramatique, catastrophique. Il faut cependant trouver une finalité au huis clos au cinéma, là où elle n’est pas nécessaire au théâtre. L’objectif d’un huis clos est de garder la suspicion, selon Fred Cavayé : l’unité de temps s’y prête parfaitement, en permettant d’instaurer une tension. Mais les trois intervenants s’accordent sur une difficulté bien spécifique du huis clos : la gestion de la lumière. Les scènes de dîner, notamment, ont donné à Fred Cavayé du fil à retordre.

La principale différence entre le théâtre et le cinéma, selon Fred, réside dans le fait que le comédien ne doit cesser de jouer sur scène, alors que l’acteur ne joue que lorsqu’il est dans le cadre. La difficulté est de porter une attention continue aux acteurs, et également en tant qu’êtres humains. Mais ils ont en commun d’être un travail de groupe (ce sur quoi Romain renchérit instantanément). Même s’il comporte ses moments de tension, un tel projet permet de prendre conscience de l’importance de fonctionner ensemble. Gare à celui qui arrive en retard, explique Fred, car il verra peser sur lui 6 paires d’yeux accusateurs. Le travail de réalisateur, c’est avant tout créer une force, quelque chose de fort artistiquement.

Romain nous parle à présent de Climax. Après une esquive de synopsis, il explique que l’intérêt de Climax porte plus sur la manière de filmer incroyable de Gaspar Noé que sur l’intrigue. Il évoque notamment une chorégraphie de 8 minutes, en plan-séquence, qu’il a particulièrement aimée. Les dix plan-séquences du film ont nécessité entre 10 et 20 prises ; c’est compréhensible, étant donné que certaines scènes étaient très dures. La scène d’ouverture, notamment, est la plus dure, mais c’est aussi celle que l’acteur préfère. Les horaires nocturnes de tournage (15h à 8h) auraient pu faire fuir plus d’un, mais Romain faisait confiance à l’esprit délirant de son réalisateur, qui ne se décidait à tourner qu’à 19h. Plus tard, il évoquera d’autres fantaisies du réalisateur, comme par exemple faire parler ses acteurs pendant 40 minutes sur un sujet, et n’en conserver que 3 minutes. En somme, deux semaines et demi de tournage dense et intense. Et des amitiés du même ordre : à la fin du tournage, Romain considérait déjà l’équipe de tournage comme sa famille.

Malgré cette belle expérience, Romain compte poursuivre dans la danse. Il prévoit d’ailleurs un spectacle l’an prochain de comédie et de danse. Cette préférence affichée s’explique en partie par sa découverte que le cinéma est un monde spécial, qui le « rend fou ».

Dans un temps si court, une évolution des personnages est difficile à mettre en place… D’ailleurs est-elle réellement nécessaire ? Pour Fred, l’évolution des personnages permet d’accrocher le spectateur. Ainsi, dans « 12 hommes en colère », huis clos remarquable justement dans l’évolution des personnages, le spectateur peut se demander : et si j’étais l’un d’entre eux ? Toujours dans son analyse comparative avec le théâtre, Alexandra livre un point de vue convergent. Dans la plupart des textes de théâtre, les personnages changent dans leurs particularités, dans leurs visions des choses.

Parmi les autres procédés cinématographiques efficaces dans l’accrochage du spectateur, Romain Guillermic, qui est décidément converti, cite le plan-séquence. Laisser une part d’improvisation aux acteurs permet également d’introduire des effets de réel, une vérité qui amène inévitablement de la vie. C’est une méthode préconisée par Gaspar Noé, mais aussi par Fred Cavayé : ce qui est intéressant dans l’improvisation, c’est qu’elle apporte de la vie sur une base écrite, assurant dans le fond la continuité scénaristique.

Alexandra met en pratique sa fine connaissance des huis clos dans des pièces de théâtre qui semblent, comme elle les décrit, fascinantes : le premier huis clos qu’elle ait écrit s’ouvre sur la prise en otages d’un spectateur (la recherche d’accrochage du spectateur atteint alors son paroxysme !). Le deuxième relève plus du théâtre de l’absurde, où deux personnages dans une cave attendent le Jugement dernier. Deux personnages opposés et manichéens, mais en apparence seulement : c’est finalement le simple d’esprit qui résout la situation finale.

