[Cannes 2014] Maps to the Stars, de David Cronenberg ✭✭✭✭✩

[Cannes 2014] Maps to the Stars, de David Cronenberg ✭✭✭✭✩

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Hollywood – la machine à rêves, le monde des paillettes, de la gloire et de la fascination – se métamorphose, sous le traitement cinématographique de David Cronenberg, en une terrifiante « cartographie des étoiles » les plus malsaines et dégénérées, incarnées brillamment par des acteurs saisissants, et surtout par la performance impressionnante de Julianne Moore, à qui revenait tout à fait légitimement le prix de la Meilleure Actrice à Cannes. 

Entre le feu et l’eau, chaque personnage, saisi par l’hubris, l’obsession de soi et de l’image, cherche à combattre ses propres démons intérieurs, qui se cristallisent à travers les hallucinations, les actes destructeurs et la folie. S’ils semblent tous condamnés, c’est à cause du poids de leur fardeau familial auquel ils sont soumis : fille d’une grande icône du cinéma, morte dans un incendie dans les années 1970, l’actrice Havane Segrand (interprétée par Julianne Moore) apparaît possédée par le fantôme de sa mère, cherchant à tout prix à jouer un ancien rôle de sa mère dans un remake de son film ; un jeune acteur de 13 ans, déjà multimillionnaire et sorti d’un centre de désintoxication, représente le meilleur objet marketing de ses parents; une schizophrène pyromane (interprétée par Mia Wasikowska) débarque à Hollywood dans le but de laver le sacrilège incestueux de ses parents…

On ne peut s’empêcher de penser à la relation entre David Cronenberg et son fils Brandon Cronenberg, réalisateur lui aussi, s’échangeant les mêmes actrices, telles que la canadienne Sarah Gadon, qui jouait déjà dans A Dangerous method et Cosmopolis du père, mais aussi dans le premier long métrage du fils Antiviral. S’intéressant lui aussi aux thèmes de la métamorphose, de la fascination de l’image et de la folie, Brandon Cronenberg semble s’inscrire dans les voies de son père – en espérant qu’il n’ait pas à subir le même type de malédiction que les personnages de Maps to the Stars…

Nés sous de mauvaises étoiles, ces êtres sont représentés de manière tragiquement grotesque ; la surenchère d’atrocités immorales et insensées s’associe à une mise en scène simple et un style cinématographique plutôt classique, laissant la place, pour le spectateur, à un rire distancié et jouissif. La quasi-absurdité du récit se justifie finalement dans le plaisir infini qu’éprouvent le réalisateur et le spectateur à saccager Hollywood : s’imposant, grâce au cinéma, comme des dieux mortels à travers le monde, ces « stars » sont comme vengées, maudites par des forces malfaisantes supérieures – les véritables divinités qui mettent le feu au monde vaniteux d’Hollywood. 

C’est donc avec une grande satisfaction que l’on retrouve  l’univers détraqué et malsain de David Cronenberg, renouant avec son discours réflexif sur le pouvoir du cinéma et son goût des extrêmes, mais surtout exprimant sa grande « Liberté » d’expression à travers ce médium audiovisuel, qui lui permet de laisser des marques profondes sur le corps et les esprits de ses spectateurs, à la manière des vers du poème de Paul Eluard récités tout au long du film : « Sur toute chair accordée/ Sur le front de mes amis/ Sur chaque main qui se tend/ J’écris [MON] nom…». 

Marion Attia

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Grace de Monaco, d’Olivier Dahan ✭✭✭✭✩

Grace de Monaco, d’Olivier Dahan ✭✭✭✭✩

GRACE

GRACE DE MONACO

Lors d’un précédent article, nous étions revenus brièvement sur la carrière de la princesse de Monaco. A l’honneur dans le nouveau film d’Olivier Dahan qui ouvrait le 67e Festival de Cannes ce mercredi 14 mai 2014, il nous semblait important de présenter cette figure majeure des années 1950.

Le film, dans lequel Nicole Kidmann incarne Grace, a fait polémique. Entre un distributeur mécontent et une famille princière outragée, les spectateurs, intrigués, n’avaient qu’une seule envie : se faire leur propre avis sur la question. Et c’est ce que nous avons fait.

