Le top de l’année 2015

Le top de l’année 2015

2015 n’aura pas été une année particulièrement faste en terme de production cinématographique, en témoigne la sélection officielle constrastée du festival de Cannes. Désertant le terrain cinéphile classique, la qualité semble s’être nichée là où on l’attend parfois le moins : dans les superproductions et les films plus confidentiels. Saluons donc 5 films qui nous ont réjouit, voire enthousiasmé l’année passée.

 

5. Star Wars VII : Le réveil de la force
Sorti fin 2015 et sans aucun doute le carton de l’année 2016, le nouvel épisode de Star Wars aura réussi l’exploit de faire consensus. On y retrouve l’univers magique et attachant de Star Wars, et la magie – nostalgique ? – opère efficacement. Les quelques idées esthétiques et scénaristiques nouvelles sont de bonnes augures pour la suite de la trilogie, et on attend déjà impatiemment l’épisode VIII, prévu pour mai 2017.

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4. Cemetery of Splendour

Apichatpong Weerasethakul continue son exploration fascinante des mythes intérieurs thaïlandais dans une démarche cinématographique qui s’apparente de plus en plus à celle d’un chaman. Son film, composé presque exclusivement de plans fixes, n’agit pas sur le spectateur comme une oeuvre habituelle : il s’infuse en nous, dissémine une puissance inconnue et nous plonge dans un état proche de l’hypnose. Pour arriver à cet expérience de cinéma-médicinal, Apichatpong Weerasethakul fait preuve d’une inventivité épurée (jeux psychédéliques sur les lumières, reconstitution mentale d’un monde disparu) et adopte un rythme lent, proche de celui de la respiration. Les divinités et les fantômes dont il est question tout au long du film semblent si proches de nous face à cette succession de tableaux à l’harmonie troublante que lorsque l’on se réveille de Cemetery of Splendour, c’est comme si l’on sortait d’une longue torpeur réparatrice.

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3. Mia Madre

Dans son 13ème long-métrage, Nanni Moretti met en scène une réalisatrice en plein doute, à la fois dans la création de son prochain film social, mais aussi sur le plan personnel face à la maladie de sa mère et la crise d’adolescence de sa fille. Gros oublié du dernier palmarès cannois, le film était pourtant l’un des tous meilleurs de la sélection officielle. Le cinéaste y brasse des sujets divers, comme celui de la création artistique face aux problèmes personnels, où la transmission mère-fille sur les trois générations présentées. Le personnage de John Turturro permet d’introduire une dimension comique non négligeable, dans son rôle d’acteur Américain maladroit, incapable de retenir deux phrases en italien. Cela accorde une certaine légèreté au film, et désamorce le côté dramatique parfois pesant. Mia Madre est un film très personnel, qui cherche l’émotion avant tout. Dans un ton très juste, jamais trop forcé ou pathos, c’est une oeuvre à la fois très grande et très petite, qui prend racine dans le personnel pour toucher l’universel.

Shots from "Mia Madre"

2. Birdman

Grand vainqueur de la cérémonie des oscars de 2015, Birdman nous ramène vers les origines de la narration fantastique, dans ambiguïté entre folie et surnaturel. Alejandro Gonzalez Iñarritu joue sur la frontière entre réel et fiction en ressuscitant Michael Keaton dans le rôle sur-mesure d’un acteur ex-superhéros voulant faire son retour dans le monde du Spectacle. Cette mise en abîme menée par un plan-séquence impressionnant, accompagnée d’une B.O prenante, nous immerge pleinement dans les coulisses de Broadway, ses vices, et les craintes les plus intimes des personnages, en abordant les thèmes de la peur de l’âge, l’échec, la différence entre talent et popularité, et surtout l’oubli. Le tout est conduit par un casting de pointe avec une Emma Stone touchante et un Edward Norton toujours aussi juste.

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1. Mad Max

Le retour d’une trilogie archi-populaire, un casting cinq étoiles, une violence débridée et une esthétique léchée ; le réalisateur australien George Miller nous a gâté l’année dernière avec un nouvel épisode de sa franchise culte : Mad Max. Les plus anciens y retrouveront l’ambiance des opus précédents et les jeunes découvriront ici un univers fantasmagorique et halluciné. Le film est porté par Furiosa, un personnage féminin fort et déterminé, brillamment interprété par Charlize Theron, et Max (Tom Hardy), taciturne et plus ambivalent. Miser sur une franchise forte (et parfois à la traîne) est assurément une stratégie peu risquée pour l’industrie du cinéma, comme l’attestent par exemple les reboots de Spiderman ou le nouveau Star Wars, mais Fury Road est également et surtout une réussite cinématographique. Cette course poursuite de 2h30 au son hard-rock des guitares cracheuses de flammes nous a convaincu et on espère qu’on vous a convaincu de le (re)voir.

