Rétrospective James Dean

Rétrospective James Dean

Bientôt 60 ans qu’une des plus grandes icônes du cinéma disparaissait brutalement à bord de sa Porsche sur la route 466. Il mourut dans un éclair, puis sa légende et son rêve s’effritèrent lentement au cours du siècles pour ne représenter aujourd’hui qu’une utopie révolue, celle de la véritable liberté qui guida les plus grands artistes des années 50. En trois films, James Dean avait su incarner les aspirations et les ambitions naïves de la génération beat, celle de Kerouac, de Snyder et de Ginsberg. Ils lui survécurent, puis leur vision dut elle aussi se soumettre au cynisme et à la philosophie d’abandon qui s’imposa dans les années 80. Aujourd’hui, l’image populaire de James Dean se résume à celle d’un sex-symbol ambiance rétro, placardé en posters et imprimés de t-shirt dans des dortoirs d’université, trop limitée à celle de l’adolescent révolté de la Fureur de vivre qu’il est facile de porter en dérision. Son rêve et son oeuvre méritent pourtant plus que jamais d’être entretenus, et sa personne d’être louée pour l’inspiration qu’il a pu délivrer à travers sa carrière trop limitée.


East of Eden d’Elia Kazan, la genèse du désabusé

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Après un passage du les planches et à la télévision, la véritable carrière de James Dean commence avec l’un des plus grands chef d’oeuvres de l’histoire du cinéma. Adapté de la quatrième partie de l’épopée éponyme de Steinbeck (considérée par ce dernier comme son plus grand chef d’oeuvre), East of Eden est une adaptation du mythe de Caïn et Abel à travers une famille américaine entre la guerre civile et la Première Guerre Mondiale. Le roman raconte l’histoire de plusieurs générations, et le film ne se concentre que sur la dernière d’entre elles, en 1917. James Dean y incarne Caleb (l’équivalent de Caïn), fils d’un fermier californien et frère de d’Aron (Abel, donc). Découvrant l’existence de sa mère qu’il pensait morte, il entre en violent conflit avec son père et entretien une rivalité forte avec son frère, qui conduira, comme dans le mythe biblique, à une issue tragique.

James Dean y incarne un homme en profond manque d’amour paternel et commence à tisser son image d’homme viril et sensible, en contradiction avec les standards américains traditionnels de l’époque. Il inspire un nouveau modèle adopté par ses contemporains artistes, celui d’un gas en blouson de cuir, clope à la bouche, qui n’hésite pas à parler frontalement de ses émotions et adoptant une posture très libérale. Le film est une critique forte du modèle patriarcal imposant aux fils retenue et refoulement des émotions pour être considérés comme de vrais bons hommes (le personnage d’Aron vient symboliser ce modèle de fils parfait, froid et bien casé avec sa douce).

Le film en lui même est l’un des plus grands aboutissements du cinéma mondial. Le drame familiale se déroule dans les paysages somptueux de la Californie, au milieu des travailleurs de la terre chers à Steinbeck. Le train qui relie Salinas (la ville de Cal) à Monterey (la ville de sa mère) est un élément central du film et donne lieu à de grands tableaux magnifiques.


Rebel without a cause de Nicholas Ray, le révolté

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Dans son second film, James Dean incarne un personnage similaire au précédent mais cependant moins cruel, ce qui contribuera à rendre son symbole plus sympathique. Rebel without a cause est indéniablement le film qui a hissé James Dean au rang de légende et délimite plus son personnage de révolté contre le modèle middle-class américain entravé.

L’histoire est celle d’un adolescent, Jim Stark, débarqué dans un nouveau lycée. En conflit permanent avec ses parents, il entrera en opposition avec les bullies de son école (dont Dennis Hopper), protégeant son nouvel ami Plato (Sal Mineo). Le film est marquant pour l’époque de part sa violence et est réputé comme étant le précurseur du mouvement du Nouvel Hollywood qui n’hésitera pas, 10 ans plus tard, à défier les codes hollywoodiens pour réaliser des films choquants dans leur représentation de la violence et de la sexualité (par exemple Taxi Driver, The Graduate, East Rider ou Bonnie & Clyde pour n’en citer que certains).

Rebel without a cause est une critique acerbe du modèle social américain. Les vieilles générations y sont présentées comme faibles, soumises, et incapable de réagir aux ambitions libérales de leurs enfants, qui répondent avec violence et autodestruction. Il a inspiré la génération beat à refuser le modèle en place et offrir une nouvelle alternative, en dehors du schéma familiale traditionnel. Le charisme de James Dean et son personnage dans la vraie vie ont largement contribué à faire de lui un porte-étendard de ce mouvement.


