DIAMANTINO, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt – Vision de quelques cinéastes portugais

DIAMANTINO, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt – Vision de quelques cinéastes portugais

Diamantino

Diamantino Matamouros est le dieu de la planète football. Il porte son pays, le Portugal à la finale de la coupe du monde. Après une rencontre bouleversante avec des réfugiés, il est complètement déstabilisé et rate sa finale et le titre par la même occasion. Cet échec cuisant va précipiter sa chute. Le problème, c’est qu’il ne connaît rien d’autre. Dans sa quête pour donner un nouveau sens à sa vie, il sera confronté à un docteur en génétique, à des néo-fascistes, à des conspirations familiales et aux services secrets portugais.

Sous ses airs de parodie nanardesque sur le monde du foot, Diamantino est un film follement inventif, et très sensoriel sur un personnage simplet mais plus qu’attachant. En convoquant un style baroque, de nombreux éléments empruntés à la science-fiction, au polar ou à la comédie romantique, le métrage propose une satire de la société post-moderne qui se rapproche parfois presque d’un épisode de South Park. L’idée n’est pas ici de proposer une réflexion profonde sur la géopolitique actuelle mais plus de transformer le monde en un espace fantaisiste ou tout est propice au rêve et à la folie. Car même dans ces aspects les plus sombres, l’univers de Diamantino est toujours osé, démesuré et jusqu’au-boutiste. Qu’il s’agisse des publicités fascistes, des frasques de Diamantino ou du laboratoire génétique du Dr Lamborghini, on est toujours dans des choses qui dépassent l’entendement, comme si le principal était de dépasser les limites mentales qui nous sont fixées.

Mais si le film ne hiérarchise pas ses éléments dans leur fantaisie personnelle, il propose tout de même une voie particulière, incarnée par ce personnage principal haut en couleurs, remarquablement interprété par Carloto Cotta (dont la ressemblance avec Cristiano Ronaldo est frappante). Par sa candeur et sa naïveté, il propose un prisme et une lecture du monde extrêmement simple comme il l’explique dans une scène très forte ou il fond en larmes devant la présentatrice de télévision Gisele : “je veux seulement faire le bien”. Car Diamantino est l’archétype d’un personnage profondément bon mais complètement stupide, il n’a absolument aucun jugement sur rien ni personne, mais aspire à une vie confortable et heureuse pour tous et toutes. Une philosophie hédoniste ou il suffit de regarder des petits animaux poilus et manger des crêpes au nutella pour être comblé. Le film réussit le pari osé de rendre le personnage vraiment touchant, et sa relation avec Aisha (un enfant réfugié/agent secret qu’il adopte) belle et pure.

Si le film ne manque pas de propos, son fourmillement d’idées lui donne également une grande force comique. Si l’on rigole à l’absurdité des situations et des effets de style, c’est encore une fois le personnage de “Tino” qui fait passer le film dans la catégorie supérieure. Son personnage est si fort dans ses expressions, dans sa façon de parler le portugais qu’il fait mouche à de nombreuses reprises. Les petits éléments de langage, la gestuelle, tout rappelle l’imagerie footballistique sans jamais tomber dans la caricature facile ni dans la moquerie. C’est toujours par le décalage et la légère étrangeté que le film arrive à nous toucher, en étant toujours un peu à côté de là où on pourrait l’attendre. Il en devient une expérience vraiment jouissive, dans laquelle on est toujours captivé, surpris.

Si Diamantino ne réussit pas tout ce qu’il entreprend, avec quelques soucis de rythme et un style visuel parfois vraiment douteux, il reste une proposition réellement singulière et bienvenue, comme une réinvention de toute une imagerie moderne sublimée dans lequel notre monde devient celui d’un conte de fée.

Quelques cinéastes portugais

Si la production cinématographique au Portugal est très faible en termes de quantité, dépassant rarement les douze films produits par an, le pays jouit d’une grande popularité dans les festivals internationaux et certains de ses auteurs font partie des plus grands défenseurs d’une certaine idée, radicale et innovante, du cinéma, et Gabriel Abrantes s’inscrit clairement comme un nouveau représentant de cette lignée. En voici quelques-uns avec certains de leurs films majeurs.

(article intéressant pour en savoir un peu plus https://www.liberation.fr/debats/2017/02/12/cinema-preserver-le-miracle-portugais_1548027)

Manoel de Oliveira

L’un des principaux réalisateurs portugais de tous les temps. Il a marqué le pays par sa filmographie riche et sa longévité incroyable (il était le seul réalisateur centenaire encore en activité avant sa mort). Aniki-bobo: son premier film constitue une porte d’entrée idéale dans son œuvre. Dans cette chronique sur une bande d’enfants dans les rues de Porto, Manoel de Oliveira peint un portrait sensible et touchant de l’enfance. Pour les plus aguerris, Un film parlé est une œuvre au style très particulier et très fort dans lequel une mère et sa fille découvrent l’Europe à la découverte des civilisations.

