L’été ciné 2018 – Film #8 : The Breakfast Club (1985)

L’été ciné 2018 – Film #8 : The Breakfast Club (1985)

Dans la famille des teen movies américains, je demande le plus classique d’entre tous, j’ai nommé The Breakfast Club. Sorti en 1985, ce film met en scène cinq adolescents condamnés à passer leur samedi entier ensemble en retenue, (plus ou moins) surveillés par un professeur assez peu commode.

Ce scénario, quoique pouvant paraître assez peu original, permet à chacun des élèves de se révéler. Ils sont tous très différents et leur réunion ne rend la chose que plus croustillante. Lorsque le huis-clos comporte une fille à papa et prom queen, un intello sans faille, un sportif imbattable, un rebelle provocateur à moitié punk et une fille paria du lycée, sans amis et sauvage, on se doute que le cocktail va être des plus détonants.

Alors que tout semble joué dès le début, que chacun a un rôle prédéfini et une image qui lui colle à la peau, le temps va défaire les a priori et permettre à chacun de s’en détacher. Les jeunes acteurs offrent une sensibilité touchante et parfois insoupçonnée ; s’y attacher voire s’y identifier un tant soit peu n’est pas chose difficile.

« Qui êtes-vous ? », c’est le thème de l’essai sur lequel nos jeunes élèves fautifs doivent plancher. Et cette question, pourtant simple en apparence, ne reste pas sans écho pour ces adolescents qui abordent avec humour les sujets de doute les plus communs à cet âge, qui sont sans grands étonnements la sexualité et la relation avec ses parents.

Le film offre assez peu de surprises, mais ce n’est pas ce qui compte, parce que le regarder, c’est l’assurance de passer un bon moment, de rire un peu, et de se remémorer ces années où on réunissait le peu de courage présent en soi pour bredouiller un maigre « oui, j’ai un stylo rouge » à son crush en espérant qu’il/elle croit que cette soudaine rougeur faciale était uniquement due à la chaleur du mois de décembre, ou encore où on passait plus de temps à dormir chez son/sa meilleur.e pote que chez soi pour éviter l’ire parentale, les cris et les pleurs. (C’est un tableau grossier, mais je parle bien de la période souvent qualifiée « d’ingrate » qu’est l’adolescence.)

Bref, un film léger qui commence avec bon goût sur Don’t you forget about me des Simple Minds et qui comporte une scène de danse à ne surtout pas manquer pour que votre été soit plein de bonne humeur et de déhanchés endiablés.

 

Emmeline

L’été ciné 2018 – Film #7 : Thelma et Louise (1991)

L’été ciné 2018 – Film #7 : Thelma et Louise (1991)

Thelma et Louise, roadtrip féminin et féministe cultissime réalisé par Ridley Scott, sort en 1991. Non content d’être le film qui nous fera découvrir Brad Pitt au grand public,  il a raflé au passage un Oscar et un Golden Globe pour le meilleur scénario original la même année.

Le film met en scène deux copines, Thelma (Geena Davis) et Louise (Susan Sarandon),  qui, pour échapper à leurs conjoints, décident de partir en week-end toutes les deux.

A la suite d’une soirée arrosée dans un bar de cow-boys, un homme essaie de violer Thelma qui est sauvée in extremis par Louise qui l’abat d’une balle de revolver. Commence alors une cavale pour les deux jeunes femmes,  rythmée par l’enquête d’un inspecteur interprété par le brillant Harvey Keitel.

Le film est très bien réalisé, très bien interprété,  très bien écrit et nous offre des paysages majestueux du début à la fin. Donc déjà rien que pour (tout) ça, c’est un incontournable et c’est un bonheur.

Mais au delà de ces qualités, le film a le mérite de mettre en scène deux protagonistes femmes, fortes (surtout Louise, Thelma prend plus de temps à s’affirmer)  et d’avoir été scénarisé par une femme, Callie Khouri, dont c’était le premier scénario.