Lorsque nous leur demandons le huis clos le plus marquant à leurs yeux, les goûts de nos trois intervenants divergent… Alexandra admire « Shining », pour la folie du personnage et pour la tension qu’il entretient (il est difficile de savoir ce qui va se passer derrière une porte, ou une autre). En œuvres théâtrales, elle évoque « Douze hommes en colère » et « Le huis clos » de Sartre : les personnages sont chargés, et la tension fascinante. Le scénariste et huis clos répond quant à lui « Garde à vue », car il consiste en la rencontre de deux immenses comédiens, Lino Ventura et Guy Marchand. En effet, les huis clos sont avant tout des films de comédiens, donc former un bon tandem de comédiens peut rendre un film particulièrement fort. Au contraire, Fred n’accroche pas aux films d’actions, qui se perdent dans des lourdeurs techniques et en oublient presque les comédiens. Quant au jeune acteur, il déroule une liste de huis clos marquants : « Titanic », « Mother! », « La tour infernale », « The sign », « Amour », et même la série « La casa de papel » !

« Le Jeu », un challenge réussi ? Au regard des chiffres, certainement : 1,5 million d’entrées ! Pourtant Fred n’y porte pas beaucoup d’attention : les chiffres intéressent plutôt les producteurs. Mais ils permettent également aux réalisateurs de trouver des financements avec plus de facilités pour les films à venir. D’ailleurs, Fred a déjà une idée en tête ; il s’agirait presque d’un huis clos, car il serait adapté d’une pièce de théâtre, et tourné entre boutique et cave. Il continue ainsi dans sa lancée, enrichi de cette expérience singulière. Il estime avoir beaucoup appris sur la direction des acteurs et sur la symbiose bien spécifique de l’image et du son au cinéma.

La fin du « Jeu » a vraisemblablement décontenancé le public de la conférence, puisque plusieurs questions portent sur le sens que Fred Cavayé y prête. L’intention était tout d’abord de créer un « effet black mirror », avec la métaphore de l’éclipse. Il ne faut pas se méprendre : la fin du « Jeu » n’est pas une happy end, elle assombrit même le tableau. Chacun peut interpréter la fin comme il le souhaite, notamment en fonction de ses notions d’amour et de vérité… Avec cette fin, Fred Cavayé n’avait pas l’intention d’inculquer une quelconque morale, d’ailleurs il déteste ça !

Nos deux auteurs ont déjà pratiqué la réécriture, et la confrontation de leurs discours permet de faire apparaître une autre différence entre théâtre et cinéma. Fred explique que la réappropriation d’une œuvre artistique est quelque chose de commun au théâtre, mais de plutôt mal vu au cinéma… Il se rend compte que les gens sont déçus quand ils apprennent que ce n’est pas une œuvre originale. Cela dit, autant Fred qu’Alexandra ont éprouvé beaucoup de plaisir à le faire. La metteure en scène a écrit une adaptation de Clair de femme (Romain Gary), et raconte qu’il est, contrairement à toute attente, plutôt facile de se détacher de l’œuvre originale, et de se réapproprier l’œuvre de manière personnelle. Fred n’a vu qu’une seule fois le film italien qui a donné « Le Jeu », afin de ne pas trop l’imprimer sur sa rétine. Il a de plus interdit les acteurs de le voir avant la fin du tournage. Et tout compte fait, il trouve plus intéressant d’adapter un film que de l’écrire soi-même. Alors qu’il avait peur de ne pas en maîtriser les tenants et les aboutissants, il découvre que la recherche de la quintessence de l’œuvre originale est particulièrement stimulante.

Bref, le huis clos est « grave stylé », pour reprendre les termes du plus jeune de nos intervenants. Jamais démodé, toujours fascinant et singulier, le huis clos peut s’appliquer à une grande diversité de films, et constitue un procédé très efficace dans la mise en valeur des comédiens. Il cultive toujours un lien ambigu avec le théâtre : similaire dans la théorie, mais différent dans la pratique. Enfin, une intrigue en huis clos nous semble plus vraie, ou du moins vraisemblable… Au lieu d’être tranquillement assis dans son fauteuil de cinéma, le spectateur se retrouve assis à table en train de lire les messages de Ben tout en dégustant du foie gras au lait, ou dans un local perdu dans la forêt enneigée avec un verre de sangria…

 

Aude Laupie

Conférence ACD #1 – Le métier de producteur

Conférence ACD #1 – Le métier de producteur

L’ACD t’invite à sa conférence sur le métier de producteur dans le monde du cinéma, mardi 2 décembre à 17h, en amphi 5 !