João Pedro Rodrigues

Un des cinéastes portugais actuels les plus en vogues. Son travail s’intéresse beaucoup au corps, et la transcendance des personnages par celui-ci, s’aventurant parfois dans des contrées assez morbides. Dans O Fantasma, son premier film particulièrement envoûtant, il suit les pérégrinations nocturnes d’un éboueur qui profite de son travail pour enchaîner les rencontres sexuelles. Dernier projet en date du réalisateur, L’Ornithologue nous montre la quête métaphysique d’un ornithologue sur les berges du Douro, sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, et tisse un maillage transcendantal sublime entre apparitions et contemplations profondes.

João César Monteiro

Un artiste très singulier, qui mélange dans ses films le burlesque, la tragédie, la poésie et une réelle fascination pour les plaisirs charnels et subversifs. Dans son immense Trilogie de Dieu (Souvenirs de la maison jaune, La Comédie de Dieu, Les Noces de Dieu), il explore les limites de la morale et du désir, tout en campant le personnage de Jean de Dieu, avec son corps décharné, et réalise un conte hautement transgressif et fascinant.

Pedro Costa

Il est peut-être le plus radical des cinéastes portugais et l’un des artistes les plus importants sur la scène internationale expérimentale aujourd’hui. Après ses trois premiers films ayant connu un réel succès en festivals, Pedro Costa a opéré un virage extrême dans son cinéma, pour aller au cœur même de son sujet et tout abandonner pour proposer une trilogie exceptionnelle sur le quartier de Fontainhas, avec les films Dans la chambre de Vanda, En avant jeunesse et Cavalo Dinheiro. En sacrifiant tout jusqu’à sa vie, il est lui-même devenu un objet du décor dans ce quartier fait de bidonvilles en ruines, qui ont ensuite été détruits pour être remplacés par des tours. Il transforme le documentaire en fiction et a créé une œuvre à la force d’évocation rare.

 

Avran Thépault

« Le jeu » ou un dîner mouvementé

« Le jeu » ou un dîner mouvementé

Le challenge était double pour Fred Cavayé, réalisateur du jeu : il fallait adapter un film italien de Paolo Genovese (2016), Perfetti sconosciuti », lui-même déjà remaké mais également adapter ce genre si particulier du huis clos, qui tire ses origines et ses codes du théâtre. Alors, challenge réussi ?

Au cours d’un dîner entre amis, Marie propose à ses invités de jouer à un jeu: chacun dispose son téléphone au milieu de la table. Chaque fois qu’un téléphone sonne, le propriétaire doit répondre en haut-parleur à l’appel ou lire à voix haute le message. Ce petit jeu risque de vite tourner au drame entre amis…

Fred Cavayé après avoir excellé dans le polar français, notamment avec « A bout portant » ou encore « Pour elle » semble vouloir continuer à s’essayer dans la comédie française. Après « Radin », le réalisateur nous propose « Le jeu », un deuxième remake du film italien « Perfetti Sconosciuti ».

Présenté comme une comédie au premier abord, le film tourne rapidement au cauchemar au rythme des révélations du groupe d’amis. Le jeu devient alors une comédie dramatique qui s’inscrit ainsi dans la tradition typiquement française du huis clos, comme l’avait fait le « Prénom » avant lui.

Les révélations s’enchaînent avec rythme, sans laisser une seconde de répit au spectateur, qui passe du rire aux larmes, et des larmes à la surprise. Si le spectateur avait peur de s’ennuyer face à ce huis clos, ses craintes peuvent s’envoler. Tout cela étant permis non seulement par le jeu des caméras, parfaitement dirigé par le réalisateur, mais également grâce à la performance et la cohésion des acteurs. Mention spéciale à Grégory Gadebois, touchant et juste dans son propos final.

Le petit groupe d’amis nous invite à sa table, afin de déguster un foie gras au lait, en brisant le quatrième mur. Mais a-t-on vraiment envie d’être à cette table ? A-t-on vraiment envie de mettre notre téléphone sur la table et partager tous nos secrets ?
Là est tout le propos du film : ce dernier vient à nous interroger sur la relation entre amour (ou amitié) et vérité. Doit-on tout dire ou ne vaut-il mieux pas garder certaines choses secrètes pour préserver l’autre ?
Sur cela, le film ne tranche pas et laisse au spectateur la possibilité de se forger sa propre opinion : chacun sait ce qu’il doit faire avec ses amours.

Petit bémol au tableau, le retournement final qui permet d’avoir une fin plus légère comme attendu dans les comédies, mais une fin plus terre à terre qui n’utilise pas assez l’atmosphère fantastique mise en place tout au long du film. Ce twist final risque de désengager le spectateur, qui, jusqu’à là, était pris dans l’engrenage des événements s’enchaînant à un rythme effréné. On regrette ainsi cette petite perte de profondeur, qui fait perdre au film son propos principal.