Grace Kelly, magnifique actrice venue tout droit des Etats-Unis, pleine de talent et de finesse, promise à une carrière sans précédent, épouse le prince Rainier en 1956. Elle souhaite d’abord conjuguer sa passion et son devoir royal, mais les choses ne sont pas si faciles. Après quelques années de mariage, la principauté de Monaco rencontre de graves difficultés, notamment avec la France. L’unique rôle qui  est désormais dévolu à Grace est « Son Altesse Sérénissime, la Princesse Grace de Monaco ».

Le film revient sur cette période charnière où la Princesse, désenchantée, s’aperçoit que la vie qu’elle a imaginée en épousant le prince de Monaco n’est qu’un conte de fée créé de toute pièce par son imagination. Mais la réalité est plus amère. En revenant sur les conflits politiques qui opposent le rocher et le Général de Gaulle, Olivier Dahan  nous plonge dans un contexte qui, pour nous étudiants, est quasi-inconnu. On apprend quel type de relations existait entre les pays, comment le prince Rainier gérait son royaume, quels étaient les enjeux économiques…

Mais l’objectif est surtout de montrer la « transformation » de la Princesse. L’évolution de sa pensée et de son comportement, sa façon d’appréhender les choses et de faire face à la pression sont scrutées et dépeintes avec beaucoup d’attention.

Nicole Kidmann est superbe dans le rôle de Son Altesse Royale. Du début à la fin, elle nous subjugue. Elle parvient à nous émouvoir, bien que le film soit indéniablement un peu « too much ». Mais on s’y attendait tellement que cela ne nous a pas choqués. Si Olivier Dahan signe un biopic plein de bons sentiments, de paillettes et de féérie, entièrement consacré à la Grace de Monaco, il n’en reste pas moins qu’il parvient à nous intéresser. Avec quelques images d’archives qui ponctuent les scènes , des décors exceptionnels et des acteurs de grande qualité, il rend un bel hommage à Grace de Monaco. Et nous, spectateur non avisé, jeunes critiques en herbe, on est ravi. 

Sophie Wlodarczak

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C’est parti !

C’est parti !

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Le tant attendu Festival de Cannes a ouvert ses portes mercredi 14 mai, pour le plus grand plaisir des spectateurs, journalistes, invités, stars, acteurs, réalisateurs, jurys, érudits, néophyte et on en passe, la liste est longue…

Pour démarrer en beauté cette 67e édition, l’ACD vous propose un petit avant-goût des films que nous avons déjà eu la chance de voir… Vous retrouvez bien entendu sur le site les critiques des films qui nous ont le plus marqué, mais pour l’heure il s’agit plus de faire un petit débrief de nos premières impressions :

Loin de mon père : Une histoire d’amour incestueuse glauque à mourir, par la réalisatrice pleine de joie de vivre de « Mon Trésor » 

Timbuktu : Très beau témoignage de la progression lente mais terrifiante de l’extrémisme religieux dans un village ✭✭✭

Dragons 2 : excellent divertissement, les scènes de vol avec les dragons sont particulièrement réussies ✭✭✭

Saint Laurent : Acteurs parfaits, réalisation stylisée et maîtrisée, construction intéressante du récit qui permet de capter l’essence de Saint Laurent sans chercher à être exhaustif, un vrai moment de cinéma ! ✭✭✭✭✩

Eleanor Rigby : Une compilation de tout ce qu’on ne peut plus supporter dans le cinéma indépendant américain 

The Homesman : Un bon western bien lourd ! 

Les combattants : Une bonne comédie française portée par de jeunes acteurs prometteurs !  ✭✭✭

Bienvenue à New-York: Pas fou… Et puis Depardieu à poil, ça calme. 

 

Rendez-vous dimanche prochain pour les premières critiques ! On vous souhaite une excellente semaine riche en émotions avec Grace de Monaco, The Homesman, Bienvenue à New-York, La chambre bleue, qui sont sortis au niveau national en même temps qu’à Cannes.

festival cannes 2014

 

Tom à la ferme, de Xavier Dolan ✭✭✭✭✩

Tom à la ferme, de Xavier Dolan ✭✭✭✭✩

 

 

Présent en compétition à Cannes cette année après une longue attente pour son dernier film Mommy, Xavier Dolan s’attaque au cinéma de genre pour son quatrième long-métrage, présenté à la Mostra en 2013. Largement acclamé par la critique française depuis ses débuts, le cinéaste canadien n’est plus à présenter. Il signait avec son premier film, J’ai tué ma mère, une oeuvre personnelle, touchante, et proposait une vraie offre nouvelle de cinéma, vigoureuse et ambitieuse, qu’on retrouvait dans Les Amours imaginaires. Rejeté de la compétition cannoise et relégué à la sélection Un Certain regard, son troisième film Laurence Anyways jouait dans un registre différent, plus académique et enveloppé d’une candeur qui fut taxée d’immaturité. Le virage vers le thriller psychologique était le moyen parfait pour Dolan de sortir brutalement de ses maniérismes de mise en scène (l’usage glouton de ralentis notamment).