Giant de George Stevens, la touche finale

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L’ultime film de James Dean est sorti à titre posthume, ce qui a contribué à en faire un film légendaire. Il raconte l’histoire d’une riche famille texane sur quarante ans, entre agriculture et pétrole, et James Dean n’y incarne qu’un second rôle (il retrouve par la même occasion Dennis Hopper et Sal Mineo avec qui il entretiendra une amitié forte). Souvent considéré comme le précurseur de la série Dallas, c’est une épopée de près de 3h sur le Texas et ses particularités. James Dean y incarne un jeune ouvrier de ranch, Jeff Rink, devenu milliardaire grâce au pétrole, en rivalité avec Jordan Benedict (Rock Hudson) et fou amoureux de la femme de ce dernier, Leslie (Elizabeth Taylor).

Le film n’est pas spécialement représentatif du symbole de James Dean mais traite de sujets qui sont chers à son idéal. L’un des thèmes centraux du film est le racisme exercé par les riches blancs texans envers les immigrés mexicains. Ils sont défendus dans le film par Leslie, personnage féminin extrêmement fort qui s’élève contre les hommes et combat avec ardeur pour l’égalité des droits entre femme et homme. A travers son traitement des thématiques de l’égalité, le film est encore une fois une critique du modèle social et familiale américain qui souffre du racisme, du sexisme et de l’idiotie de la figure paternelle.


Ses activités et sa sexualité

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Pour comprendre James Dean et ce qu’il a pu représenter, il faut aller un peu au delà de ses films. Son trait de personnalité le plus connu est qu’il était passionné de course de voiture et biker réputé, dont il aurait souhaité faire une carrière. Sa passion a commencé lors du tournage de Rebel without a cause (suite à la fameuse scène du Chickie Run). Sa mort n’est pas du à une course mais simplement à un excès de vitesse des plus tragiquement communs (le même commun qui a emporté River Phoenix).

Il effectua ses études à UCLA où il partagea sa chambre avec William Bast qui deviendra son biographe et avec qui il entretenait une relation romantique, ce qui amène au sujet évidemment central de la sexualité de James Dean.

Tout au long de sa carrière et pour les quelques décennies qui ont suivies, James Dean était publiquement identifié comme hétérosexuel, et même plus que ça, un véritable symbole d’hétérosexualité du à sa virilité fragile. Ses “conquêtes” féminines incluaient l’actrice Ursula Andress et l’italienne Pier Angeli, avec qui il a entretenu une relation de long terme. C’est plusieurs années après sa mort, dans les années 2000, suite à l’importance croissante des mouvements pro-égalités, que la véritable identité de James Dean fut révélée. Son biographe et ancien colocataire, William Bast, révélait la relation amoureuse qu’il avait eu avec James Dean, et fut suivi par le journaliste gonzo John Gilmore. Le réalisateur de Rebel Without a cause, Nicholas Ray, confirma les relations homosexuelles de James Dean quelques années plus tard.

La question de savoir si James Dean était gay ou bisexuel et avait des relations sincères avec les femmes n’a aucune importance. L’important est de savoir qu’il a continué, 50 ans après sa mort, à bouleverser les modèles traditionnels en alliant virilité forte et homosexualité assumée, et a été de son vivant un homme libre dans un univers hostile qui a su suivre ses émotions brutes. Par ses films, son personnage, son charisme, il a eu un impact majeur sur l’évolution morale du monde occidental et mérite plus que son visage sur des t-shirts.

Adrien P

Quel film de guerre américain regarder ce soir ?

Quel film de guerre américain regarder ce soir ?

On est mardi et l’ambiance est au chill. Aujourd’hui, on reste dignes. Pas de bar Erasmus ou autre fantaisie nihiliste, mais de la sueur, de l’honneur, du sang et de l’amitié en larmes, ça c’est oui. Le choix s’oriente donc vers un bon vieux film de guerre, à voir seul ou entre ami(e)s, pour honorer les soldats morts pour l’Amérique. Problème : à chaque film son mood. Alors pour éviter de vous retrouver face à des indigènes chantants quand vous vouliez des batailles dantesques, suivez le guide.

 


 

  • Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino (1978)

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Commençons par du hardcore. Bienvenue dans l’enfer de ce bon vieux nam, où trois amis ouvriers américains se retrouvent propulsés. Le film est un immense classique, premier film sur la guerre du Vietnam et ses conséquences désastreuses sur les soldats survivants. Kidnappés par des vietnamiens du nord, les trois amis seront torturés et forcés à participer à un jeu de roulette russe devenu légendaire. Le film explore ensuite les conséquences de la guerre sur les trois amis, à jamais traumatisés.

La petite raison en plus : Michael Cimino n’a pas fait beaucoup de films car les producteurs ne l’aimaient pas (beaucoup de jaloux saboteurs), alors il faut aujourd’hui voir tous ses films pour le venger.

Mood : Parfait si vous êtes d’humeur un peu “putain de guerre”, et à la recherche de sensations extrêmes.

Effets secondaires possibles : Une irrésistible envie de s’essayer à la roulette russe. Préférez le bon vieux jeu de la bouteille.


  • Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola (1979)

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Encore le Vietnam, mais pas vraiment. Pas vraiment un film de guerre en fait. Très compliqué. Le film culte de Coppola parle d’un voyage spirituel et métaphysique le long d’une rivière pour aller retrouver un déserteur devenu chef de culte au milieu de la jungle. Vous aurez saisi la bonne vieille référence au Styx, et oui il s’agit bien d’une descente progressive vers l’enfer (l’analogie est décidément fréquente dans les films de guerre). Contrairement au film de Cimino, Apocalypse Now n’est pas vraiment un portrait de l’horreur de la guerre, mais plus une tentative de reproduction de l’expérience de la guerre. Les scènes cultes incluent le bombardement sur fond de Wagner ou encore la visite d’une bande de Playmates.

La petite raison en plus : Le film est connu pour son tournage absolument catastrophique. A force d’incidents, de retards, Coppola est devenu totalement fou (ironie quand tu nous tiens), tyrannisant ses équipes elles-mêmes sombrant dans la folie. Martin Sheen aurait du boire de la vraie vodka pendant une scène culte, provocant un pétage de câble complet et des blessures. Le documentaire Hearts of Darkness raconte d’ailleurs l’histoire du tournage le plus célèbre du cinéma.

Mood: Crise existentielle. A voir si vous êtes de bonne humeur pour casser cette vitalité insolente.

Effets secondaires possibles : Délires mégalomaniaques, paranoïaques et schizophrènes.


  • Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick (1987)

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Dernier film sur le Vietnam c’est promis (nan je ne parlerai pas de Platoon car c’est d’un ennui). Le chef d’oeuvre de Kubrick est en deux parties, la première se déroulant dans un camp d’entrainement et la seconde… eh bien au Vietnam pardi. Pour être honnête, la première partie est très au dessus de la deuxième, ce qui provoque un déséquilibre dans le film. Je ne parlerai donc que de la première, où les nouvelles recrues de l’armée se retrouvent tyrannisées par l’infernal Sergent Hartman. Le film porte un regard très intéressant sur les logiques de rapports dominants/dominés et les désastres de la discipline militaire et de la volonté de chacun de vouloir trop “montrer ses couilles”. Un bouc-émissaire sera très vite choisi, et chaque recrue va assister impuissant ou complice au déroulement d’une tragédie attendue qui aura des conséquences sur leur expérience de la guerre.

La petite raison en plus : L’originalité du point de vue. Quand la plupart des films de guerre vantent de bons héros virils victimes d’une catastrophe exogène, Full Metal Jacket présente ces mêmes hommes comme faisant partie intégrante du système qui les a conduit à leur massacre. La faute à la quête de domination virile. De quoi agacer Eric Zemmour.

Mood : Si vous êtes à la recherche d’un petit revival de vos années colo/collège, que vous ailliez été du côté bourreau ou victime.

Effets secondaires possibles : Peur irrationnelle des toilettes de dortoir.


  • Du sang et des larmes, de Peter Berg (2014)

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Fini le Vietnam, et surtout petite pause au milieu de ces films un peu trop prises de tête (il y a des soirs où on veut des batailles de gun et des bros qui s’aiment et se sauvent la vie). Le remède existe et il s’appelle Lone Survivor (titre original), où 4 soldats américains sont pris en embuscade par des talibans en Afghanistan. Le film raconte une histoire vraie (oui 4 soldats américains ont véritablement affronté une armée de 1000 talibans à la mode 300, ce n’est pas de la propagande), et reprend les bonnes vieilles recettes du survivor movie initiées par le culte Rambo (dont on ne parlera pas dans ce guide mais qui mérite une mention spéciale). L’action est très efficace, et si on passe sur le côté lavage de cerveau (des images des vrais soldats sont montrées à a fin…), il y a moyen de passer un bon moment (et si vous voulez écrire un mémoire sur la propagande dans le cinéma américain lancez-vous).

La petite raison en plus : Le casting évidemment. Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch et Ben Foster en dudes armés jusqu’aux dents qui font face à leur destin ça fonctionne très bien. Et aussi pour l’attaque d’un village qui ressemble à l’assaut sur Minas Tirith.

Mood : Testostérone, fraternité, et des envie de faire des calins à vos bros en sortant des trucs genre “On s’abandonne jamais à la guerre ok mec !”.

Effets secondaires possibles : Sortir dans la rue nu, habillé d’un simple drapeau américain, en chantant le Star Spangled Banner tout en traitant tous les musulmans autour de “Tueurs de bons américains”.