Malgré cela, Le jeu nous laisse un souvenir agréable qui promet de longs débats à la sortie de nos salles obscures si vous allez le voir entre amis.

 

Salomé Ferraris

« Cris et chuchotements » et son austère tension

« Cris et chuchotements » et son austère tension

Datant de 1972, le film de Ingmar Bergman Cris et chuchotements met en scène quatre femmes, Agnès dont la mort est imminente, ses deux sœurs Karin et Maria venues assister à ses derniers moments, et leur servante Anna.

Ces quatre femmes restent les unes avec les autres, en huis clos, dans leur manoir familial dominé par les couleurs rouge et blanc. Omniprésentes, ces couleurs créent une atmosphère qui oscille entre inquiétude et esthétisme ascétique. Le réalisateur pousse même la présence du rouge jusqu’au fondu.

Les lumières utilisées, que ce soit la lumière naturelle ou celle des bougies et lampes à huile, renforcent, à travers un jeu d’ombres, le caractère inquiétant et faux des femmes aussi bien que celui du décor.

Enfermées toutes ensemble, la tension grandissante finit par révéler les plus profondes pensées et caractéristiques de chacun des personnages. La vie lente et austère de ces femmes, paisible en surface, masque en réalité des sentiments extrêmes.

Le huis clos, en confrontant toujours les mêmes personnages les uns aux autres, les force à se départir de leurs faux-semblants.

Dans Cris et chuchotements, Maria, qui semble être la sœur la plus douce et aimable, finit par être dévoilée comme une femme manipulatrice, trompeuse et méchante.

Karin, la sœur la plus âgée, que l’on pense en premier lieu responsable et juste, se révèle froide et dénuée de sentiments. Les deux sœurs se trouvent incapables et impuissantes face à la souffrance de leur sœur mourante.

Seule Anna, la servante, est une femme vraie qui n’est pas infatuée d’elle-même. Elle est véritablement attachée à Agnès, avec laquelle elle finit par former la figure marquante et forte de symbole qu’est la piéta.

Comme prises au piège dans ce manoir où reposent leurs souvenirs d’enfance, les comportements des quatre femmes soulèvent les problèmes d’incommunicabilité, du traitement du personnel de maison par les « maîtres » ou, de manière plus essentielle, de peur de la mort.

La barrière qui sépare les vivants des morts est presque palpable. D’ailleurs, les émotions que provoquent la morte chez les vivantes est révélateur de ce que sont réellement celles-ci lorsque les masques sont mis à bas : l’une rejette la mort avec haine, l’autre la fuit et la craint, tandis que la dernière n’a que de la pitié et de la compassion.

Les dialogues sont sans éclats, mais le film est ponctué de chuchotements dont on ne distingue aucune parole précise, et des cris des personnages, qui souffrent chacun séparément sans pouvoir être compris ou soulagé par ceux qui l’entourent.

La lecture du journal intime d’Agnès par la servante Anna, à la fin, clôt le film sur une note assez pessimiste. On comprend qu’au moment où elle était déjà malade, elle a été heureuse, véritablement heureuse, en compagnie de ses deux sœurs. Mais parce qu’on a aussi connaissance des différentes intrigues des deux sœurs, on sait aussi que ce bonheur, qu’Agnès qualifie même de bonheur absolu et parfait, n’est en réalité fondé que sur « un tissu de mensonges » …

 

Emmeline Ruellan

The Guilty, un polar poignant

The Guilty, un polar poignant

Sorti en salles en Juillet 2018, Le long-métrage The Guilty a réussi son défi de tenir en haleine pendant près de 1h20 les spectateurs seulement doués de leur imagination. De fait, étant un huis-clos focalisé exclusivement sur le kidnapping d’une mère de famille, et suivi par l’intermédiaire d’un répartiteur d’appels d’urgence au 112 (Asger Holm, interprété par Jakob Cedergren), le défi posé par ce thriller était de taille.

Le réalisateur et scénariste, Gustav Möller, danois, réalise avec The Guilty son premier long-métrage dans un cadre contraignant et a priori peu spectaculaire : un centre d’appels très fidèle à la réalité construit dans un immeuble de bureaux abandonnés.

L’intérêt de ce film réside principalement dans le travail sonore et l’interprétation de la bande-son. On a chaud pendant tout le film, mais cette chaleur vient contraster avec l’univers calme et posé, presque lent du lieu, entouré par une pluie premièrement forte et agressive. En effet dès les premières scènes, les sons nous immergent totalement dans une ambiance lourde et tendue. Comme l’indique Corinne Renou-Nativel de La Croix « Le clapotis plus ou moins intense des gouttes et le bruit régulier des essuie-glaces apportent des images concrètes et puissantes du dehors. » Cette analyse fait presque totalement écho à celle du réalisateur, qui témoigne que « C’est comme si on avait fait la moitié du travail sur les décors et l’image dans la salle du montage son », puisque ces sons ont été pris au préalable sur les lieux de l’action, pour ce qui est de la voiture et de l’extérieur.