Adapté d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, on suit dans Tom à la ferme un jeune publicitaire de Montréal débarqué à la campagne pour l’enterrement de son mec. Il loge dans la ferme d’enfance du défunt, où vivent sa mère Agathe et son frère Francis. Cette dernière ignore tout de l’homosexualité de son fils, maintenue secrète par Francis et lui-même. Tom se retrouve forcé de participer à cette mise en scène et un rapport pervers de soumission commence à se développer entre Francis et lui.

En surface, Tom à la ferme joue sur des thématiques classiques du thriller psychologique. L’opposition entre rural et urbain est un cliché du genre (on a en tête Délivrance), et le film s’inspire ouvertement de grands Hitchcock comme Vertigo. L’atmosphère grise et terreuse de la campagne québécoise constitue un arrière plan parfait aux rapports brumeux entre Francis et Tom. Au cour de leur relation sadomasochiste, les fantasmes dérangés font émerger des transferts de personnalités et une volonté de soumission mutuelle dérangeante dans son intensité. Ce qui impressionne, c’est à quel point le jeu véhicule une force sexuelle charnelle latente qui était pourtant très absente des précédents films de Dolan. Laurence Anyways évoluait dans le platonique pur, dépourvu de toute sexualité, et Les Amours imaginaire s’amusait d’entractes sexuels très oniriques et en dehors du récit, assez peu passionnées. La force et la dureté du délire pervers viennent en grande partie de ce sous-entendu sexuel un peu déconcertant. Le film ne manque pas non plus d’humour noir, notamment la scène de danse dans la grange, essentiel à tout bon thriller psychologique.

La réalisation est beaucoup moins envahie par les ralentis, peu nombreux, et s’approprie parfaitement les codes du genre (plans très serrés, coupures brusques, musique stridente) en les réinventant et en illuminant ses références (la relation entre Francis et sa mère rappelle Psychose). Quelques problèmes viennent cependant un peu déconnecter du récit, comme des choix musicaux pas trop adaptés qui viennent parfois briser la tension plutôt que la vivifier, ou des resserrement du cadre un peu trop forcés qui séparent de l’intrigue.

Tom à la ferme s’impose finalement comme la version hardcore des Amours imaginaires. Dans les deux films, l’amour prend la forme d’un fantasme non consumé, un délire à sens unique ravageur qui emprisonne. Mais quand dans l’un cet amour prenait la forme d’une bromance lascive, dans l’autre il se matérialise par les coups, la soumission, la douleur et la haine de soi.

 

Adrien

 

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La Crème de la Crème, de Kim Chapiron

La Crème de la Crème, de Kim Chapiron

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A quoi tient la réussite d’un film comme La Crème de La Crème?

Une succession de trouvailles, un thème raccoleur mais attirant et comme d’habitude chez Kim Chapiron, un ancrage dans ce qu’on pourrait appeler la « culture jeune ». Film déstiné à devenir culte dans les écoles de commerce, dont les étudiants sont clairement la cible du marketing parallèle à la sortie du film (soirée au Showcase, Snapchat….), le scénario est issu d’une « légende urbaine » selon les propres mots du réalisateur. Celui-ci est friand du cinéma-reportage. Les films de Kourtrajmé, Dogg Pound, Sheitan, les backgrounds de ses films suffisent parfois à l’intérêt. Malgré les clins d’oeil systématiques de Mr Chapiron à ses happy few, le film navigue dans un univers séduisant et accroche sur son passage des thématiques intéressantes. C’est celles-ci qui ont retenu notre attention, en même temps qu’un humour exhibitionniste qui fonctionne mais qu’il n’est pas nécessaire de décortiquer.