Pour l’occasion, trois professionnels viennent t’expliquer les ficelles du métier et leur passion :

>>> PASCAL CAUCHETEUX : Retour au bercail pour cet ancien de Dauphine. Directeur de WHY NOT production, c’est un des plus importants producteurs français. Preuve en est les 2 Césars qu’il a reçus pour Des Hommes et des Dieux et Un Prophète. Il a collaboré avec les plus grands, notamment Ken Loach, Audiard, Honoré, ou encore Podalydès. On lui doit aussi De rouille et d’os, Les Bien-aimés, La Part des Anges, Jimmy P, Le Mystère de la Chambre Jaune… Attention c’est du lourd !

>>> NATHANAËL KARMITZ : Il est directeur général de MK2 et fils de Marin Karmitz (fondateur de MK2). Il est aussi co-président de l’Association des Producteurs Indépendants du cinéma. Jeune et dynamique, son éclairage sur le métier risque d’être explosif.

>>> ARIÉ CHAMOUNI : Après des études de finance à Dauphine, il devient analyste crédit chez Neuflize OBC, la banque du cinéma. Depuis 2013, il est le nouveau jeune directeur financier de Stone Angels, la boîte qui a produit La Crème de la Crème et Grace de Monaco. Vous êtes étudiant et voulez travailler dans le cinéma ? Prenez-en de la graine.

Rejoins-nous, on va bien s’amuser et apprendre un tas de choses passionnantes.

https://www.facebook.com/events/824014424337369

LES PRODS CINE

 

Conférence: Ils ne sont pas Intouchables

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À l’occasion de la masterclass du Lundi 10 Février qui a ouvert la marche au Dau’film festival, notre université a eu l’honneur d’accueillir dans son antre quelques grandes figures touchant au cinéma français. Les plus chanceux ont ainsi pu découvrir les différents aspects de l’exploitation du cinéma français dans le cadre de la mondialisation à travers l’expérience d’amoureux du cinéma, et dont les noms ou firmes pour lesquels ils travaillent ne doivent pas vous êtres inconnus.

Nous avons ainsi eu l’opportunité de recevoir Éric Toledano, qui, avec Olivier Nakache, forme un tandem de réalisateurs français de choc. Ils se sont tout deux fait connaître du grand public grâce à leur film « Nos jours heureux », et leur dernier en date, « Intouchables », a été unanimement plébiscité par les spectateurs français. Emmanuel Durand fut également de la partie, vice-président marketing chez Warner Bros France qui est l’une des plus grosses sociétés de production et de distribution au monde, il est par ailleurs ancien dauphinois. Et enfin Julien Dupuy, pigiste, critique cinéma à PREMIERE notamment, mais également auteur d’un livre sur Spielberg et son œuvre, notre invité se veut être un touche à tout ce qui se rapporte de près ou de loin au cinéma.

 La conférence organisée par l’ACD et le BDA s’est intéressée à la réalisation et la promotion des films ainsi qu’à l’avenir de notre cinéma dans le cadre de la mondialisation.

Nous nous sommes donc intéressé dans un premier temps à la manière dont s’organisait la promotion autour d’un film.
Pour Durand, c’est une question marketing ; il s’agit d’organiser le désir du spectateur, et l’enjeu est d’autant plus difficile que le temps entre le moment où réalisateur finit son film et le moment où il est distribué est assez court. Il faut alors exploiter ce laps de temps d’une certaine façon, ce qu’on appelle la « promotion ». On peut dans un premier temps faire parler du film par des actions online, via les réseaux sociaux les plus utilisés, type Facebook, Twitter ou encore Snapchat, il s’agit d’attiser la curiosité du spectateur. Le distributeur peut également faire le choix de faire des actions à travers la presse, la télévision pour un supplément d’exposition. Très souvent, 2/3 semaines avant sortie du film, on achète de l’espace média de façon à faire monter la notoriété du film.