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Star Wars VII : The Force Awakens – Réinventer ou refaire ?

Star Wars VII : The Force Awakens – Réinventer ou refaire ?

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Attention, spoilers à tout va.

Que la sortie du nouvel opus de Star Wars, en l’occurrence l’épisode 7, sobrement intitulé Le réveil de la force, soit l’événement de l’année est une évidence. Jamais certainement l’attente d’un événement culturel n’avait été aussi globale et forte. Le film, qui risque de briser bien des records, était proportionnellement redouté : la seconde trilogie résonne encore comme un traumatisme pour les fans de la première heure, et le rachat de Lucasfilms par Disney pouvait faire craindre une dénaturation de l’esprit de la saga. Que l’on se rassure tout de suite, on en est bien loin.

Il faut l’avouer tout de go, le film est une franche réussite. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait la renommée de l’hexalogie : des pointes d’humour bien senties, l’univers fantastique à la faune riche et aux planètes diverses, des personnages attachants et charismatiques, le sort de la galaxie en jeu, une dichotomie marquée entre les forces du Bien et du Mal. S’il s’inspire évidemment du style de George Lucas, inscrivant avec force le nouvel opus dans la continuité esthétique des précédents, J.J. Abrams parvient à apporter une fraîcheur certaine à la réalisation. De ci de là on assiste donc à des prises de vues ambitieuses qui ajoutent à l’univers une touche esthétisante plutôt agréable.

La première heure du film est en tout point emballante. L’introduction des nouveaux personnages se fait avec bonheur : Kylo Ren, successeur de Vador, s’offre une entrée en scène particulièrement marquante, mais les personnages de Finn et Rey (voire Poe et BB-8) ne sont pas en reste, et l’empathie (ou la crainte) est immédiate. L’excellence du casting (Adam Driver, John Boyega, Oscar Isaac, Domhnall Gleeson et l’épatante Daisy Ridley) n’est sans doute pas étrangère à ces premières minutes d’exposition rythmées. Lorsque l’action quitte la planète sablonneuse de Jakku, J.J. Abrams n’est pas loin du sans faute. Le retour (attendu) de Han Solo dans la saga ne brise pas l’élan, mais petit à petit, presque malencontreusement, on remarque un certain essoufflement, comme si le plaisir nostalgique tuait dans l’œuf la force créatrice déployée précédemment. Mais le charme continue d’opérer, malgré quelques clins d’œil trop appuyés et une narration plus embrouillée.

La dernière partie du film promet beaucoup mais finit par décevoir, malgré une vraie beauté visuelle et quelques scènes fortes. Le réveil de la force, à proprement parler, est trop prompt, pas assez subtil, et même à la fin plutôt grossier. Que le personnage de Rey se révèle un Jedi en puissance est à la fois logique dans la construction du film et une bonne idée (une femme Jedi, c’est rare), mais qu’elle soit capable, en quelques minutes, de se défaire de Kylo Ren, si puissant jusque là, dérange. Le côté obscur a bien faibli, semble-t-il, de l’absence d’opposition, et la performance hallucinée d’Adam Driver ne sauve pas un personnage dont la fin ridicule contraste avec les premières apparitions, iconiques. C’est là un vrai gros regret sur le film : un combat dominé et gagné par Kylo Ren, duquel Rey se serait enfuie battue mais vivante, aurait été non seulement plus logique, mais aussi plus intéressant dans la perspective de l’épisode 8.