La première d’entre elles est la peinture de la vie associative d’une école de commerce. On ne dira pas qu’un film est bien quand il est réaliste, mais il faut reconnaître ici une certaine habileté à reproduire un décor que les étudiants de Dauphine connaissent trop bien. Les filles sont en géneral trustées par les membres des associations étudiantes les plus populaires. Il faut donc commencer par se montrer avec une fille pour voir sa valeur grimper et avoir accès à d’autres filles, selon des préceptes économiques. On reconnaît dans ce microcosme de l’école un modèle annonçant la vie post-école de commerce.

Le film traite en même temps de la mort des sentiments face au profit-roi, auquel la relation Alice-Louis fera un pied de nez.Ce qui est réussi et appréciable dans la mise en scène, c’est la manière de capter les sentiments naissants et émergents des personnages de manière très pure, très adolescente. Leur univers est impur, leur activité est impure, mais leur affection l’un vers l’autre est pure, légère et bien amenée. Là où la Vie D’Adèle par exemple, utilisait un cadrage (très) serré pour saisir ce même type de sentiments, La Crème de La Crème présente plutôt une batterie de champs-contrechamps, dans une tradition de films d’adolescence sans réelle audace technique. On reprochera au film d’explorer quelques pistes, de donner les prémices d’un point de vue, mais de ne pas aller au bout de son propos. Cependant c’est peut-être trop demander à un film qui revendique uniquement la comédie.

L’objectif de Mr Chapiron semble de nous présenter un « teen-movie », genre peu représenté en France. En effet la structure du récit en possède toutes les carractéristiques. Personnages stéréotypés , Le Nerd, Le Beau Gosse, Le Cerveau. Il met en scène un passage à l’âge adulte, une initiation: le monde est dominé par l’avidité, les trajectoires des étudiants en école de commerce sont trop linéaires, faisons quelque chose d’excitant avant de rentrer dans le moule. Et le lieu est emblématique d’un passage à l’âge adulte: une école de commerce avant la vie active est une période d’expérimentations, de recherche: soirées, sexe, MDMA.

Si  » La Folle Journée De Ferris Bueller » est un classique du genre, on s’attardera sur un autre film emblématique de cette branche de la comédie américaine, « Risky Business », principalement connu pour avoir lancé Tom Cruise, et qui intéressera les amateurs de teen-movie. Joel, jeune lycéen, se retrouve sans ses parents une semaine, qui le laissent seul dans la maison. Il invite une call-girl, qui lui fait perdre sa virginité. Commence une amourette, qui entraînera Joel dans un conflit avec le souteneur de Lana. A la suite de péripéties, la voiture des parents de Joel tombe dans un lac . Pour payer les réparations, Joel, avec l’aide de Lana, décide de transformer sa maison en bordel pour ses camarades de lycée. Les similtudes entre les deux films sont évidentes, et on saluera cette tentative de renouer avec la comédie américaine adolescente.

Maël B.

Témoignages étudiants

A l’occasion du Dau’film Festival, quelques chanceux étudiants Dauphinois ont eu l’opportunité de voir le film en avant-première, nous avons recueilli quelques uns de leurs témoignages sur le film:

Alice, étudiante en M1: « Un film français, sur la jeunesse française, mettant en scène des acteurs peu connus mais talentueux. Surtout, le film abordait (parmi d’autres sujets) un sujet de société important, la prostitution, sans être manichéen ou moralisateur. Faire la projection dans un ciné assez petit et plutôt joli, dans le style théâtre parisien, a rendu l’événement à la fois assez « exceptionnelle » et conviviale durant l’échange avec le réalisateur et un des acteurs principaux. Évidemment, pouvoir faire un retour sur le film avec les invités était super. Ils répondaient aux questions en étant sympas, ouverts à la discussion, donc c’était très agréable et enrichissant. »

Romain, étudiant en Degead 2: « Malgré un scénario qui n’est pas non plus bouleversant, je me suis laissé porter par l’histoire du film puisque l’univers nous rappelle notre vie a Dauphine. Les acteurs sont bons, mais la fin est un peu décevante même si on la comprend mieux après avoir discuté avec le réalisateur. »

Matthieu, étudiant en Demi2e 2: « Des personnages attachants qui arrivent à nous faire sourire lorsqu’une gamine convainc une jeune femme de se prostituer… On en oublierait presque à quel point c’est immoral tellement c’est divertissant ! »