 Éric Toledano a un autre vécu de la promotion, en tant que réalisateur. Il a d’ailleurs eu tout le loisir d’en voir l’évolution au travers des 5 films qu’il a réalisé aux côtés de Nakache et a ainsi pu observer des changements notables, notamment vis-à-vis de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, leur impact devient radical (surtout en terme d’échec) à mesure qu’ils prennent de plus en plus d’importance dans nos quotidiens. Lors de sa sortie, Intouchables a dû affronter un marché pour le moins concurrentiel, en effet elle coïncidait avec la sortie de Twilight (très apprécié par les jeunes midinettes) et le Tintin de Spielberg. Pour autant Toledano nous confie que la promotion du film a été l’un des moments forts du processus de distribution du film (Tournée en province, débats et contacts avec un public très attentif et à l’écoute…).

Quant à Dupuy, qui a une vision lui aussi très personnelle de la chose, ayant travaillé dans la presse, il insiste sur le fait que le milieu a changé, en particulier pour les grosses productions américaines dont les sorties sont aujourd’hui quasi simultanés dans le monde entier, alors qu’auparavant il y avait des décalages de plusieurs mois entre la sortie aux États Unis et en Europe, par exemple.

Ce changement affecte particulièrement la manière dont on promeut aujourd’hui un film. En effet les distributeurs sont impuissants face à la montée en puissance du online, ils n’ont d’ailleurs aucune exclusivité sur les vidéos hébergés par Youtube, ajouté à cela un piratage web grandissant, les firmes n’ont pas d’autres choix que d’être synchro sur toute la promotion dans le monde pour limiter l’impact de l’effet « online ».

Un des aspects qui a aussi énormément évolué est l’effondrement de la presse papier au profit d’internet. Celle-ci perd de son importance et de son indépendance, c’est la publicité qui rémunère la presse aujourd’hui, dans ce contexte comment peut-on écrire quoi que ce soit de négatif lorsque le site héberge des encarts pour faire la promotion du dit film ?

Le budget marketing pour Intouchables s’est élevé à 1,5 millions d’euros, et la promotion du film fut particulièrement difficile à mettre en œuvre dans la mesure où les thèmes abordés pouvaient facilement créer des polémiques. La question de faire apparaître ou non le fauteuil sur l’affiche a par ailleurs été un enjeu important de la campagne, l’impact psychologique étant mesuré comme anxiogène selon les distributeurs.

Avec un succès aussi important et une hystérie ambiante dans la presse d’aujourd’hui, Éric Toledano et son équipe ont fait le choix du retrait, et donc de la jouer « low-profile » pour leur prochain film « Samba ». Ils prennent un ainsi le contre-pied de la stratégie marketing qui fait siège, ils ont fait le choix de ne laisser échapper aucune information au sujet de leur film étant donné le buzz qu’a fait Intouchables, c’est d’une certaine façon une manière de mieux gérer la presse et de ne pas laisser l’occasion à tout l’Internet de s’emballer étant donné que l’information se diffuse très facilement et rapidement.

Une chose par contre dont se félicite nos trois invités est la démarche active du français lambda à l’égard du cinéma, en effet la France est sûrement l’un des seuls pays au monde à ne pas avoir le droit de faire la promotion du cinéma à la télé, et c’est pourtant l’un des plus friands de la salle obscure. Le spectateur est ainsi « contraint » de chercher l’information, ce qui témoigne de l’intérêt du public français pour le cinéma, ainsi que de la vitalité de ce dernier, dont on n’a sûrement pas à se soucier. Le marché monte en gamme et devient sophistiqué par rapport à d’autres pays qui ne sont à contrario que de pauvres machines à produire.

Pour Emmanuel Durand, vice président marketing chez Warner Bros France il s’agit également de nouer des relations privilégiés avec le public. Pour illustrer son propos, il nous a parlé du développement d’une plateforme d’un genre spécifique : Mywarner, un programme de fidélité qui la récompense au travers des réseaux sociaux. C’est à dire que lorsque le spectateur partage, retweet ou like un film Warner, il se voit être récompensé par un gain de points qui peut être transformer en cadeaux. Il s’agit ici de remporter l’adhésion du cœur des fans, ainsi le public lui même n’a pas la suspicion d’avoir été acheté.