Au-delà de la défaillance de l’antagoniste, la dernière partie présente un aveu de faiblesse criant : elle se calque, de façon quasi-explicite, sur la dernière partie de l’épisode 4, Un nouvel espoir (pour ceux qui ne suivraient pas, le premier film sorti en salles, en 1977, mais le 4e dans l’ordre diégétique). Que le film comporte un fan service important était attendu, et on ne boude pas son plaisir quand le film s’attarde sur les retrouvailles de Han Solo et la princesse Leia. Mais le copié-collé de l’Étoile Noire, dans une version simplement plus imposante (dans un transfert qui rappelle le récent et navrant Jurassic World) mais guère mieux protégée (il suffit encore d’une poignée de X-Wing pour la détruire) sent le réchauffé. Tout comme la scène, pourtant réussie, de retrouvailles entre Han Solo et Kylo Ren, rappelle, par son cadre au dessus d’un puits sans fond, et sa thématique parricide, la fin célébrissime de l’épisode 5, sans que cela ne serve à grand chose. Qu’elles sont loin, les premières minutes innovantes, où J.J. Abrams réinvente la façon de filmer un monde désertique et pimente le récit initiatique classique par de vraies audaces scénaristiques.

Le mouvement entier du film va en réalité du neuf vers l’ancien (voir la scène éloquente où BB-8, le sympathique nouveau droïde, retrouve R2-D2), de l’audacieux vers le convenu, ce qui est révélateur de l’état actuel de l’industrie cinématographique, où un produit n’est sûr de se vendre que s’il copie un produit qui s’est déjà vendu. Quel besoin de réinstaurer une opposition entre la Résistance et le Premier Ordre qui est l’exacte copie du binôme Rébellion/Empire, d’autant que les deux forces sont dotées des mêmes armes (X-Wings contre planètes capables de détruire des planètes) ? Le film en son entier est finalement à l’image de Kylo Ren, le nouveau méchant qui a un nouveau sabre laser rouge et un nouveau casque, mais qui n’est finalement qu’un ersatz dévalué de Vador, son petit-fils un peu raté qui désespère de jamais arriver à la hauteur de son aïeul. Difficile de ne pas voir ici retranscrites dans le film les angoisses qu’a dû vivre J.J. Abrams face au projet. Il savait d’avance qu’il ne ferait jamais aussi bien que Lucas, et a donc décidé de minimiser les risques et de reprendre ses recettes.

Encore une fois, précisons que le film est réussi, étant donné l’attente immense qu’il suscitait. Il reprend avec brio les thématiques et l’imagerie de Star Wars, parvenant même à innover et à moderniser la saga sur bien des points – mais faillit en définitive de n’avoir pas été au bout de ses idées, d’avoir davantage fait l’éloge du passé que mis en valeur le présent.

Pour conclure, revenons sur un point philosophique qui parcourt toute la saga, l’importance de l’ascendance et de l’héritage. Star Wars 7 est parcouru de bout en bout d’histoires familiales,qui permettent d’expliquer toute l’intrigue (et peuvent rendre le film un peu obscur à un néophyte). L’insistance discrète sur le rapport de Rey à sa famille disparue laisse présager du plus improbable (pour ne pas dire du pire). Nul doute que les théories les plus folles alimenteront les débats jusqu’à la révélation qui ne manquera pas de se faire dans le prochain opus (en 2017), car, dans Star Wars, de 1977 jusqu’en 2015, on ne maîtrise pas la force si ça ne coule pas dans le sang. Dans cet océan tumultueux de relations familiales où s’affrontent divers élus (en attendant sûrement mieux, Rey se considère déjà comme la demi-sœur adoptive de Kylo Ren), la figure de Finn, le stormtrooper dissident, détonne. Conditionné dès sa naissance par le régime totalitaire du Premier Ordre, il s’en échappe cependant, et fait preuve tout au long du film d’une liberté d’esprit étonnante, qui sort finalement de nulle part (comment penser librement quand on vit dans un univers où la pensée n’existe même pas ?). J.J. Abrams se détache de la vision quasi élitiste de Lucas pour nous offrir un vrai éloge humaniste où même le dernier des stormtroopers peut aspirer à une vie meilleure, faite de liberté et d’amour. Croisons donc les doigts pour que Finn ne se révèle pas dans quelques années être le petit-fils caché de Mace Windu.

Phil

[Classique] Casino, de Martin Scorsese

[Classique] Casino, de Martin Scorsese

Avec Casino, Scorsese réalise un film presque parfait. Cette épopée inspirée d’une histoire vraie dans le Las Vegas mafieux des seventies, confirme une enième fois le talent du réalisateur virtuose qui signe là un nouveau classique des films de gangsters.