Les spectateurs se voient dès lors décrire les conséquences d’un fait divers à jamais invisible à leurs yeux, réduits au statut d’auditeurs, statut qu’ils partagent avec le policier lui-même.

Le réalisateur confie également l’importance primordiale également du regard de l’acteur, Jakob Cedergren, qui fait paraître tout du long du récit une profondeur habitée d’un grand calme, nécessaire à l’obtention d’une image fidèle à celle du métier. Car Jakob semble cacher tout autant de secrets que le kidnapping dont fait l’objet son enquête, le spectateur se retrouvant alors à visualiser à travers les sons de la voix de Jessica Dinnage et ceux du répartiteur deux ressentis et mystères en parallèle.

Jessica Dinnage, quant à elle, offre une performance très singulière, qui permet notre immersion au sein de la souffrance de cette femme que l’on ne peut se représenter que par son timbre brisé et spécifique.

Gustav Möller tient à ce que son film soit « vu » librement par les spectateurs, que les explications sur le cadre de l’enlèvement ne soient pas assez précises pour ôter cette liberté d’images mentales propres. Il est enfin à noter qu’il s’est également inspiré d’un appel au 112 dont il a été témoin, celui d’une femme kidnappé, femme qui devait utiliser tout comme dans The Guilty un langage codé, étant assise à côté de son ravisseur.

C’est ainsi que cette mise en scène par suppression du mouvement finit par construire un beau polar de l’impuissance.

Primé par plusieurs prix du public, dont le prix du meilleur réalisateur au Festival international du film de Seattle, et le prix d’interprétation masculine pour Jakob Cedergren au Festival international du film de Thessalonique, The Guilty vaut donc définitivement le détour !

 

Marie Laurent

At eternity’s gate, 75e Mostra

At eternity’s gate, 75e Mostra

Film américano-britannico-français présenté à la Mostra de Venise en 2018, réalisé par Julian Schnabel. Distribution: Willem Dafoe, Rupert Friend, Oscar Isaac, Mads Mikkelsen…

Des cyprès s’élevant vers le ciel. Des coups de pinceau vifs et résolus. De grandes plaines reflétant le soleil. Une folie intense et insaisissable. Ai-je besoin de continuer pour que vous trouviez l’objet de ce film ?

Synopsis

Nous sommes dans les années 1880. Vincent Van Gogh (Willem Dafoe) est encore un peintre méconnu et méprisé. Les bistrots parisiens refusent d’afficher ses toiles, et il ne peut subvenir à ses besoins sans l’aide de Théo, son frère. Théo est connu, respecté, et suffisamment aisé pour aider son frère financièrement. Il est marchand d’art, vit une existence « conforme », est marié. Ce n’est pas le cas de son petit frère, troublé et rejeté.

Au détour d’une rue, on entend une discussion entre Van Gogh et Gauguin (Oscar Isaac). Ce dernier lui suggère de se rendre dans le Sud de la France où il pourra s’épanouir, trouver une nouvelle lumière pour sa peinture.

Nous assistons alors au déménagement du peintre à Arles où il s’adonnera à sa passion, à l’activité nécessaire à sa survie mentale. La peinture. A la suite des impressionnistes, il va marquer le naturalisme par les célèbres paysages de la Provence.

S’enchaîne ensuite le film de sa vie. Des hôpitaux aux institutions psychiatriques, en passant par les villages, on le voit tour à tour marginalisé, repoussé, passionné, apaisé.

Avis

L’accent réside dans les émotions. La joie procurée par un champ de blé, la folie face aux écoliers du village, l’amour d’un frère ; toute une suite de sentiments d’une intensité sans pareille.

Le film est centré sur les relations fusionnelles qu’a le peintre. Avec Gauguin, on est emporté dans une spirale de cris et de larmes, de folie et d’incompréhension, de jalousie et de rejet. L’amitié est trop forte, elle lui permet d’assainir son esprit avant de conduire à la mutilation de son corps.

On se retrouve aspirés dans la vie du peintre hollandais, on le suit dans les grands moments de son existence. On le comprend ; on le trouve fou ; puis on en vient à comprendre sa folie. On admire ses œuvres. Et on le plaint. Il dit dans le film qu’il peint pour des générations qui ne sont pas encore nées. Quoi de plus vrai ? De son vivant, il ne connait que méchanceté, manque de reconnaissance, dégoût. Il n’aura jamais l’occasion de voir qu’il est devenu l’un des plus grands peintres de tous les temps, l’annonciateur de grands mouvements de peinture, que ses œuvres un temps refusées en exposition sur les murs de commerces lugubres sont désormais les éléments clés des collections permanentes du Louvre, du MOMA, des Uffizi…

On est aspiré dans la spirale. Le film nous captive. Il retrace la vie du peintre de façon intéressante et vivante. Malgré tout, il traîne en longueur, on pique du nez devant une longue scène sans dialogues. On s’ennuie devant une scène où le peintre marche, court ; lorsque la caméra se focalise sur la nature en plans trop longs. Autre point discutable, les rares prises de vue d’une caméra subjective. L’image tremble, le son s’éloigne, le champ de vision se rétrécit. On peut trouver ça troublant… ou l’apprécier.