  • La ligne rouge, de Terrence Malick (1998)

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Bon aller, retour aux films prise de tête. C’est les fameux indigènes chantants. Mais heureusement cette fois-ci la prise de tête n’a pas lieu au Vietnam mais à Guadalcanal pendant la guerre du Pacifique. Du Terrence Malick très en forme qui oppose la destruction des hommes à la grâce de la nature. Ici aussi, le point de vue est extrêmement original et intéressant. Il n’est pas du tout question de la psychologie des soldats, mais plus du rapport général entre l’humanité et le divin/la mort (et oui, Terrence Malick) à travers le prisme de la guerre. Le film est par conséquent d’une très grande beauté, et d’une beauté très pure, agréable, qui vient contraster avec la violence des combats. Il n’y a pas non plus de personnage principal, plus des histoires d’hommes.

La petite raison en plus : La musique superbe, la beauté esthétique évidemment grandiose.

Mood : Expérience spirituelle et philosophique. Idéal si vous voulez vous rapprocher de la nature, de Dieu, de l’amour, etc. après vous être rendu compte de la vacuité de votre existence et de votre avenir.

Effets secondaires possibles: Déménagement immédiat pour les îles du Pacifique afin de vivre dans un village indigène et manger des fleurs.


  • Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow (2013)

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Ca ou Démineur de la même réalisatrice. Préférez quand même ZDT pour la simple et bonne raison que ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’avoir une femme protagoniste dans un film de guerre (lui même réalisé par une femme). Zero Dark Thirty raconte l’histoire de la traque de Ben Laden pendant 10 ans, du point de vue de l’agent de la CIA qui a mené la chasse à l’homme. Très différent des précédents puisqu’il dépeint la guerre contemporaine, celle de l’intelligence, des images. Une sorte de “L’Art de la Guerre” version 2014. Ca implique évidemment la torture, grande protagoniste du film.

La petite raison en plus : Tout le monde s’est étripé à la sortie du film. En cause, la question de savoir si ZDT fait l’apologie de la torture ou non. Des centaines de philosophes, personnalités des media, écrivains, réalisateurs, politiciens, etc. se sont criés dessus pendant des mois. En fait il y avait bien plus que ça, le film a toujours baigné dans la controverse (proximité entre la sortie et les élections, utilisation d’informations classifiées, usage des victimes du 11 Septembre, etc.). Alors faites vous un avis.

Mood : Girl power et waterboarding.

Effets secondaires possibles : Enfiler des lunettes et écrire une colonne dans le New York Times pour expliquer que c’est un film irresponsable.


  • M.A.S.H, de Robert Altman (1970)

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Ah, un film comique. Une satire remplie d’humour noire parfaitement maitrisée par Robert Altman. Le pitch : un groupe de médecin est envoyé sur le terrain pendant la guerre de Corée. Ils se révèlent totalement insubordonnés, délirants et courent après toutes les infirmières du coin. Mais ce sont aussi d’excellents médecins. Le film est un classique d’humour à la fois fin et un peu gras, adapté par la suite en série.

La petite raison en plus : Comme le dit le trailer du film, “MASH, a motion picture that raises some important moral questions. And then, it drops them.”. Ambiance très années 60, le film se moque du sexisme, de l’homophobie et du racisme avec un très grand esprit.

Mood : Une bonne envie de délirer façon rétro, à regarder avec d’autres gens et des substances bienfaitrices.

Effets secondaires possibles : Innombrables, vous n’aurez pas le temps de dire ouf que vous serez déjà à poil dans une salle d’opération à chanter en complimentant grassement l’infirmière comme un vieux lubrique.


Voilà, il devrait y en avoir pour tous les goûts, toutes les ambiances. Autres options : La Grande évasion, La Grande illusion, L’armée des ombres, Né un Quatre Juillet, L’enfance d’Ivan, Le Pont de la rivière Kwai, A l’Ouest rien de nouveau, Il faut sauver le soldat Ryan, Les sentiers de la gloire, etc. On ne peut pas tout avoir, peut-être une autre fois.

Adrien P

[Classique] Annie Hall, de Woody Allen

[Classique] Annie Hall, de Woody Allen

Annie Hall est un film à part dans la filmographie de Woody Allen, pour deux raisons : l’une d’elle c’est qu’il est son film le plus auto-biographique ; l’autre, c’est qu’il est le meilleur film de toute l’histoire du cinéma.

Woody Allen y incarne Alvie Singer, un humoriste à succès ayant les traits de caractères typiques de tout personnage «Allenien» ; névrosé, angoissé par la mort, paranoïaque, et surtout : extrêmement drôle.

Annie Hall est elle incarnée par Diane Keaton ; jeune femme fraîchement débarquée à New-York de sa province : délurée, naïve, peu sûre d’elle-même, mais pleine d’intelligence ; elle succombe rapidement au charme d’Alvie, et réciproquement.

Inutile de préciser que ce film se résume à une heure trente de moments hilarants – énumérer une seule scène serait profondément injuste -, tristes parfois, mais surtout profondément émouvants. Critiquer le film dans son ensemble méritait une thèse à lui seul.

1. «Je n’accepterais jamais d’entrer dans un club qui m’accepterait comme membre.» Groucho Marx

La problématique essentielle de ce film est celle de la plupart de l’espèce humaine : les relations amoureuses.