Sam Rothstein faisant de l’or avec tout ce qu’il touche, la Mafia le place donc à la tête d’un des plus beaux casinos de Las Vegas. Dans les années 70, Le Tangiers est l’un des casinos les plus prospères de la ville et Sam est devenu le grand manitou de Sin City, secondé par son ami d’enfance : Nicky Santoro. Mais il se laisse un jour séduire par une virtuose de l’arnaque d’une insolente beauté : Ginger McKenna. Amoureux, il lui ouvre les portes de son paradis et l’épouse. Ses ennuis commencent alors…

Le spectateur s’apprête à pénétrer dans un monde où trahisons et éliminations sommaires sont les seuls mots d’ordre.« Un film pour eux, un film pour moi ». Cette formule du réalisateur Martin Scorsese témoigne des obligations que peuvent parfois rencontrer les réalisateurs face au système.
Casino est un de ces films « pour eux », pour les studios hollywoodiens régnant en maîtres sur la planète cinéma américaine. Devant un film à Universal, Martin Scorsese se lance dans un nouveau film de gangsters. Un film de commande certes, mais de Scorsese tout de même qui réunit une seconde fois l’équipe gagnante des Affranchis dont le studio américain cherche à réitérer le succès. Avec Casino, le réalisateur de Taxi Driver signe l’ultime volet de sa trilogie sur la mafia italo-américaine initiée avec Mean Streets vingt ans auparavant.Le film commence, De Niro pousse pour la huitième fois la porte de l’univers scorsesien. Vêtu d’un costard aux couleurs criardes, il se dirige vers sa belle américaine. Sa voix off, marquée par l’âge, évoque, par une expérience malheureuse, un des thèmes majeurs du film : la trahison. Il s’installe au volant et met le contact entraînant l’explosion de son véhicule piégé. Le spectateur sait alors qu’il s’apprête à pénétrer dans un monde où trahisons et éliminations sommaires sont les seuls mots d’ordres.
De Niro, expulsé du véhicule, s’envole sur un générique religieux porté par l’air de Mathaus Passion. Le générique schématise le film à lui tout seul : un homme sera propulsé au sommet dans le monde de Las Vegas, un monde haut en couleurs que confirment les néons du générique, avant de chuter inévitablement dans les flammes qui se dessinent à mesure que le nom du réalisateur s’affiche à l’écran. Le message est clair : Las Vegas c’est l’enfer, renforçant ainsi la dimension sacrée du générique.

La caméra de Scorsese est constamment en mouvement, suivant un monde où l’arrêt est synonyme de mort.

Les quarante-cinq premières minutes sont quasiment documentaires. On y découvre les coulisses qui, contrairement aux reportages ordinaires, s’étendent jusqu’au désert avec ses trous « où de nombreux secrets y sont enterrés » et où les politiciens sont aux mains de la mafia comme nous l’informe un Joe Pesci, aussi terrifiant que dans les Affranchis.

Les présentations se font, celles de ceux qui semblent diriger et ceux qui tirent réellement les ficelles dans l’arrière-boutique (d’une épicerie italienne) où les caïds se réunissent autour d’une table qui, éclairée par Scorsese, évoque clairement les Dieux de l’Olympe renforçant l’opposition sacré/profane de ce début de film. Las Vegas est, selon leurs propres témoignages, la ville qui lave les personnages de leur pêchés, un comble pour cette ville qu’on appelle la cité du vice. Les acteurs portent leurs racines sur leurs visages. On sent que tout est authentique, authenticité qui passe par les détails comme les plats et les reproches à son fils que nous concocte une petite mamie qui fera sourire les fans, reconnaissant en elle les traits de la mère de Scorsese.

Cette première heure est magistrale et Scorsese prouve avec autant de brio que dans Raging Bull qu’il est un véritable maestro de l’image. Les cinéphiles sont aux anges. Les images parlent d’elles-mêmes, merveilleusement assemblées par Thelma Schoonmaker, nommée à l’Oscar pour ce film. La caméra est constamment en mouvement, suivant un monde où l’arrêt est synonyme de mort, au sens propre (le désert borde la ville) comme au sens figuré (dépassé par la concurrence). Chaque cadrage, chaque mouvement de caméra, vient compléter la voix off ; en faisant attention, la hiérarchie des personnages est perceptible, même le son coupé, comme le prouve la plongée totale sur De Niro arpentant les allées du casino, veillant au grain, qui l’installe définitivement comme l’œil qui voit tout ou encore la fluidité du plan séquence à la steady cam témoignant de l’aisance de la mafia à piquer dans les caisses des établissements de Vegas.