27 ans plus tard, on peine à  voir le début du commencement d’une parité hommes/femmes dans le milieu du cinéma  et à peine la moitié des films passe le fameux test de Bechdel (l’œuvre fait intervenir deux femmes identifiables par un nom, ces deux femmes discutent entre elles, elles parlent d’autre choses que d’un personnage masculin).  Thelma & Louise a donc  été un petit OVNI dans le paysage cinéma de l’époque et reste donc depuis une figure du féminisme au cinéma et même du féminisme tout court. En outre, la fin du film est loin des codes de l’époque et constitue un véritable symbole de liberté et de libre arbitre. Cette fin a d’ailleurs été écrite en premier dans le script par la scénariste.

Mélange de buddy movie, de road movie, de film policier, de drame mais aussi de comédie ; la musique est composée par Hans Zimmer, qu’on ne présente plus.

Ce film est un très bon film, et encore mieux à voir pendant l’été car il en porte et en représente tous les codes. Il parle de l’émancipation, de la liberté, de l’escapade entre amis, de la découverte sexuelle, de l’indépendance. Il dépeint la chaleur et les grands paysages, le sable, la poussière et des voitures qui filent sur des routes qui n’en finissent pas.

 

Mathilde Labouyrie

L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

Regarder Le Grand Bleu, film incontournable du cinéma français réalisé par Luc Besson il y a 30 ans, c’est d’abord avoir du temps devant soi (2h48 quand-même). Mais il faut aussi prendre son temps. Prendre son temps pour voir au-delà de l’histoire, basée sur la vie de Jacques Mayol, célèbre apnéiste de son époque, que le réalisateur romance assez librement.

La lenteur et le charme contemplatif de ce film collent à merveille avec la chaleur estivale et la légèreté des vacances. Mais c’est surtout pour l’omniprésence de cette grande surface bleutée appelée « mer » que ce film est un compagnon idéal en cette douce période.

Certes, on suit la vie de Jacques qui entretient avec Enzo une amitié qui pourrait être qualifiée de malsaine : les deux hommes sont rivaux dans le domaine de la plongée libre et s’affrontent régulièrement lors de compétitions pour savoir qui des deux sera le meilleur et ira le plus profond. Certes, Jacques vit avec la belle Johanna une histoire d’amour qui, du fait de la passion que le plongeur a pour l’océan et ses dauphins, est loin d’être paisible.

Mais loin du tumulte de ces agissements humains, Luc Besson aborde un sujet très prisé des écrivains et des poètes, à savoir la relation qui lie l’homme et la mer. Le dernier vers du poème « L’homme et la mer » de Baudelaire, « Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! » exprime, à mon sens, assez bien ce que j’ai ressenti lorsque j’ai regardé ce film. C’est-à-dire que je le conçois comme une ode à ce gouffre qui fascine, impressionne, terrifie, passionne, émerveille, inspire et aspire tant d’hommes.

Si d’ailleurs la relation de Johanna et Jacques n’est pas apaisée, c’est parce qu’elle est peut-être le reflet de l’opposition entre la terre ferme et les eaux profondes. Johanna est une femme bien ancrée sur terre et qui a des projets de vie on ne peut plus terrestres, tandis que Jacques échappe à ces considérations-là et se déplace plus aisément dans l’eau au milieu de sa « famille » composée de dauphins que sur terre.

Ainsi, si le film réunit deux éléments, la mer et le soleil, qui riment avec vacances, il n’en garde pas moins l’accent du drame. Envouté et guidé par la musique exceptionnelle d’Éric Serra, le compositeur fétiche de Besson, le spectateur ne peut que pressentir un dénouement qui ne sera pas des plus roses.

Le Grand Bleu est parsemé de dialogues courts et exacts, Jacques y décrit la sensation de plonger ainsi : « C’est comme si je glissais sans tomber. ».