Woody Allen commence par un monologue face-caméra où il décrit ses relations avec les femmes par la phrase sus-citée de Groucho Marx ; de façon plus prosaïque : «Je te fuis, tu me suis, tu me fuis, je te suis.». Car le personnage d’Alvie Singer, aussi brillant soit-il, n’a que très peu confiance en lui-même ; dès lors, à chaque nouvelle rencontre, à chaque relation qui s’installe, s’immisce en lui un paradoxe : comment puis-je plaire à cette personne si moi-même je ne me plais pas ? Conclusion : cette personne ne mérite donc pas l’estime que je lui porte.

Inconsciemment, et de façon beaucoup plus subtile, c’est bien la peur d’une vraie relation amoureuse qui provoque cette pensée : à quel degré suis-je capable de m’investir pleinement dans une relation, qui potentiellement, pourra finir par échouer, et donc me faire profondément souffrir ?

Ainsi, avant sa rencontre avec Annie Hall, nous avons l’aperçu de deux anciennes relations qu’a eu Alvie Singer : d’un côté une jeune fille cultivée mais ennuyeuse, de l’autre une caricature de la gauche-caviar sous Xanax. L’impression donnée est que dans ces deux relations, Alvie savait au fond de lui que celles-ci allaient se finir ; ce qui peut paraître au premier abord déprimant est surtout rassurant : Alvie n’a pas peur de l’échec de sa relation car sa fin est certaine.

C’est tout l’inverse qui se passe lors de sa relation avec Annie Hall : il s’y jette à corps perdu, en sachant profiter du moment présent ; «CaRpE DiEm» / #yolo deviennent ses principes.

2. La vraie histoire de Diane Keaton et de Woody Allen.

Le film prend tout son sens lorsque l’on connaît la vraie Histoire entre Diane Keaton et Woody Allen. Anecdote qui n’en est pas une Le vrai nom de Diane Keaton était Diane Hall et son surnom était Annie ; l’auto-biographie est donc bien réelle. Le film est réalisé en 1977, et fait notable : Diane Keaton et Woody Allen ont eu une relation fusionnelle de 1972 à 1974 avant de se séparer.

Pourtant, leur collaboration ne cessa pas à la fin de leur relation : ils réaliseront neuf films ensemble, dont quatre après leur séparation.

Chacun connaîtra de nombreuses et diverses relations par la suite, plus ou moins fructueuses, mais un fait reste irrémédiable jusqu’à ce jour – de leur propre aveu – : Woody Allen, 78 ans, considère Diane Keaton, 68 ans, comme son amie la plus intime, et réciproquement. Un amour, platonique (sait-on jamais avec Woody Allen), mais un amour tout de même.

Voilà donc la fabuleuse leçon de vie que procure ce film: vous n’avez qu’une seule vie (fait que Woody Allen ne cessera de répéter tout au long de sa filmographie) et c’est donc pour cela que vous ne devez pas avoir peur de l’échec ni de souffrir, pas seulement au niveau professionnel, au niveau de vos projets, mais aussi de vos relations amoureuses. Ou plus exactement : surtout au niveau des relations amoureuses, car comme le dit Woody Allen à la toute fin du film :

« Je pensais à cette vieille blague, vous savez, ce type va chez un psychiatre et dit : «Docteur, mon frère est fou. Il se prend pour un poulet.»

Le docteur lui répond : «Et bien, pourquoi ne le faites-vous pas enfermer ?»

Le type dit : «J’aimerais bien, mais j’ai besoin des œufs.»

Et bien, je crois que c’est ce que je ressens au sujet des relations. Vous savez, elles sont totalement irrationnelles et folles et absurdes et… mais je crois qu’on continue parce la plupart d’entre nous ont besoin des œufs. »

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Pablo Aguirre de Carcer

The Act of Killing – The Look of Silence de Joshua Oppenheimer

The Act of Killing – The Look of Silence de Joshua Oppenheimer

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En 1965, en Indonésie, 1 million de communistes furent massacrés par les escadrons de la mort de la dictature militaire de Suharto. 50 ans plus tard, la désormais démocratie indonésienne n’a toujours pas fait le bilan de son histoire, et les bourreaux de 1965 sont devenus des célébrités nationales ou locales, alors que les familles des victimes vivent encore dans la peur.

Dans The Act of Killing (nommé pour l’oscar du meilleur documentaire 2014 et vainqueur du BAFTA), Joshua Oppenheimer dresse l’héritage de cette extermination en allant voir les auteurs des tueries et en leur demandant de rejouer les scènes de leurs massacres à leur façon. Le spectateur est invité à passer les prochaines heures en compagnies de meurtriers hilares dans des situations souvent totalement surréalistes et cyniques. The Look of Silence, vainqueur du Grand Prix du Jury de la Mostra de Venise 2014, en est la suite et vient compléter TAOK avec un regard plus humain. Joshua Oppenheimer s’intéresse ici à la famille d’un homme brutalement assassiné en 1965, et particulièrement à Adi, le frère de la victime qui va aller se confronter à chacun des assassins.