La présentation de De Niro s’achève sur un gros plan sur son visage. S’ensuit deux dés qui remplissent l’écran. De Niro relance, au prochain de jouer !
La reine Sharon Stone entre en piste, séduisant De Niro à l’instant même où il pose les yeux sur elle : « Quelle dégaine ! ». Après une scène de négociation de mariage gênante, le spectateur sait que ce parieur hors pair joue un coup extrêmement risqué. L’actrice sera récompensée par un Golden Globe, mais son personnage, que le spectateur ne peut que détester, ralentira quelque peu le dernier acte du film par ses trahisons à répétition.
Au tour de Joe Pesci, qui annonce à De Niro lors d’une virée en voiture dans la ville du vice qui reflète ses tentations et néons sur le pare-brise, que lui aussi, veut sa part du gâteau.
Tout le film est à l’image de ces séquences : parfaitement maîtrisé du début à la fin.


L’argent coule à flots, les belles filles défilent et De Niro a la classe mais Scorsese nous rappelle la dangerosité des lieux avec autant d’impact que les nombreux crochets que Joe Pesci assène tout au long du film.

Comme pour les Affranchis, Scorsese recourt à la voix off, ce que certains verront comme une répétition signe d’un manque d’inspiration. Mais Casino en est le grand frère, plus ambitieux, complexe et plus épique, confirmé par le choix de Scorsese d’utiliser le format Cinemascope, format par excellence des grandes épopées. Pourtant cette voix off est ici plus envahissante : on nous apostrophe, on se confie et tout le monde y va de son commentaire. Les paroles fusent tellement, que dans le dernier acte du film où le château de cartes s’effondre, il est presque difficile de les comprendre et c’est ce que veut Scorsese, transmettre le sentiment de chaos par les mots, on ne se retient pas, on pourrait sans le savoir prononcer ses dernières paroles.

L’argent coule à flots, les belles filles défilent et De Niro a la classe mais Scorsese nous rappelle la dangerosité des lieux avec autant d’impact que les nombreux crochets que Joe Pesci assène tout au long du film. Lors d’une séquence mémorable, il dévoile son vrai visage en moins de deux secondes, massacrant à coup de stylo dans la trachée un homme aussi grand que lui est minuscule. Maniant le contre point parfaitement, Scorsese couvre les gémissements de cet homme par un morceau des Rolling Stones. Ici, pas question de magnifier la violence. Tous ses degrés y passent : de celle dissimulée à celle la plus nue, présente dans les scènes de l’étau et des assassinats à coup de battes de base-ball qui resteront imprimées sur la rétine des spectateurs. Il est du devoir de Scorsese, sans se poser en moraliste, d’exposer clairement le revers d’une médaille qui semblait au premier abord totalement étincelante. Mais la coke, le fric et l’ego viendront détruire « le paradis sur terre » que nous présentait De Niro au début du film.

A la fin des deux heures quarante-cinq que dure le film, le talent de Scorsese est indéniable et réussit brillamment là on beaucoup se seraient noyés dans les centaines d’heures de prises, les dizaines de chansons qui s’enchaînent ici parfaitement et les dialogues récités à la mitraillette. Le film passe à toute vitesse, porté par l’enthousiasme de Scorsese à raconter son histoire et à sa maitrise du récit filmique. C’est en se disant que c’est déjà terminé que le spectateur fait le plus beau compliment à Scorsese, félicitant sans le savoir les talents de conteur du cinéaste italo-américain.

 

Maxime Cesbron

Quel film de boxe regarder ce soir ?

Quel film de boxe regarder ce soir ?

Le weekend est terminé, les cours reprennent et vous avez le moral dans les chaussettes ? On a une petite idée pour vous faciliter la vie et  faire s’écouler cette semaine comme une onde descend l’adret d’un mont paisible. Comme la plupart d’entre vous sont plutôt casanier alors qu’ils pourraient aller dans la rue courir, sauter ou frapper quelqu’un, on vous a trouvé une alternative sympa : la BOXE au cinéma.

Alors suivez notre petit guide pour adapter le film à votre sens du Chill.


 

  • Raging Bull, de Martin Scorsese (1980)

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Le chef d’oeuvre absolu du film de boxe. Racing Bull raconte l’histoire vraie de Jake La Motta (Robert De Niro), boxer vedette des années 40. Alors que sa brutalité et son tempérament destructeur l’amèneront au sommet de son art, ils vont aussi peu à peu ronger sa vie jusqu’à en faire un énorme décadent. Les scènes de combat sont magistrales et une preuve du talent extraordinaire de Scorsese pour filmer l’effort et la souffrance du sportif. Les répliques cultes (“You fucked my wife ?”) font partie de la légende du septième art.