La suite est malheureusement plus cruelle : « Le plus dur, c’est une fois en bas. […] Il faut une bonne raison pour remonter. J’ai des fois du mal à en trouver une. »

 

Emmeline

L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

Céline, une étudiante française et Jesse, un américain, font connaissance à bord d’un train qui les amènera à passer une nuit ensemble à Vienne en Autriche. Voila le synopsis très simple de ce beau film qu’est Before Sunrise (1995) de Richard Linklater. On pourrait s’attendre à de gros rebondissements, un peu d’action, un retournement de situation à la fin pour pimenter l’histoire ? mais non, ce n’est pas vraiment le but de ce film. Le spectateur se retrouve en immersion complète dans cette relation qui se crée entre ces deux personnages. A ce stade de l’histoire, une question ressort : qu’est-ce que deux inconnus vont bien pouvoir se raconter pendant une nuit entière ? L’interrogation semble légitime et pourtant, nous sommes rapidement invités à entrer dans leur histoire basée sur de longues discussions très profondes sur la mort, l’amour, les relations humaines et anecdotes assez précises sur leur vie… sans une once de jugement entre eux, ce qui leur confère une confiance grandissante pour se découvrir.

L’histoire est filmée de sorte que nous nous concentrons réellement sur Jesse et Céline, ce sont, tout d’abord, les deux seuls personnages, les personnages secondaires ne sont alors que des prétextes pour cerner encore mieux les deux protagonistes, les longs plans séquences de leur dialogue donnent une impression très naturelle de leur discussion offrant au spectateur la sensation de regarder un documentaire sur leur vie sans jamais les quitter des yeux. Ce procédé nous conduit à vivre de façon très réaliste leur complicité naissante ce à quoi s’ajoute la quasi absence de musique donnant à Jesse et Céline le monopole de la parole.

Ethan Hawke et Julie Delpy apparaissent dès lors comme l’un des plus beaux couples du cinéma des années 90, leur osmose se ressent tout au long du film, leurs regards et leur timidité mêlés d’envie traduisent à merveille le début d’une relation.

Finalement, pendant ces 1h40, nous sommes embarqués dans une histoire d’amour de façon à la fois intrusive et étonnement agréable (cf la dernière photo). Après le générique de fin, parler avec un inconnu dans le métro paraîtra beaucoup plus charmant, mais surtout le réalisateur laisse le spectateur dans l’attente d’une suite à cette belle nuit ! C’est ce que nous offre Richard Linklater dans deux autres volets sortis à 9 ans d’intervalle. Un procédé que Linklater utilisera également en 2014 pour le film Boyhood, réalisé en 12ans qui donne un aspect tout aussi réaliste à l’histoire et aux personnages qui évoluent, Ethan Hawke est encore de la partie pour notre plus grand plaisir.

Si la trilogie Before est un peu différente, on observe tout de même les acteurs mûrir avec leur personnage, et l’insouciance du premier volet disparaît progressivement laissant place à une réalité moins idyllique de la vie d’adulte… La nécessité d’en faire une trilogie peut être discutée, et pourtant chaque film nous apporte une facette différente de leur histoire, Linklater dépeint le portrait sur le long terme de deux personnes auxquelles chacun peut aisément s’identifier. Ces différents procédés font de ce film une comédie romantique inédite, différente. Les personnages et leur histoire sont loin du traitement parfois superficiel et cliché que l’on retrouve généralement dans les comédies romantiques (particulièrement américaines), ce qui en fait définitivement un grand film et une grande trilogie.

Jesse, Céline et moi

 

Kenza IKBAL

L’été ciné 2018 – Film #4 : Little Miss Sunshine

L’été ciné 2018 – Film #4 : Little Miss Sunshine

Si le duo Jonathan Dayton-Valérie Faris s’est reformé récemment à l’occasion de Battle of the Sexes, c’est avec Little Miss Sunshine qu’il a réchauffé le cœur de millions de personnes, le temps d’un road trip entre Albuquerque et la Californie.