Le diptyque entre les deux films est extrêmement efficace et donne une grande profondeur à l’oeuvre d’ensemble. Quand le premier a pu déstabiliser à cause de son cynisme et de la légèreté avec laquelle les protagonistes traitaient d’actes infâmes, le deuxième vient rétablir une humanité et explore les conséquences extrêmement intimes à la fois du massacre et du silence qui a suivi. La complémentarité entre les deux films se retrouve même dans le style photographique : quand TAOK opte pour une lumière très extravagante pour créer cette atmosphère onirique et des scènes très théâtrales, TLOS fait le choix d’un style documentaire plus classique, intime et serré en gros plan sur le visage de ses personnages.

Le fil rouge de TAOK est la reconstruction face caméra des massacres perpétrés par Anwar Congo et ses compagnons qui souhaitent en faire un film. Ils sont entre-coupés par des scènes impliquant les Pancasila Youth modernes, l’organisation toujours active de gangsters politiques qui a perpétré les massacres de 1965 pour la dictature. Le film alterne ainsi séances de délires collectifs surréalistes (le plus violent étant la reconstitution du massacre d’un village entier) et des scènes des racket et intimidation contemporaines. La force du film vient du fait que la mise en scène de ses tueries oeuvre comme violente thérapie pour Anwar, qui au fil de ses reconstitutions est de plus en plus rongé par la culpabilité, et surtout par la réalisation qu’il est un homme mauvais. Jamais puni pour ses crimes, honoré par son pays, il laisse peu à peu sa légèreté faire place à la torture psychologique, jusqu’à un final saisissant. Oppenheimer parvient avec brio à plonger le spectateur au coeur du mal le plus pur et en dresse un portrait extrêmement complexe.

L’influence de la psychologie et de Freud est omniprésente, que cela soit à travers les scènes de cauchemar d’Anwar, les entractes oniriques où des danseuses performant dans la bouche d’un poisson géant, ou le final surréaliste du film d’Anwar où les âmes des victimes viennent remercier Anwar de les avoir massacré au pied d’une cascade. Anwar est invité, lors de ses reconstitutions, à interpréter à la fois le rôle du bourreau et de la victime, ce qui le pousse à légèrement internaliser le calvaire de ses victimes. La confusion des rôles tout au long des reconstitutions mène à des scènes particulièrement déstabilisantes, notamment l’une où le beau-fils d’une victime est amené à interpréter son propre beau-père se faisant tuer.

L’influence de la psychothérapie est aussi extrêmement présente dans TLOS, où Adi souhaite apporter la paix à sa famille en discutant calmement avec les meurtriers. Dans TLOS, les scènes de reconstitution des meurtres sont remplacés par la simple narration de deux assassins qui viennent raconter le massacre du frère d’Adi comme une vieille partie de pêche tout au long du film. Le resserrement sur un individu particulier, son environnement, sa vie offrent une résonance encore plus forte à l’horreur. Le film met parallèlement en scène Adi qui interroge sa mère sur la situation à l’époque et les conséquences du meurtre de son fils et les confrontations avec les ex-gangsters qui opèrent comme notables du village. La réaction de ces derniers va du déni le plus total jusqu’à la condamnation d’Adi pour raviver les fantômes du passé, et même des menaces. Le film ici s’intéresse plus aux sentiments profonds de ses personnages et utilise un format plus court (1h30 contre près de 3h pour TOAK) qui apporte de la sensibilité à l’oeuvre.

Le diptyque de Joshua Oppenheimer a révolutionné le documentaire, et ouvert les yeux du monde occidental sur le génocide indonésien, totalement effacé des livres d’histoires. Transformant les codes du documentaires de manière provocatrice, il a aussi jeté un pave dans la marre au sein de démocraties américaines et européennes. Lors de la remise de son BAFTA, Joshua Oppenheimer dénonçait la responsabilité et la participation des Etats-Unis et du Royaume-Uni dans le massacre, et fut coupé lors de la mise en ligne de la vidéo. Le succès critique international de l’oeuvre a en tous cas révélé un nouveau génie du documentaire, digne héritier d’Herzog (producteur délégué des films).

Adrien P

The Act of Killing : Disponible en DVD et sur Netflix

The Look of Silence : Sortie courant 2015

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[Classique] Le Lauréat, de Mike Nichols

[Classique] Le Lauréat, de Mike Nichols

Attention : Spoilers ! 

Le Lauréat – The Graduate – est un film américain de 1967, réalisé par Mike Nichols et adapté du roman de même titre de Charles Webb. Dustin Hoffman – Benjamin – y interprète un jeune lycéen tout juste diplômé du baccalauréat et qui s’apprête à rentrer à l’université. Lors d’une soirée organisée par ses parents, il y fait la rencontre de Mme Robinson : femme mariée de 40 ans dont la photo illustrerait à merveille le terme de MILF dans un dictionnaire ; tant au niveau du caractère que du physique.