Selon le classement BFM, 90% des films français ne seraient pas rentables, nos invités ont tenté de nuancer cette information qui n’est absolument pas révélateur de la situation du cinéma français selon eux. Le chiffre prendrait en effet en compte que de l’exploitation salle ( c’est à dire les quatre premiers mois de la vie d’un film), qui n’est qu’une petite étape, alors qu’il s’agit là de la période d’investissement qui lui donne son statut et sa notoriété pour la suite (la différence entre un film et un simple téléfilm). En effet beaucoup de films ne sont pas rentables en salles mais se révèlent l’être par la suite, à la télévision par exemple.

Pour la deuxième partie de notre conférence nous nous sommes intéressés au cinéma français et notamment aux modalités de son exportation à l’étranger. Pourquoi tel film a-t-il fait un flop à l’étranger ? Pourquoi tel autre a-t-il fait un tel buzz ? C’est à ces questions là que nos invités ont tenté de répondre.

Pour Toledano c’est ici l’idée de frontière qui est en jeu. En tout cas, le cinéma français jouit d’une bonne réputation, au Japon par exemple.

Pour Dupuy, tel ou tel film ne s’exporte pas pour les mêmes raisons, il est difficile de mettre en place une théorie générale de l’exportation des films français, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain a été exporté pour certaines raisons, Intouchables pour d’autres. Quoi qu’il en soit le cinéma français de genre, à petit budget, s’exporte très bien lorsque la qualité est au rendez-vous. Malgré la morosité du climat français il reste une dynamique. En effet, Toledano ajoute que sur les 5 meilleurs films étranger qui ont été nominé aux Golden Globes, 3 étaient français (Amour de haneke, De rouille et d’os, et Intouchables). On a chaque année un panel de films français très différents qui font souvent un carton au box-office, on peut notamment penser à The Artist qui a également eu beaucoup de succès.

Pour rester dans la lignée des succès, Julien Dupuy fait bon d’ajouter que l’animation française est d’une très grande qualité (aussi bien en 3D qu’en 2D) et jouit d’une très bonne réputation à l’étranger (il suffit de voir le succès qu’a connu Moi, Moche et Méchant 2 qui a été co-réalisé par un français, Pierre Coffin). Son exportation à l’international est d’autant plus facilité que son doublage avec des acteurs connus contribue généralement à la facilitation de sa distribution.

Pour Durand, l’exception culturelle est bien là, le cinéma français est, ,quoi qu’il en soit de son exportation, très important sur son marché intérieur.

Intouchables a de nombreuses fois fait les frais d’une comparaison avec le film Bienvenue chez les Ch’tits dans leurs succès aux box-office, et ce à tort pour Toledano qui fait souligner que le film n’a été exporté qu’en Allemagne et en Belgique du fait de sa spécifité typiquement  « française ». Le film peut néanmoins donner lieu à de nombreux remake du fait de son pitch facilement importable. )

 En parlant d’exportation du cinéma français, il est bon de signaler qu’un remake Bollywoodien d’Intouchables est en cours, mais ce n’est pas pour autant que son exportation a été facile, bien au contraire. Toledano nous raconte qu’elle a été particulièrement compliquée en Amérique. La critique y a en effet été particulièrement acerbe, Intouchables a été taxé de « fim raciste », il a fallu affronter les médias, la télévision. Un tel accueil s’explique par un fossé évident entre la perception américaine et européenne d’un film. Les américains ont vu ce film avec un prisme américain. Cet exemple illustre bien les limites de l’exportation de films français à l’étranger, et notamment les limites du marché américain en termes de cinéma. Ce qui n’est pas américain est vu comme une bizarrerie, alors qu’en France on bénéficie d’une multitude de petites salles, notamment dans la capitale, qui projettent des films très éclectiques non seulement dans leurs genres, mais aussi dans leurs origines.

Ceci explique partiellement la volonté des Américains de tout vouloir refaire à leur façon (on peut penser notamment au film français LOL, qui a été refait avec des acteurs américains, mais dont chaque dialogue est le même que celui de la version française). Dans ce contexte, le remake a pour seul but d’adapter un film à un marché étranger donné.