En résumé, n’allez pas voir ce film après une longue journée de travail. Vous risqueriez de vous endormir bien vite. Il est parfait pour un week-end où vous avez le temps et l’envie. Pas de suspense au programme, mais de longues scènes, agréables car esthétiques. Pas d’action, mais un océan d’émotions.

 

Camille Daussy

Le ciné américain à la Mostra : The good, the bad and the boring

Le ciné américain à la Mostra : The good, the bad and the boring

First Man

30 août, après un court trajet de bateau depuis l’île de Venise jusqu’à celle où a lieu la Mostra, c’est à dire le Lido, nous nous dirigeons, une fois notre accréditation en poche, vers la salle Biennale, impatientes d’assister à notre première séance du festival, celle de First Man de Damien Chazelle. Au vu du réalisateur, je fondais de grands espoirs sur ce film, Damien Chazelle ayant récemment réalisé deux films aux scénarios originaux, grandioses et aux univers visuels et musicaux extrêmement riche, avec tout d’abord Whiplash, dont la fin est une véritable claque, puis La La Land, qu’on n’a plus besoin de présenter.

De ce fait, imaginez notre déception lorsque, après près de 2h, nous sortons d’un film parfaitement banal, aussi bien dans le fond que dans la forme.

Voilà le principal reproche que je fais à First Man, il est complètement moyen. Pas mauvais, mais pas bon non plus. On nous raconte une histoire que nous connaissons tous déjà, celle du premier alunissage de 1969 vu au travers des yeux de Neil Armstrong, dont on suit le parcours depuis son recrutement à la NASA jusqu’à son retour sur terre. Il est interprété par Ryan Gosling qui, comme à son habitude, nous regarde avec des yeux vitreux, sans transmettre aucune émotion au spectateur.

Les effets spéciaux des passages dans l’espace sont, par ailleurs, assez médiocres; quand on voit ce que Kubrick accomplissait il y a 50 ans de cela, avant même le véritable alunissage, on se dit que Damien, qui nous a habitués à une certaine rigueur artistique, aurait vraiment pu mieux faire.

Je ne regrette pas d’avoir vu First Man, et ne considère pas non plus m’être ennuyée, mais il ne vaut certainement pas le prix d’une place de ciné.

Vox Lux

Tout commence par un événement bien trop commun aux Etats-Unis, le tout narré par la douce voix de Willem Dafoe, un shooting dans un lycée. Survivante de cet attentat, Céleste, jouée dans un premier temps par Raffey Cassidy puis dans la seconde partie par Natalie Portman, touche l’Amérique entière en chantant aux funérailles de ses camarades. Jude Law va alors la prendre sous son aile afin de la transformer en véritable pop star. Ellipse, nous retrouvons Céleste sous les traits de Natalie, mère célibataire et cette fois-ci à la recherche d’un come-back.

Les 20 premières minutes du film m’ont données beaucoup d’espoir, j’ai même cru qu’il pourrait s’agir de mon long-métrage préféré à Venise, mais finalement il ne fait qu’effleurer les thèmes qu’il aborde, sans oser s’y attaquer véritablement.

On pense qu’il va nous emmener dans les dessous du show-business, mais finalement le côté critique, que j’ai pensé percevoir au début, disparaît, tandis que la deuxième partie tombe à plat. Natalie Portman est très caricaturale, avec un accent insupportable qui n’était pas présent dans l’actrice précédente. Par ailleurs, trop d’importance est accordée à la bande originale, probablement dû au fait qu’elle a été composée par SIA.

Je ne me suis pas ennuyée durant la séance, mais le dénouement nous laisse sur notre faim, et on a donc beaucoup de potentiel pour un résultat finalement assez moyen.

Charlie says

Il s’agit probablement d’un de mes films préférés de la sélection. En grande partie parce que nous avons pu assister à l’avant première, assises juste à côté de l’équipe du film, et notamment des acteurs principaux, Hannah Murray (Gilly dans Game of Thrones) et Matt Smith (Doctor Who et The Crown).

Charlie Says nous dépeint la secte de Charlie Manson au travers des yeux de Leslie, une de ses protégés, emprisonnée au début du film. Nous assistons au travers de flash-back à son arrivée dans la secte, et la descente aux enfer qui s’en suit jusqu’à son arrestation.