Trop fraiche azi.
Trop fraîche azi.

Mme Robinson lui fait des avances, et rapidement les deux personnages entretiennent une liaison. Ne connaissant pas cette liaison, les parents de Benjamin l’obligent à inviter la fille de Mme Robinson, Elayne, à sortir, malgré l’interdiction formelle de Mme Robinson. Elayne et Benjamin tombent immédiatement amoureux : c’est là que les ennuis commencent pour le jeune couple dont l’amour est interdit par Mme Robinson.

La vie, la vraie : au chant.

Difficile de parler de ce film sans évoquer sa musique: deux des plus grands titres de Simon et Garfunkel ont été composés originellement pour le Lauréat : Hey Mrs Robinson et The Sound of Silence. Les paroles de Mrs Robinson semblent a priori naïves :

«Jesus loves you more than you will know» / «We’d like to help you learn to help yourself. Look around you all you see are sympathetic eyes, Stroll around the grounds until you feel at hom

A la fois tendres et compatissantes, elles semblent dire à Mrs Robinson de voir le monde avec de la bonté et de l’optimisme. Car cette dernière apparaît dans le film comme une femme manipulatrice, mesquine et cruelle ; l’apothéose de ces traits de caractère est atteinte lors d’une des dernières scènes où tout son visage s’illumine de joie face au désespoir de Benjamin voyant Elayne se marier à l’Eglise avec un autre (Elayne ayant décidé de quitter Benjamin après avoir compris l’existence d’une liaison entre lui et sa mère.). Et pourtant, une scène du film explique à merveille ce personnage et la source de toute cette atrocité.

Après une partie de jambes en l’air, Benjamin demande à Mme Robinson des détails sur sa jeunesse : celle-ci lui explique alors d’un air las qu’elle a arrêté ses études d’arts pour se marier avec son époux – caricature du riche américain : inculte, vénal et prétentieux, afin d’épouser la vie au combien excitante de femme au foyer. La séduction apparaît donc comme la seule arme qui lui reste, ou tout du moins le seul atout qu’elle pense posséder, convaincue d’avoir raté sa vie ; c’est donc bien de la jalousie (https://www.facebook.com/Lydan/posts/534310973311601) qu’elle ressent envers sa seule et unique fille, sûrement plus chanceuse qu’elle de pouvoir vivre à une époque où le mariage n’implique pas l’arrêt des études pour une fille.

Ressentir de l’empathie envers Mrs Robinson est une chose aisée, et c’est bien une femme détruite par une société conservatrice sclérosée que Mike Nichols nous présente. L’autre chanson qui marque le film est The sound of silence : qui apparaît à la toute fin de celui-ci. Après avoir réussi à faire capoter le mariage de Elayne et son fiancé – grâce à une utilisation ô combien judicieuse d’un crucifix en bois, Benjamin et cette dernière s’échappent dans un bus, où ils atterrissent sur la banquette arrière de celui-ci face au regard médusé des passagers.

La meilleure minute du cinéma :

Ceci donne lieu à ce qui constitue probablement la minute la plus incroyable du cinéma : un plan-séquence sur les deux regards des deux personnages, d’une minute, et que nous allons analyser en détail.

Tout d’abord, Benjamin commence par sourire, et difficile de ne pas y voir toute la fierté ressentie par rapport à son geste d’un courage difficilement quantifiable : à cet instant, il est l’homme le plus classe du monde ; tout ce qu’il l’a fait, a été fait pour Elayne, pour leur relation, mais aussi pour lui, et le sourire qui transparaît sur son visage en témoigne.

Je gère les fougères.
Je gère les fougères.

C’est ensuite à Elayne de regarder Benjamin d’un sourire on ne peut plus discret, et on peut voir dans celui-ci une sincère admiration pour cet homme qui vient de la sauver d’une vie morne et insipide.

Benjamin a conscience d’être l’homme le plus classe du monde, et il en va de même pour Elayne qui en a tout aussi conscience.

Il est trop stylé mon keum ptn.
Il est trop stylé mon keum ptn.

Enfin, dernier plan de cette scène : les deux personnages regardent droit devant sans s’adresser le moindre regard, et le sourire fait alors place à un visage plus circonspect, presque sceptique : ils prennent enfin conscience des conséquences de leur acte, et de tout ce qui en découle : rien n’assure que leur amour va durer, seront-ils toujours amoureux d’ici un an, 10 ans, 30 ans ?

putain on va avoir besoin des apl.
Putain on va avoir besoin des APL.

Le dernier plan du film, s’arrêtant sur le bus qui s’en va nous donne la réponse à cette question, réponse simple et limpide : on s’en bat la race.