Aux yeux des américains, Intouchables est apparu comme un film exotique, d’auteur. L’un des rares films français ayant bénéficié d’un très bon accueil aux États-Unis est sûrement The Artist, la raison est simple, elle s’illustre à travers la volonté des distributeurs de minorer le côté français, le film a d’ailleurs été présenté comme américain aux Oscars. Tout ceci en dit long sur l’état d’esprit et d’ouverture des spectateurs américains et à la difficulté d’exporter le cinéma français sur ce marché.

Conférence: Anatomie du scénario

Conférence: Anatomie du scénario

Le mardi 5 février, l’ACD vous a fait sa leçon de cinéma sur le thème de l’anatomie du scénario en présence de Corinne Atlas et Noé Debré. Si vous n’avez malheureusement pas pu être présent ou si vous voulez tout simplement revivre ce moment enrichissant, pour vous l’ACD n’en a pas raté une miette.

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Présentation des invités 

Cette conférence s’est déroulée en présence de nos deux invités Corinne Atlas et Noé Debré. Corinne Atlas est une scénariste avec une grande expérience de la comédie. Elle commence sur les planches en montant la Compagnie de la Grande Cuillère après ces années de khâgne. Elle travaille ensuite avec Michel Boujenah, un grand ami, notamment sur ses premiers One Man Show. Elle se mesurera par la suite au petit et grand écran pour lesquels elle écrira de nombreux scénarios. Corinne Atlas a une réelle volonté de transmettre son savoir à la nouvelle génération, elle travaille notamment avec des lycéens et des MJC.

« J’aime faire des formations pour des jeunes scénaristes. C’est un métier qui va mourir, on est là pour passer le flambeaux. En France, le métier de scénariste a changé. Avant il y a avait des auteurs-réalisateurs et cela ne fait que 10 ans que scénariste est un métier reconnu au CNC. Moi la télé m’a permis d’apporter des projets sans avoir de réalisateur en amont. J’ai toujours écrit des histoires que j’avais envie d’écrire. » Corinne Atlas

 Quant à Noé Debré, il a fait ses études au Québec et a terminé avec succès le parcours de la Sorbonne « Culture antique et monde contemporain ». C’est en seconde que Noé Debré s’est mis en tête qu’il serait scénariste. Il y a 6 ans il commence à travailler au moment de l’essor du scénario français, notamment porté par les séries américaines qui font prendre conscience que les réalisateurs ont besoin de scénaristes. Sa montée au sein du cinéma français fut alors rapide et poussée par son travail d’apprenti au côté du scénariste de Un Prophète et De Rouille et d’Os.

« De manière générale, le meilleur moyen d’apprendre un métier c’est d’aller chercher la personne qui le fait le mieux » Noé Debré 

Il a coécrit avec Audiard et Beigbeder et aussi pour le film Les Gamins avec Alain Chabat et Max Boublil dont la sortie en salle est prévue pour le 16 avril. Enfin son dernier scénario en date La crème de la crème sur le milieu des écoles de commerce risque de faire du bruit.

Résumé de la conférence

Ecrire n’est pas une psychanalyse et ce n’est pas parce qu’on a vu plein de films que l’on peut écrire des scénarios. Selon Corinne Atlas, il faut lire beaucoup mais aussi connaître le théâtre et assister à des cours de théâtre. En effet, on y trouve de très bons textes et cela permet de voir comment les acteurs se les approprient car le métier de scénariste est avant tout d’écrire des textes pour des acteurs en vue qu’il les interprète. L’inspiration, nos scénaristes la trouvent partout, dans la vie en générale, dans leur vie personnelle, et autour d’eux. Le monde qui nous entoure est un puits d’inspiration, alors le syndrome de la page blanche n’est pas trop d’actualité dans ce métier, du moins pour Noé et Corinne.

« L’imaginaire c’est comme les abdos plus on s’en sert plus on en a » Corinne Atlas

Noé insiste sur la difficulté de l’aspect personnel dans l’écriture d’un scénario. En effet, en France tout du moins, l’auteur du film est le réalisateur, ce que les scénaristes peuvent mettre de personnel sans que cela ne tourne au narcissisme est très limité. De plus, le cinéma français a une particularité : un fait comme la guerre en Irak a été traité au cinéma de nombreuses fois aux Etats-Unis quelques semaines seulement après le début de la guerre alors qu’en France en 10 ans de guerre il n’y a eut qu’un seul film sur le sujet sans rapport avec la psychologie et le traumatisme de la guerre. Selon Corinne cela s’explique notamment par le problème financier du métier. En effet, sans fonds un film ne peut être produit, le problème vient des financiers qui ne veulent ni prendre de risques ni parler de tout ça.