La raison en plus : Quand le véritable Jake La Motta a vu le film pour la première fois, il s’est rendu compte de la personne horrible qu’il était, ce à quoi sa femme lui a répondu qu’il était encore pire.

Mood : Rage brutale et non dirigée.

Effet secondaire : Risque de se mettre à parler anglais avec un accent rital très prononcé.


  • Rocky de John G. Avildsen (1976) (et ses suites)

Si Raging Bull est le chef d’oeuvre absolu du film de boxe, Rocky est certainement le film de boxe le plus culte. Mille fois référencé, des répliques connus de tous, une musique et des scènes cultes (Eye of the tiger sur les marches). L’histoire est donc celle de Rocky Balboa, un collecteur de dette sélectionne pour remplacé un boxeur blessé pour affronter Apollo Creed lors des championnats du monde. Commence alors un entrainement intense à base de steaks surgelés où il rencontrera sa douce Adrian.

La raison en plus : Impossible de vivre sur terre en 2015 et ne pas avoir vu Rocky.

Mood : De la sueur et de l’entrainement spartiate à base de carcasses. Du sang et de la souffrance mais aussi de l’amour.

Effet secondaire :  Souler votre entourage avec Eye of the Tiger à chaque moment important de votre vie.


  • The Champ de Franco Zeffirelli (1979)

Recréation du film original de 1931, dans cette version, le réalisateur italien connu pour ses œuvres telles que Roméo et Juliette, réussit à présenter une histoire en même temps tragique et magnifique. Billy Flynn (Jon Voight) est un ancien champion de boxe qui quitte sa carrière pour s’occuper de son fils T.J. et devenir dresseur de chevaux dans la ville de Hialeah. T.J. (Ricky Schroder) idolâtre « Le Champion » et passe sa vie à venter les mérites de Billy, qui décide de faire un come-back pour donner une nouvelle vie à son fils, mais c’est alors que dans leur vie réapparait Annie (Faye Dunaway), la mère de T.J.

La raison en plus : Toutes les scènes de combats ont été jouées par Jon Voight lui-même.

Mood : Recherche d’une belle histoire d’amour entre un père et son fils.

Effet secondaire : Vous aurez probablement les yeux très humides au cours de ce film !


  • When We Were Kings de Leon Gast (1996)

Autre film sur une légende : le grand Muhammad Ali. Un documentaire sur le match du siècle, Ali VS Foreman, qui a eu lieu à Kinshasa en 1974, et tout ce qui l’a entouré : de la polémique autour du dictateur local Mobutu au spectacle dantesque qui l’a précédé en passant par une analyse technique de la stratégie d’Ali. Le dernier rayonne de charisme et le film met en avant son statut de grand leader noir américain en plus de celui de boxeur légendaire. Le film est très intéressant du point de vue de l’histoire des afro-américains et la volonté de certains d’entre eux dans les années 70 de renouer avec le continent d’origine.

La raison en plus : Les punch-lines échangées entre Muhammad Ali et son adversaire Foreman (qui entra en dépression pendant 2 ans après sa défaite avant de devenir un saint absolu).

Mood : Black et African Power.

Effet secondaire : Délire de surpuissance et mégalomanie.


  • Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004)

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Avec 79 prix reçus dont 4 oscars, Million Dollar Baby en plus d’être un film sur la boxe est tout simplement un film à ne pas râter ! Maggie Fitzgerald (Hilary Swank) est une serveuse 31 ans venant d’une famille de loosers sans aucune ambition. Voulant faire la différence, elle décide de se lancer dans la boxe, ce qui pour une femme de son âge n’est pas une tâche facile. En montrant sa motivation, elle réussit à convaincre Frankie Dunn (Clint Eastwood) à devenir son coach et manager tout au long de sa carrière.

La raison en plus : Enfin un film qui désacralise ce sport supposé réservé aux hommes. Histoire très touchante, vous n’en sortirez pas indemnes.

Mood : Vive les femmes !

Effet secondaire : Ne plus oser regarder les femmes dans les yeux sans avoir peur.