AVP Crème

Suneung de Su-won Shin ✭✭✭✩✩1/2

Suneung de Su-won Shin ✭✭✭✩✩1/2

 

 

«  Yujin, élève de terminale promis à un avenir brillant, est retrouvé assassiné. Très rapidement, les soupçons se portent sur June, l’un de ses camarades de classe. Mais en remontant le fil des événements, c’est un univers d’ultra-compétition et de cruauté qui se fait jour au sein de ce lycée d’élite, où la réussite au « Suneung », l’examen final qui conditionne l’entrée des élèves dans les meilleures universités, est une obsession. Pour obtenir la première place, certains sont prêts à tout, et même au pire… »

Premier long-métrage de la réalisatrice Su-won Shin, une ancienne professeur, Suneung était présenté hors-compétition à Deauville Asie en 2014, un an après sa sélection berlinoise. Le titre du film est celui de l’examen de fin d’étude secondaire hautement compétitif que doivent passer les étudiants sud-coréen, déterminant pour leur future université. Véritable rituel national de la méritocratie, l’examen est accusé en Corée du Sud et ailleurs d’être à l’origine des taux de suicide et de dépression extrêmement élevé chez les jeunes coréens. Suneung se présente donc comme un thriller plutôt classique s’attaquant à des controverses sociales majeures en Corée.

Le film maitrise très bien sa narration basée essentiellement sur un très long flashback qui vient répondre à la question « Pourquoi en est-on arrivé là ? ». Le récit, très fluide, permet de faire efficacement monter tension et suspens jusqu’au dénouement final. Suneung s’impose donc comme un thriller efficace et radical. C’est d’ailleurs peut-être cette radicalité qui vient affaiblir le message anti-système du film, trop violent et trop peu intime pour parvenir à un tableau choquant du système éducatif coréen. A la question du stress, de l’ultra-compétitivité et des inégalités sociales face à l’éducation vient s’ajouter la thématique largement abordée des sociétés secrètes étudiantes qui, même si elle opère comme très bon argument de suspens, alourdit la charge du film. Enfin, à cette densité thématique s’ajoute une mise en scène alternant des instants très sobres et classiques avec des plans plus tape à l’oeil et parfois un peu grossiers.

Au final, Suneung se révèle être un très bon thriller, bénéficiant de jeunes acteurs talentueux et d’une réalisatrice impliquée, mais souffre d’une froideur et d’un empilement qui viennent affaiblir son propos dénonciateur.

Adrien

 

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Eastern Boys de Robin Campillo ✭✭✭✭✭

Eastern Boys de Robin Campillo ✭✭✭✭✭

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 EASTERN BOYS

ATTENTION : chef d’œuvre. Easter Boys est l’un des films les plus saisissants de ce début d’année, en tout cas le plus inattendu. Un film comme on les aime, qui nous perturbe et nous tiraille. Vous n’en ressortirez pas indemne : 2h08 d’un film aussi fort et puissant, croyez-moi, ça marque.

Eastern Boys, c’est une histoire d’amour. Un homme d’affaire bourgeois d’une quarantaine d’années. Un jeune immigré venu de l’Est. Une rencontre particulière, qui laissera des séquelles. Et surtout, le point de départ d’une aventure qui nous coupe le souffle.

Tout commence à Paris, Gare du Nord. Daniel repère Marek, un jeune qui traîne avec d’autres immigrés slaves.  Il convient avec lui d’un rendez-vous pour une prestation sexuelle tarifée. Mais alors qu’il s’attend à lui ouvrir la porte de son appartement, le lendemain, il se retrouve nez à nez avec un des mineurs morveux et menaçant de la bande. Commence alors une home invasion impressionnante et inquiétante, qui donne définitivement le ton du film.

Divisé en quatre « actes », le film suit une trame intelligente. La mise en scène est grandiose. La musique est aussi perturbante que l’histoire. Les acteurs sont époustouflants. La scène où, un par un, les jeunes débarquent chez Daniel, est captivante.