« Ce qui est catastrophique en France c’est qu’il y a beaucoup d’autocensure. On a souvent à faire à cette frilosité qui rend les scénaristes eux-mêmes frileux. » Corinne Atlas

Mais alors comment se soumettre aux exigences tout en laissant libre court à sa créativité ? Cela semble être la litanie du métier. Pourtant nos scénaristes ne ressentent pas de réelle frustration. Ils s’accordent à dire que l’important est la collaboration avec le réalisateur dans le développement du scénario. C’est ce qu’a fait Noé Debré pour le prochain film de Kim Chapiron La crème de la crème qui sort cette année. C’est important de collaborer dans l’écriture du scénario car c’est le réalisateur qui va diriger les comédiens et qui va mettre en scène, c’est un travail collaboratif et non une frustration. Corinne Atlas explique que l’important est de travailler sur des histoires que l’on a envie de faire mais qu’il faut aussi « utiliser la contrainte comme un tremplin pour avancer ». Si la frustration n’est pas présente chez nos scénaristes cependant il existe une limite de créativité sur un seul sujet, au bout de deux heures le risque est de tomber dans le cliché.

« Dans le scénario tout est question de structure, il faut pouvoir articuler une histoire sur une heure trente ou deux heures au cinéma et lui donner du souffle. Quand on fait un mauvais choix, l’embranchement devient mauvais. Il est important de peser chaque idée. » Noé Debré

Comme on a pu le comprendre le métier de scénariste n’est pas si facile. De plus en France, le réalisateur à une place prépondérante et l’écriture est une chose très importante, pour obtenir de l’argent il faut écrire beaucoup. Les scénaristes ont donc besoin d’avoir beaucoup de projets. En France le scénario est mal payé et ne représente que 3 à 5% du budget d’un film alors que c’est 10% aux Etats-Unis. De plus aux Etats-Unis, les scénaristes sont coproducteurs et gagnent plus ce qui leur permet de continuer à écrire car l’important ce n’est pas de gagner de l’argent mais l’argent permet aux scénaristes de pouvoir continuer à écrire. Nos scénaristes comptent sur la nouvelle génération pour résoudre ce problème et mettre en valeur la place du scénariste dans le cinéma.

« Il faut faire monter les prix des scénarios, c’est un élément important » Corinne Atlas

Des théoriciens, comme John Truby dans ses séminaires, proposent des règles pour articuler un scénario, mais existe-t-il vraiment une recette miracle ? Pour Noé Debré même si parfois ces théories ont quelque chose de rassurant, toutes ses règles sont surtout de bons outils d’analyse mais pas de création. Un autre théoricien, Robert Mckee, explique qu’il a « des principes et pas des règles ». Il théorise trois actes qui sont les règles de bases pour aider à structurer un scénario. On a tout d’abord une situation de départ puis un événement qui vient perturber cette situation. On a alors un premier pivot dramatique qui débouche sur un choix mauvais. Alors on a un autre pivot dramatique qui cette fois ci débouche sur le bon choix et on a enfin de dénouement. Mais si l’on prend un film comme Tabou de Miguel Gomes rien de tout cela n’est présent et il n’en est pas moins un excellent film. Le scénario ne respecte pas toujours cela, il est possible d’ajouter à tel ou tel endroit un rebondissement sans respecter de règles précises.

« Une fois que j’ai mis au point un scénario, une trame, je peux voir ses faiblesses et là McKee peut me servir » Noé Debré

Ecrire un scénario sans réaliser un film ne serait-pas comme porter un enfant sans lui donner naissance ? On pourrait penser que l’idéal serait d’écrire des films en vue de les réaliser et donc le métier de scénariste est frustrant. Et pourtant scénariste et réalisateur sont bien deux métiers différents, deux savoir-faire différents, deux regards différents. Pour Corinne, « c’est toujours une surprise de voir comment ce que l’on a écrit est filmé ». Un bon exemple est celui du réalisateur Michel Gondry et de son alter égo scénariste Kaufman. Michel Gondry vient du milieu du clip et de la pub, c’est le grand créateur d’image des années 2000, et Kaufman écrit pour tous les grands clippeurs et pour Gondry, il est parfaitement à sa place. De plus, la façon dont un scénario est adapté dépend aussi des acteurs et de comment ils font passer les émotions. Certains acteurs font passer des émotions avec 2 phrases au lieu de 10 naturellement. L’important ce n’est pas le respect mot à mot du scénario mais que les émotions soient transmises au spectateur.