  • The Fighter de David O. Russel (2010)

L’histoire de deux frères boxeurs, dont le plus jeune Micky (Mark Wahlberg) est entrainé par Dicky (Christian Bale), et subie une carrière un peu désastreuse. Dicky, lui, a sombré dans le crack depuis la défaite qui a mis fin à sa carrière. Le film raconte la vie escarpée de Micky alors qu’il doit faire face à la descente au enfers de son frère et tout un tas d’autres problèmes. Ambiance bien Massachusetts et boxing à la Bostonienne, et surtout belle histoire fraternelle.

La raison en plus : Film qui a eu beaucoup de mal à se financer. L’idée originale venait de Mark Wahlberg qui a d’abord proposé à Scorsese de le réaliser (refus, il en avait marre des films de boxe et du Massachusetts), puis à Peter Berg (refus), puis Aronofksy (qui s’est cassé au début) avant de trouver enfin O. Russell. Au final le film a gagné deux oscars.

Mood : Envie de success story à l’américaine où les losers s’en sortent grâce à la famille et la combativité.

Effet secondaire : Devenir un fervent républicain après avoir réalisé que pour surmonter l’addiction à la drogue, il suffit de le vouloir.


  • Somebody Up There Likes Me de Rob Wise (1956)

Film de boxe bien classique année 50 qui raconte l’histoire de Rocky Graziano, un petit criminel qui se fera remarqué pour ses talents de combattant en prison, avant de devenir un boxeur célèbre. Ambiance noir et blanc avec Paul Newman dans un de ses meilleurs rôles. Le film souffre cependant aujourd’hui de son classicisme très poussiéreux. On n’échappe pas à la longue histoire d’amour bien mielleuse et à la morale très conservatrice.

La raison en plus : Belles images du Brooklyn des années 50, et casting qui inclue les grosses pointures de l’époque (dont Sal Mineo par exemple). James Dean devait à la base jouait le rôle de Rocky mais est mort avant le tournage.

Mood : Nostalgie des films de boxe classiques où les mecs se battaient à peine.

Effet secondaire : Une envie de taper sur tout ce qui bouge pour se faire remarquer par un manager.  Mais aujourd’hui Fleury-Mérogis recrute plutôt des djihadistes que des boxeurs.


  • Cinderella Man de Ron Howard (2005)

 

Étant probablement le meilleur film réalisé par Ron Howard, Cinderella Man raconte l’histoire de James Braddock (Russell Crowe), boxeur prétendument terminé qui ressurgi pour devenir champion et source d’inspiration pour le peuple américain des années 1930. Ce film basé sur l’histoire vraie de James J. Braddock (champion du monde poids lourds de 1935-1937), est une mise en abîme parfaite de la situation critique aux Etats-Unis à cette époque, à travers un personnage qui se fond très bien dans ce paysage vieillit, affamé et désespéré.

La raison en plus : L’actrice Rosemarie DeWitt qui joue la voisine de Jimmy Braddock dans le film n’est autre qu’en réalité la petite-fille de James J. Braddock.

Mood : Arrêtez de me dicter ce que je dois faire, je veux faire mon propre avis sur la vie.

Effet secondaire : Devenir bon, charitable et plein d’amour.


  • The Harder They Fall de Mark Robson (1956)

Film de boxe culte, avec le célèbre Humphrey Bogart. Eddie Willis (Humphrey Bogart) journaliste de sports se voit proposé un nouveau travail par Nick Benko (Rod Steiger), promoteur de combats, qui consisterait en la gestion des relations publiques d’un nouveau boxeur poids-lourd, Toro Moreno (Mike Lane). Le plan de Benko, est d’organiser une série de combats avec des boxeurs has-been et de combats arrangés pour faire exploser la carrière de Toro, qui pourra par la suite affronter le champion. Une manière d’agir assez courante à l’époque dans le monde de la boxe pour essayer de se remplir les poches à l’insu de combattants sans avenir.

La raison de plus : Ce film a clôturé la carrière de Humphrey Bogart, après avoir joué dans près de 84 films.

Mood : Film à l’ancienne.

Effet secondaire : Acheter un smoking et fumer des cigares.


 

Nous espérons que vous trouverez ce que vous cherchez dans notre liste ! Sinon voici quelques autres titres à tester : Requiem for a Heavyweight, Body and Soul, The Hurricane, The Great White Hope, Resurrecting the Champ, Ali, Fat City, Girl Fight, Rocky Marciano, Gladiator, On the Ropes, etc.

Stay tuned for more !

Adrien P et Patrick K