Daniel Vorobyev, un acteur polonais, alias Boss, joue le rôle du « maquereau »/protecteur. Ses yeux bleus si clairs nous transpercent. Il nous liquéfie sur place et nous laisse sans voix.
Mais c’est le couple Daniel/ Marek qui est particulièrement bluffant. Daniel (Olivier Rabourdin, qu’on avait notamment vu dans Des hommes et des Dieux) a le visage marqué par les rides. Il a le regard vide, une mine nostalgique, les traits d’une tristesse infinie. Mais quand il sourit (exclusivement à Marek), son visage s’illumine. Il parle peu. Quant à Marek, il se dévoile petit à petit, très subtilement. Il est encore jeune mais fait preuve d’une grande maturité. On l’observe changer, s’ouvrir à Daniel et s’investir dans la relation. La sincérité qui crève l’écran fait parfois sourire le spectateur. Mais c’est la tension qui règne pendant toute la durée du film qui est formidable.

Le cinéma français semble s’être trouvé une nouvelle passion au travers des relations et des couples homosexuels. Après La vie d’Adèle, L’Inconnu du Lac, Eastern Boys prend le relais avec cette fois-ci l’histoire de ces deux hommes. Mais les sentiments qui nous traversent durant le film ne sont pas de la même espèce. Easter Boys, c’est une histoire d’amour, certes, mais c’est aussi l’histoire d’un monde à la fois juste et injuste, à la fois beau et laid, à la fois généreux et égoïste. L’histoire d’un monde qui fait peur, en somme.

Le réalisateur, Robin Campillo, est peu connu du grand public. On l’avait découvert il y a dix ans avec Les Revenants, dont la série du même nom à vue le jour peu de temps après. Avec Eastern Boys, il vient de signer un film impressionnant et formidable, qui déborde d’énergie et qui nous emporte bien plus haut que le 12e étage d’un immeuble. On espère vraiment qu’il ne tombera pas dans l’oubli. Parce qu’un film aussi juste, avec un regard aussi pertinent, sans une fausse note, c’est rare…très rare. Et ça nous cloue sur place.

Sophie Wlodarczak

 

 

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Her de Spike Jonze ✭✭✭✭✭

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Dans un futur proche, Théodore Twombly (Joachin Phoenix) a pour métier de rédiger des lettres pour les gens qui n’ont plus le temps d’en écrire. Ce personnage sympathique et sensible est un homme seul depuis sa séparation avec sa femme Catherine. Mais tout bascule lorsqu’il fait l’acquisition d’un système d’exploitation intelligent et bluffant, OS1, doté de sentiments. Théodore fait donc la connaissance de Samantha (a qui Scarlett Johansson a prêté sa voix), son assistant personnel virtuel. Aussi absurde que cela puisse paraître, les deux protagonistes vont vivre une histoire d’amour.

En plus d’être une jolie histoire romantique, Spike Jonze pose ici le problème de notre rapport au virtuel et à la technologie dans un monde de plus en plus connecté et informatisé au potentiel infini. En effet, peut on envisager qu’une intelligence artificielle qui pense par elle même puisse être considérée comme humaine ? Sans porter de jugements, le réalisateur nous projette dans une époque dont nous vivons les prémices. Une époque dans laquelle les hommes et la technologie cohabitent et interagissent.

Porté par des acteurs talentueux, Joachin Phoenix en tête, Her est un film intelligent et émouvant, qui, malgré quelques longueurs en milieu de film, reste un incontournable de ce début d’année.

Victor Tibi

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Aimer, Boire et Chanter d’Alain Resnais ✭✭✭✭✩

Aimer, Boire et Chanter d’Alain Resnais ✭✭✭✭✩

ABC

Georges, euh, non, pardon, Alain Resnais, est mort. Le 1 mars 2014, le monde du cinéma était en deuil, attristé par la disparition de ce réalisateur génial et atypique. « Hiroshima mon amour », « Nuit et Brouillard », « Smoking/No Smoking », « On connait la chanson », « Vous n’avez encore rien vu »… Autant de films qui nous sont familiers bien que parfois jamais vus, autant de chefs d’œuvres que le cinéma français peut être fier d’avoir produits, autant de titres qui sonnent désormais comme des biens précieux. Mais qui est cet homme, ce cinéaste pas comme les autres dont le film « Aimer, Boire et Chanter » vient achever l’œuvre ?