« Pour les réalisateurs très picturaux comme Gondry, les mots n’ont pas forcément d’effet. Alors qu’il y a des réalisateurs plus conceptuels, come Kechich qui improvise beaucoup et change des choses durant le tournage. Cela interroge l’écriture. » Noé Debré

Par exemple lorsque l’on adapte un roman, le scénario doit mettre en action ce que ressent le personnage, alors que dans le livre c’est l’intériorité du personnage qui nous est décrite.

Le métier de scénariste est un métier passionnant, et nos deux scénaristes s’accordent à dire qu’il est parfois difficile de faire la part des choses entre leur travail et le reste mais que « on a la chance de faire un métier qu’on aime et qui nous passionne. On ne peut pas se plaindre. »

Léa Nogier

Leçon de cinéma #2: Musique et Cinéma

 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les films musicaux sans jamais oser le demander

Venez nombreux assister à une conférence rythmée par le son des musiques de films !

Des Demoiselles de Rochefort à The Artist, en passant par les films de Christophe Honoré, les films musciaux français s’inspirent et se détachent à la fois des comédies musicales américaines. Empreints de sentiments, de grâce et de paroles légères, les films chantés agissent comme des échappatoires à la réalité.

Jugés trop naifs ou trop populaires, les films musicaux ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur en France alors qu’ils connaissent le succès à l’étranger. La Môme et The Artist en sont la preuve.

Notre leçon de cinéma du 7 mai 2012 sera l’occasion pour tous d’en savoir un peu plus sur les rouages des films musicaux. Nous y échangerons idées et questions avec nos invités, Messieurs :

Fabien Ruiz, claquettiste hors norme, Fabien Ruiz a créé la chorégraphie du film The Artist          

Benoît Basirico, journaliste de cinéma spécialisé dans la musique de film. Il dirige depuis 2005 le site cinezik.fr dédié à la musique de film

Daniel Lucarini, coach vocal de Jérémie Rénier dans le film Cloclo, mais aussi de Marion Cotillard dans La Môme et François-­Xavier Demaison dans Coluche, l’histoire d’un mec.

Daniel Lucarini
Fabien Ruiz
Benoit Basirico
Leçon de cinéma #1: Woody Allen

Leçon de cinéma #1: Woody Allen

WOODY ALLEN FAIT SON CINEMA

On ne présente plus Woody Allen, réalisateur incontournable et mondialement connu depuis la fin des années 1960. De Prends l’oseille et tire-toi à Midnight in Paris en passant par Annie Hall ou Anything Else, Woody Allen s’est toujours démarqué par sa singularité et un style bien à lui, une conception originale du cinéma, et une interrogation quasi perpetuelle sur le sens de l’existence.

Confrontés à l’œuvre aussi foisonnante que diverse de ce génie du cinéma, nous sommes éprouvés, émus, engagés, enragés, passionnés…

Notre Table ronde du 5 décembre 2011 sera l’occasion pour tous de découvrir les ressorts et les rouages du cinéma désormais légendaire de Woody Allen. Nous y échangerons idées et questions avec nos invités, Messieurs

Gil Kenny, premier assistant réalisateur de Woody Allen sur le tournage de Midnight in Paris en 2010.

Yannick Rolandeau, scénariste et réalisateur, auteur de l’ouvrage Le cinéma de Woody Allen (éditions Aléas)

Jean-Max Méjean, docteur en littérature, critique cinématographique et auteur du livre Woody Allen (éditions Gremese), directeur de l’ouvrage collectif Woody dans tous ses états (éditions l’Harmattan).

Venez donc découvrir qui se cache réellement derrière Woody Allen, et soyons nombreux à saluer ce grand réalisateur !