Le film parvient à équilibrer compréhension et culpabilité. Nous assistons au brain-washing de Leslie, nous voyons comment Charlie est rentré sans sa tête, et dans la tête des autres jeunes du groupe. Mais le film n’excuse pas pour autant les actes des personnages, il ne s’agit pas de déresponsabiliser les adaptes de Charlie, mais avant tout de comprendre l’origine de la violence. Pleinement plongées dans leur monde, chaque scène du film nous glace le sang, d’autant plus lorsqu’on se remémore que ces faits sont réels. Charlie says est donc un véritable rappel du fait que, parfois, l’horreur de la réalité dépasse celle de la fiction.

Suspiria

Si comme moi vous avez vu et détesté Mother!, évitez ce film à tout prix.

Énième remake hollywoodien d’un classique qui n’avait en aucun cas besoin d’être refait, Suspiria est, au même titre que First Man, un film qui m’a déçu de la part de son réalisateur, Luca Guadagnino.

Nous avons quitté le village d’Italie charmant de Call me by your name pour un Berlin en pleine guerre froide, froid et anxiogène. Tout est véritablement fait dans l’intention de mettre mal à l’aise le spectateur, mais cette intentionnalité est si évidente qu’elle en devient maladroite.
A mes yeux, un bon film fantastique d’horreur doit jouer sur la limite entre folie et réalité. La partie la plus saisissante de ce genre est cette montée en puissance qui nous glace, nous plonge dans l’univers, joue avec nos sens et sur ce qui est vrai ou faux. Suspiria diverge complètement de cette direction, et choisit d’entrée de jeu de nous révéler son mystère, avec une scène d’une violence assez gratuite, et complètement répugnante.

Dakota Johnson, le personnage principal, ne s’est décidément pas améliorée depuis son incroyable performance dans 50 nuances de Grey, sa principale caractéristique étant restée la même, de prendre des airs de vierge effarouchée en soupirant toutes les 30 secondes (Suspiria, vous saisissez la subtilité?).

L’esthétique elle-même du film, qui “s’inspire” d’un style 80s, est hideuse. C’est tout simplement laid. Seules les chorégraphies de danse valent la peine d’être vues.

Et la fin… En plus d’être prévisible, le dénouement est un gribouilli sans nom, les effets sont mauvais, et même si l’intention était qu’ils le soient, le rendu est abject.

Le seul point positif que je vois d’avoir passée 2h32 de ma vie sur cette chose, c’est que je peux avertir toutes celles et ceux qui m’entourent: Fuyez Suspiria!

Anne-Sophie Kontopoulos

Doubles vies, Mostra 2018

Doubles vies, Mostra 2018

Commençons par un peu de formalité, Doubles Vies est un film français de Olivier Assayas, mettant en scène de grands noms du cinéma francophone comme Juliette Binoche, Guillaume Canet, ou encore Vincent Macaigne. Présenté en sélection officielle à la 75eme édition de la Mostra vénitienne, Doubles Vies a été nominé pour le lion d’or et le prix spécial du jury (deux prix prestigieux du monde cinématographique). L’ACD ayant eu la chance de participer à ce grand festival, il n’est que justice de partager nos impressions sur ce film qui sort au cinéma le 16 janvier 2019.

C’est dans une salle de 1400 places, toutes occupées, que nous avons assisté à 110 minutes d’un film que je qualifierais de complet (terme que j’expliquerai par la suite). En effet, Doubles vies parle de personnages travaillant principalement dans le monde de l’édition (éditeur, auteur, responsable numérique, etc) qui se questionnent sur l’évolution du livre dans la société actuelle. En parallèle, chacun des couples du film se fragilise à coup de liaison et de dissimulation, d’où le nom « Doubles Vies ». D’ailleurs, vous remarquerez que je n’utilise pas le mot « tromperie » ; à mes yeux une tromperie insinue de la méchanceté sournoise, méchanceté qui n’apparait pas ici. Du point de vue des personnages, ces liaisons existent seulement pour pimenter une existence dans laquelle ils se sentent perdus, et d’un point de vue du spectateur, elles sont là pour accompagner les réflexions des protagonistes et nous aider à mieux les comprendre.

Ce sont ces deux aspects du film qui  de mon point de vue le rendent complet. Si le spectateur est un tant soit peu intéressé par la littérature et les livres, les problématiques abordées dans cette oeuvre sont très actuelles. D’un autre côté, on peut très bien se laisser aller aux vies des personnages qui sont drôles et un minimum intrigantes. Ce film est distrayant, léger et ne tombe pas dans le cliché. Exemple tout bête : le film aborde pendant environ 45 secondes la bisexualité d’un des personnage, et ce passage n’est ni gratuit ni caractérisant, il est juste là pour dépeindre un peu plus la personne concernée comme on parlerait d’un plat préféré. Doubles Vies parle de sexualité avec totale indifférence, ce que je trouve être très appréciable et un vent de fraîcheur. Un seul point négatif serait le jeu des acteurs qui manque parfois de naturel (certes Guillaume Canet joue un éditeur, mais personne ne dit « en effet, cela ne sert donc à rien » dans une conversation décontractée). Ceci dit, cela reste occasionnel et ne nous sort absolument pas du film.