Depuis les années 80, quand on pense « Alain Resnais », on pense Sabine Azéma, André Dussollier, Pierre Arditi, Jean-Pierre Bacri… En effet, il avait constitué sa bande avec laquelle il aimait tourner. Il avait également trouvé sa signature, un mélange de dessins, de plans particuliers, de mises en scène originales, qui témoignaient de son imagination débordante. Il était considéré comme un moderne de son temps, scandaleux, surprenant… et toujours jeune. Peu bavard, élégant, connaisseur, il est parti en nous laissant un dernier film qui raconte l’histoire de Georges, condamné par la maladie. Le philosophe Gilles Deleuze disait : « Resnais n’a qu’un sujet : l’homme qui revient de la mort ». Aujourd’hui, à travers ses films, et notamment celui qui vient de sortir en salle, comme ses personnages, Resnais ressuscite.

Vous pouvez trouver beaucoup d’informations et d’émissions réalisées en hommage à Alain Resnais, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Une émission qui  nous a particulièrement plu est celle de Blow-up sur ARTE intitulée «  Alain Resnais en 4 minutes » : vous pouvez aller voir la vidéo ici.   Par ailleurs, France Inter a consacré une journée spéciale au réalisateur il y a quelques jours, et on a adoré l’émission « comme on nous parle »

AIMER, BOIRE ET CHANTER

ABC 3

Georges Riley…un homme aussi intriguant qu’invisible. Un personnage mystérieux qui se révèle être l’objet de toutes les querelles. Un « fouteur de merde », en somme. En réalité, c’est Colin, médecin, qui apprend à sa femme, Kathryn, qu’un de ses patients va mourir. Elle devine qu’il s’agit de Georges, son premier amour. Bouleversée par la nouvelle, elle va immédiatement en informer Jack, le meilleur ami de Georges, et sa femme, Tamara, avec qui elle et son époux jouent une pièce de théâtre. Effondré, Jack tente de convaincre Monica, l’ex-femme de Georges, désormais en ménage avec Siméon, de revenir vivre avec lui, pour les quelques mois restants. Mais les choses s’avèrent plus compliquées que prévues…

Rentrer dans l’univers d’Alain Resnais n’est pas évident pour tout le monde. Marqué par un imaginaire très fort, un rythme assez lent, des plans qui changent brusquement, des dessins qui remplacent les séquences de la caméra (par le célèbre auteur de BD Blutch), on peut comprendre qu’il puisse agacer. Mais c’est justement ça qui fait son génie. Resnais s’amuse, comme un enfant. Il prend la caméra et nous emmène à la découverte d’un monde plein de malice. Il nous fait rencontrer des personnages singuliers, euphoriques, dépassés, tout cela accompagné par une mélodie qui résonne longtemps dans nos têtes bien après  le film.

Dans un décor de théâtre, simple , sans beaucoup de moyens, le réalisateur met en mouvement ses acteurs. Ses fidèles, Sabine Azéma, André Dussollier, Michel Vuillermoz, sont au rendez-vous, toujours aussi bons. C’est surtout le cas de Sabine Azéma, qui nous fait littéralement exploser de rire avec ses remarques et sa fâcheuse dépendance à l’alcool.

L’histoire se construit autour de Georges, personnage principal qu’on pourrait surnommer « l’homme invisible ». Il va bientôt mourir. Alors tout le monde se met en quatre pour qu’il savoure ses derniers instants. Kathryn, Tamara et Monica, ses amies, s’occupent de lui en alternance. Mais aussi invisible que charmeur, Georges réussit à troubler les cœurs, bien souvent en peine, de ces trois femmes. Bientôt, il sème la zizanie dans leurs couples respectifs.

Spectateurs, nous sommes ravis. La pièce d’Alan Ayckbourn a été parfaitement adaptée au cinéma. On se laisse volontiers transporter par les malentendus farfelus, par les querelles de couples, par les petites scènes de ménage. Avec une histoire simple et un décor sans prétention, on peut faire un film qui pétille et donne la pêche. C’est ce qu’Alain Resnais nous a prouvé, à nouveau. Dans « On connait la chanson », il nous avait séduit avec ses play-back hilarants. « Les herbes folles » nous avait attendris avec la réplique devenue mythique de la petite fille qui demande à sa mère : « Dis maman, quand je serai un chat, je pourrai manger des croquettes ? ». Avec « Aimer, Boire et Chanter » Alain Resnais achève sa carrière. Il signe son ultime création avec l’image de la mort qui sourit… une prémonition ? « La prochaine fois, on ira au cinéma » … plus pour voir un film de Resnais, certes, mais  en étant toujours conscient qu’il a contribué au meilleur du cinéma français.

 Sophie Wlodarczak

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