Mais pourquoi un énième road trip américain nous plaît-il autant ? Une seule réponse : les Hoover’s. Allez, petite rétrospective de ces gens peu communs. Dans la famille Hoover, on demande :

Le père : Richard Hoover, coach de motivation, tente désespérément vendre son projet de la « réussite en 9 étapes ». Inculquant tant bien que mal la culture de la gagne à ses enfants, Richard se montre tantôt irritant, tantôt attachant. “There are 2 types of people in this world, winners and loosers”

La mère : Sheryl Hoover, véritable maman poule essaye de recoller les morceaux de sa famille ingérable, passant la plupart de son temps à reprendre son mari sur son pseudo chemin vers le succès et à corriger son beau-père sur son langage. « Please Richard stop »

Le grand-père : Edwin Hoover, papy complètement dingue qui, lorsqu’il ne se drogue pas ou ne parle pas de sexe, peut parfois se montrer incroyablement tendre et amusant. “Fuck a lotta women, kid, I have no reason to lie to you. Not just one, a lotta women.”

L’oncle : Frank, étudiant homosexuel, sort d’une tentative de suicide ratée car il a perdu l’amour de sa vie. Inconditionnel de Marcel Proust, Frank semble avoir raté sa vie, mais aussi sa mort. Parce que cette famille avait besoin de son personnage cynique. « Yeah. French writer. Total looser. »

Le fils : Dwayne Hoover, passionné de Nietzsche,  a fait vœu de silence jusqu’à ce qu’il entre à l’Air Force Academy. Il déteste tout le monde, s’ennuie dans un monde qui n’est pas pour lui et ne parle pas : un bonheur de gosse en somme. « FUUUUUUUUUUUCK »

La fille : Olive Hoover, elle est la raison de ce voyage. Petite princesse, elle est qualifiée pour le concours Little Miss Sunshine en Californie, qui couronne la petite fille la plus jolie et talentueuse du pays. Pétillante et glamour, elle est prête à tout pour battre ses concurrentes. Une vraie bouffée de bonheur. « Grandpa, am I pretty ? »

Le tout se déroulant à bord d’un van tout jaune qui ne démarre pas et qui klaxonne sans raison, « Little Miss Sunshine » offre un moment de pause et de joie de vivre dans ce monde. A voir donc, mais surtout à revoir.

 

Adam Berkovich

L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

Si vous ne savez pas quoi faire en cette douce soirée d’été, voir ou revoir Pierrot le fou de Jean-Luc Godard est une belle idée pour pallier l’ennui. Jean-Paul Belmondo y incarne à merveille Ferdinand alias Pierrot le fou, un passionné de littérature s’ennuyant profondément dans le milieu bourgeois de sa femme où la publicité semble avoir abrutis les hommes et les femmes qui l’entourent. Le hasard de retrouver la fascinante Marianne (Anna Karina), une ancienne amante, va le pousser à quitter sa famille fuyant avec Marianne vers la mer, belle et calme, de la côte d’Azur. Avec des gangsters à leurs trousses, Pierrot le fou est un road-movie d’action sur la vie, la liberté, l’art et la mort brisant les codes moraux, esthétiques et politiques.

C’était un film d’aventure

Lors d’une soirée mondaine Belmondo croise le réalisateur américain Samuel Fuller qui décrit  le cinéma comme une bataille faite d’amour, de haine, de violence et de mort. En un mot l’émotion. Voilà le point de départ de ce film d’aventure où Ferdinand et Marianne sont emportés dans une cavale amoureuse délinquante vers un affranchissement totale des normes sociales qui lui vaut une interdiction aux moins de 18 ans pour anarchie morale et intellectuelle à sa sortie en 1965. L’histoire s’apparente à un film d’action et pourtant les personnages sont caractérisés par leur inaction, ils n’ont ni attaches ni objectifs et se laissent simplement porter par les événements en n’ayant plus qu’une seule chose à faire : vivre.