Finalement, Doubles Vies d’Olivier Assayas est plaisant et intéressant, et il arrive à faire filer un peu moins de 2h de film. C’est un film qui n’est ni une comédie pittoresque à la Bienvenue chez les Ch’tis, ni un film d’auteur larmoyant et ennuyeux, il a donc le mérite de défier le cliché du cinéma français.

 

Liora Taieb

Dans la sélection officielle de la Mostra 2018…

Dans la sélection officielle de la Mostra 2018…

Acusada

Acusada, film argentin réalisé par Gonzalo Tobal, raconte l’histoire de Dolores (Lali Esposito), une jeune étudiante accusée du meurtre de sa meilleure amie. Le film retrace, deux ans après le drame, le déchaînement médiatique et le procès auxquels est confrontée Dolores.

Au delà des acteurs impeccables, d’une mise en scène soignée et d’une maîtrise de la construction de la tension dont fait preuve le film, ce qui est particulièrement intéressant est que ce dernier est très actuel et juste au niveau de son propos.

Avec le mouvement « me too », « balance ton porc » et les accusations à tord et travers dont font preuve bon nombre d’acteurs du show business, la notion de présomption d’innocence est quelque peu mise à mal ces derniers temps. Dolores dans le film est accusée d’emblée, sur la base de preuves circonstancielles, car c’est l’accusée « idéale » au yeux du procureur.

Or cette accusation a pour conséquences de l’isoler, en faire la paria de sa ville, fragiliser sa famille et en rendre une victime des media; sans parler du coût financier d’un procès aussi long.

VOUS ENTREZ DANS LA ZONE DE SPOIL

Dolores est finalement innocentée mais a été brisée par ce procès. Mise à part sa famille et quelques proches, tous les protagonistes du film sont persuadés de la culpabilité de la jeune femme et la présomption d’innocence est vite oubliée. Sa vie est a été ruinée, et ce même en étant innocentée par la justice.

Le film a l’intelligence de laisser le doute planer sur sa culpabilité jusqu’à la toute fin. On se demande en effet tout du long, grâce à des flash backs et des images presque subliminales, si la jeune femme est vraiment innocente comme elle le prétend. Ca aurait d’ailleurs été un plot twist intéressant de la voir avouer sa culpabilité à sa famille, après s’être battue comme elle l’a fait; mais le réalisateur a pris comme angle la destruction que peut amener l’acharnement médiatique lorsqu’on est accusé de quelque chose de si grave.

Le film rappelle d’ailleurs le Gone Girl de Fincher (2014) pour son traitement de l’opinion publique et la manière dont elle est représentée dans les médias. On voit avant tout que l’opinion publique et les médias sont entrelacés et se façonnent l’un et l’autre, laissant de côté l’objectivité et la rationalité.

The Nightingale

Nommé pour le meilleur film dans la sélection officielle, le film a quand même écopé de quelques récompenses : le Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir Baykali Ganambarr et  le Prix spécial du jury pour sa réalisatrice, Jennifer Kent (Mister Badabook).

Non content d’être le seul film australien de la sélection, The Nightingale est également le seul film réalisé par une femme.

On suit l’histoire de Clare (Aisling Franciosi), une prisonnière irlandaise au service d’un officier britannique, Hawkins (Sam Claflin) en Tasmanie, sous occupation anglaise en 1825. Soumises à des actes d’une barbarie inouïe contre elle et sa famille, elle décide de parcourir la Tasmanie acompagnée de Billy (Bavkali Ganambarr), un autochtone, pour retrouver Hawkins et se venger.

Le génocide dont ont été victimes les aborigènes de Tasmanie est un sujet un peu tabou et très méconnu, donc a fortiori très peu évoqué au cinéma.

A l’arrivée des britanniques en Tasmanie en 1803 on comptait 10 000 aborigènes, ils ne sont plus que 300 en 1833. A ce jour, ils ont été totalement éradiqués.

Le film fait preuve d’une violence extrêmement crue et dure. Nous avons été marquée par la violence générale des films qu’on a pu voir à Venise cette année, mais celui reste le plus extrême de tous. Rien n’est épargné aux yeux du spectateurs : meurtre d’enfants, de bébés, viols à répétition; et parfois tout cela en même temps.

Ces actes sont représentés tellement frontalement qu’on se sent directement touchés par eux. On est mal à l’aise, on a la nausée et on se met à avoir une haine viscérale pour les bourreaux qui les perpétuent. Cela rend la quête de Clare, sa vengeance et sa hargne totalement justifiées et compréhensibles. On a envie de voir ces britanniques mourir, souffrir et être mis face à leur exactions; même si rien de tout ça n’arriverait à la cheville de ce dont ils sont coupables.
Les deux protagonistes, Clare et Billy, n’ont plus rien à perdre. Clare, loin de son pays d’origine (l’Irlande) a vu toute sa famille mourir devant elle et Billy voit tous ses semblables se faire éradiquer. Ils ont déjà tout perdu. Le seul échappatoire qu’il leur reste : la mort.