C’était un roman d’amour

Roman d’amour et amour du roman, le film aux dimensions littéraires est un véritable éloge du genre romanesque accentué par le découpage en chapitres et les voix off des personnages racontant leur propre histoire. La trame de l’histoire est un voyage incohérent au milieu des histoires de Rimbaud, Céline, Balzac ou Poe qui apparait pourtant claire, logique et organisée pour les personnages. Plusieurs histoires d’amour s’entremêlent, la principale étant la passion entre Ferdinand et Marianne mais on retrouve également l’amour de la poésie, de la vie, de la mer, du bleu du ciel et de la liberté.

C’était une peinture moderne

A l’image des peintres modernes qui s’affranchissent des codes esthétiques de l’art, Godard s’affranchit ici des codes esthétiques du cinéma. Il compose et maîtrise la couleur de ses scènes comme de véritables tableaux de sons et d’images où se superposent citations, peintures, noms d’auteurs et longs plans sur la mer dans un désordre esthétique et harmonieux. On peut remarquer diverses inspirations picturales que ce soit dans la composition quadrillée aux couleurs primaires de certaines scènes tel un tableau de Mondrian, dans les tableaux au mur de Picasso qui se reflètent dans la destruction cubiste des corps inertes ou encore avec la scène où Belmondo se peint le visage en bleu rappelant les anthropométries de l’époque bleue d’Yves Klein. A la manière de ces peintres, il révolutionne le cinéma comme ils ont révolutionné la peinture, tout en gardant une inspiration des maîtres du passé à travers des références à Vélasquez, Renoir ou Van Gogh.

C’était une comédie musicale

L’ironie de Godard se retrouve également dans plusieurs scènes de dialogues comiques et absurdes. On rit. Et parfois, de manière impromptue, Anna Karina se met spontanément à chanter les paroles de Serge Rezvani qui donne des airs de comédie musicale envoutante au film.

En parlant de musique, même si pour Ferdinand c’est « la littérature avant la musique », on peut souligner que l’utilisation des partitions d’Antoine Duhamel magnifie l’image.

Cet éloge de l’art se fait sur fond de satire politique chère à Godard, il y dénonce l’absurdité de la guerre du Vietnam et la bêtise des Américains obsédés par les armes. Il rappelle également de manière détachée la situation au Liban, Congo, Angola ou encore Yémen. Son engagement politique est cependant controversé puisqu’il pose la question du traitement de sujets graves de manière désinvolte s’apparentant à une forme de désengagement.

« Il fait beau dans les rêves, les mots, la mort mon amour. Il fait beau dans la vie. »

Je vous laisse donc apprécier la beauté de ce film emblématique de la Nouvelle Vague française jusqu’à l’explosion finale dans l’éternité de l’été.

Laura Balaven

L’été ciné 2018 – Film #2 : Porco Rosso (1992)

L’été ciné 2018 – Film #2 : Porco Rosso (1992)

Hayao Miyazaki n’en est pas à son coup d’essai quand il écrit et réalise Porco Rosso. Encore que, avec un premier film comme Le château dans le ciel, on lui aurait pardonné son manque d’expérience. Quoi qu’il en soit, ce film d’animation de 1h30 marque un tournant dans l’histoire des Studio Ghibli, étant le dernier Miyazaki entièrement dessiné à la main sans aide numérique.

Après Mon voisin Totoro et Nausicaä de la vallée du vent, c’est en 1992 que Porco Rosso est présenté au grand public par le réalisateur de Princesse Mononoké. Son synopsis est simple : « dans l’entre-deux-guerres quelque part en Italie, le pilote Marco, aventurier solitaire, vit dans le repaire qu’il a établi sur une île déserte de l’Adriatique. A bord de son splendide hydravion rouge, il vient en aide aux personnes en difficulté ».