 

Mathilde Labouyrie

La Quietud ou ce qu’il se passe en famille…

La Quietud ou ce qu’il se passe en famille…

Avec le cinéma argentin et particulièrement celui de Pablo Trapero, on est rarement déçu. Il avait déjà prouvé son talent pour les drames familiaux dans El Clan (2016), il revient cette année avec La Quietud qu’on a vu pour vous à la Mostra. Décryptage.


C’est dans un immense domaine familial: « la Quiétude », que se déroulent les événements qui mèneront ironiquement, à la plupart des problèmes des protagonistes. Eugenia, interprétée impeccablement par Bérénice Béjo rentre au pays pour visiter son père mourant. Elle retrouve donc sa mère (interprétée par Graciela Borges) mais surtout sa sœur Mia (Martina Gusman) après des années de séparation. Alors que celles-ci étaient manifestement fusionnelles tout au long de leur jeunesse, le spectateur est très vite plongé dans des retrouvailles chargées de secrets, drames et conditions que sous-tend l’existence de toute famille.

Au fil de dialogues caustiques, le film se défait en donnant indice par indice les clés pour comprendre à la fois le coeur des querelles sororales et parentales mais aussi l’intrigue politique en toile de fond. En effet Trapero a décidé de peindre une famille dont le père trempait dans les magouilles politico-financières de la dictature argentine comme prétexte pour revenir sur le trauma d’un pays entier. La psychanalyse freudienne qu’il impose à ses personnages, en commençant par les relations complexes qui unissent deux filles et leur mère, lui permettra de conclure son polar. Et ça marche très bien malgré une fin plus ou moins bâclée, on vous laissera juge là-dessus, no spoil.


Quoi qu’il en soit, chaque personnage vient avec un énorme bagage émotionnel et satisfait la catharsis du spectateur qui se retrouve dans les non-dits familiaux qui pèsent sur eux. Les jeux de caméra qui insistent beaucoup sur le hors-champ, tiennent en haleine et créent une pression psychologique qui participe au suspens du film. Au contraire, certains plans plus contemplatifs permettent d’apprécier le calme de la campagne argentine rendant le film d’autant plus troublant.

Pour ce qui est de la relation entre Eugenia et Mia, on pense à l’hainamoration dont parle Lacan (1999). La plus jeune des deux (Mia) admire l’autre et la déteste en même temps pour tout ce qu’elle a et représente : Eugenia s’est émancipé du joug de la mère, vit à Paris avec l’homme qu’elle aime (Vincent aka Edgar Ramirez), ils cherchent à avoir un enfant… Le seul homme dans la vie de Mia est son père et le film s’attache à défaire cet œdipe en associant le mourant aux exactions de la dictature militaire. Une fois le mythe brisé, Mia ne vivra plus que pour Eugenia et c’est peut-être ce qui rend la fin du film assez frustrante. Trapero fait le choix de laisser la relation sororale incestueuse se poursuivre dans l’imaginaire du spectateur. Il ne les sépare pas à la fin et nous laisse supposer un happy-ending. Contrairement à Ingmar Bergman qui dans Le Silence (1963) laisse sous-entendre l’amour incestueux aussi, bien sûr, mais privilégie le réalisme et les sépare dans une violence renfermée. Le sujet est inépuisable et reste manifestement un exercice complexe, on ne lui en voudra pas trop d’avoir essayé.

Vous l’aurez compris, c’est surtout les liens inter-familiaux incarnés comme jamais qui tiennent le film. Il repose donc réellement entre les mains des trois actrices principales. Les acteurs hommes viennent en personnages secondaires, en soutien et le font parfaitement. Mais c’est la force de la mère et des jeunes femmes qui perce l’écran. Cette impression est renforcée par la place souvent accessoire des hommes dans le film à la fois dans l’histoire et dans les plans où ils sont spatialement isolés: l’ami de longue date de la famille (Esteban aka Joaquin Furriel) n’est qu’un objet sexuel pour Eugenia; l’amour triangulaire entre Vincent, Eugenia et Mia n’est qu’un prétexte pour les deux sœurs d’être ensembles et de partager encore davantage; le père est réduit par la mère… Bref on peut dire que Trapero prend la revanche des femmes après des années de dictature où celles-ci ne pouvaient vivre qu’à travers le père, le frère, l’époux. La première étape vers la rédemption étant l’assomption, Trapero en prend acte via La Quietud : il réconcilie l’Argentine après en avoir expié le passé. Challenge ambitieux mais réussi.

Joséphine Duvignacq