En effet, Marco est changé en cochon après la première guerre mondiale, symbole de la déshumanisation causée par les combats. Il n’accepte pas les normes sociales et refuse toute implication politique dans une Italie en pleine montée du fascisme. Chasseur de prime renommé, ses rivaux sont nombreux, dont l’Américain Curtis, qui cherche la gloire et la main d’une vieille amie de Marco, Gina.

Dans cette histoire, Marco détonne par son caractère calme et unique, entouré de pirates de l’air « aussi grippe-sou qu’ils puent du bec », des méchants qui n’en sont pas vraiment par leur côté folklorique très typique chez Miyazaki. L’amour est lui aussi présent, et apporte une touche de mélancolie à ce long-métrage. 

Ce chef-d’œuvre des Studio Ghibli a connu un succès remarquable, remportant notamment en 1993 le prix du meilleur long métrage au festival international du film d’animation d’Annecy. Et on comprend pourquoi. Entre Jean Reno qui prête sa voix au personnage principal dans la version française et une musique « hollywoodienne » de Joe Hisaishi, compositeur habituel et fétiche de Miyazaki, Porco Rosso nous emporte encore une fois dans l’univers (assez réaliste pour le coup) d’un réalisateur d’exception.

Il nous présente un monde d’une grande beauté et totalement à part, même si on n’y retrouve pas le côté magique et mythologique qui fait la grandeur des classiques de Miyazaki comme Chihiro. Pour autant, ce film est puissant. Certaines scènes comme celle du paradis des aviateurs sont d’une réelle intensité émotionnelle. Porco Rosso nous transmet des messages d’amour, de paix et de féminisme à travers une poésie toujours aussi présente et un humour fin au charme unique. 

Un des meilleurs Miyazaki, incomparable et tout en splendeur.

 

Liora Taieb

L’été ciné 2018 – Film #1 : Mustang (2015)

L’été ciné 2018 – Film #1 : Mustang (2015)

C’est comme si tout avait changé en 97 min de film, dans la chaleur de l’été 2015 une claque cinématographique sur la Turquie profonde. Un drame admirablement mis en scène par Deniz Gamze Ergüven, une tragédie sur la condition féminine dans la Turquie d’Erdogan, celle loin d’Istanbul, où un bain habillé avec ses camarades d’école le dernier jour des cours est prétexte à un oncle borné et conservateur pour enfermer ses nièces orphelines.

Peu à peu prises dans le piège patriarcal qui se referme sur elles, les cinq sœurs vont dès lors tenter de braver les interdits d’un oncle dont la gradation des violences au cours d’un terrible été fait écho aux réactions des parents Lisbon dans « Virgin Suicides » de Sofia Coppola. Film résolument féministe, il réussit à faire passer son message anti-patriarcal en montrant toutes les difficultés sociales à vivre dans un village de la Turquie profonde en tant que femme adolescente et la solidarité des femmes plus vieilles vis-à-vis de leurs petites filles.

Le film frappe, tant par son sujet et par ses personnages que dans son style solaire qui parvient à rendre gloire aux cinq amazones enfermées malgré le huis clos qui leur est imposé. Seule déception du cinéphile : la bande originale timide et n’appuyant pas certaines scènes qui auraient gagnées à être soutenues par un fond musical (certaines scènes d’escapades en particulier). On pardonnera cependant au film cet écueil sûrement volontaire tant le choix de l’utilisation de musiques intra-diégétiques est justifié par la prétention de représenter le vrai.

Profondément réaliste, ce film traitant de sujets graves et douloureux a néanmoins le mérite d’avoir une certaine beauté tant dans son fond que dans sa forme. Court et intéressant, plus qu’un match de l’Equipe de France, Mustang est un film à voir ou revoir que ce soit pour son histoire touchante ou son étonnante splendeur estivale.

 

Pablo De Santiago Ravello