Il est impossible de savoir leur avenir, et la question ne réside de toute façon pas là ; tout ce qui importe est leur réussite à avoir pris leur destin en main et à le choisir eux-même. Et les paroles sont vaines :

« And in the naked light I saw

Ten thousand people maybe more

People talking without speaking

People hearing without listening

People writing songs that voices never share

And no one dare

Disturb the sound of silence »

Allez viens dans le bus maaagique
Allez viens dans le bus maaaaaagique.

Un film qui parlera donc à tous les jeunes, confrontés aux problèmes évoqués par le film – études, amour, avenir – et qui surtout marque par la modernité dont les thèmes sont traités alors que 1968 n’est pas encore advenu : que ce soit au niveau du féminisme – où l’on pourra faire remarquer à certains «penseurs» à grand succès livresque que l’émancipation d’Elayne n’implique aucunement la castration de son amant –, de l’importance du statut social et des études – qui passe de prioritaire à anecdotique pour Benjamin – et de l’émancipation par rapport aux parents et à la société.

Un chef-d’oeuvre.

 

Pablo Aguirre de Carcer

Magic in the Moonlight ✭✭✭✭✩

Magic in the Moonlight ✭✭✭✭✩

ATTENTION SPOILERS

Woody Allen n’est pas immortel :

Du haut de ses 78 ans et du rythme infernal de sa cinématographie – quasiment un film par an, il peut apparaître quelque peu malhonnête de remettre en cause certains aspects de ce film : cela ne serait toutefois pas rendre justice à Woody Allen.

Il y a peu à dire quant au jeu des acteurs: une Emma Stone qui ne fait que confirmer son talent, et un Colin Firth démontrant à nouveau qu’il ne se résume pas à un rôle d’anglais coincé séducteur de blondes à culotte gainante.

C’est au niveau de la photographie que le bât blesse: le déclin déjà ressenti dans Midnight in Paris se confirme par la présence à nouveau regrettable de Darius Khnodki, qui pêche par un classicisme et un manque d’originalité flagrant qui loin de rendre le tout désagréable le rend tout simplement neutre.

Néanmoins ceci apparaît anecdotique car il est nécessaire de préciser que Woody Allen ne s’occupe plus exclusivement que du scénario et des dialogues de ses films: et c’est là que malgré une apparente mièvrerie se cache dans ce film un message bien plus profond qu’il n’y paraît.

Et pourtant il est toujours au top du hip-hop.

Intéressons-nous donc à ce qu’il y a de Woody Allen dans ce film.

L’opposition principale se situe entre les deux personnages : d’un côté un rationaliste pur sang, incarné par Colin Firth, de l’autre une fille qui préférera des illusions heureuses à une vérité cruelle, soit Emma Stone.

Le message du film peut sembler simple, voire simpliste à première vue: pour être heureux mieux vaut se bercer d’illusions que leur préférer une vérité cruelle et insipide.

Pourtant, malgré le happy end, il est particulièrement  intéressant de constater que Woody Allen n’a pas cessé de rabâcher dans ses interviews qu’il se retrouvait uniquement dans le personnage de Colin Firth.
Dès lors une question se pose: pourquoi ce happy end alors que Woody Allen, n’ayant plus rien à prouver au monde de cinéma, pourrait tout à fait se contenter d’une film s’achevant sur l’impossible union des deux personnages ?

Tentons une hypothèse, et pour cela, soyons présomptueux: faisons référence à un auteur qui semble parcourir le film.

Woody Allen le sur-homme.

Woody Allen n’a eu de cesse au cours de sa carrière de se réclamer nihiliste, et le personnage de Colin Firth, en dépit d’une apparente – mais qu’il sait illusoire – estime pour la science, incarne parfaitement cette pensée.

Et pourtant, aux antipodes du nihilisme, ce film se découvre profondément nietzschéen ; toutes les thématiques à propos du bonheur, de la vérité – et donc du mensonge – semblent sortir de la pensée de Nietzsche.

Car c’est bien à un brûlot contre la prétention humaine à chercher le bonheur grâce à la science, la connaissance, et donc in fine la vérité auquel nous assistons. (https://www.facebook.com/Lydan/posts/535557636520268)

Dans la Naissance de la Tragédie, Nietzsche affirme que «La connaissance tue l’action, pour agir il faut être obnubilé par l’illusion»; or si Nietzsche nous parle de l’idéal de volonté puissance qui résulte de l’action plus que de bonheur, il est aisé de remplacer ce concept par celui de bonheur ; chose à laquelle nous invite Woody Allen.

Et c’est là que le personnage apparemment simpliste de Colin Firth prend une autre envergure: ne croyant apparemment qu’en la science, c’est bien en tant que magicien et non en tant que chercheur qu’il exerce, conscient que le plaisir qu’il apporte et qu’il éprouve provient bien de l’illusion de la scène et non de la science.

Derrière ce faux-paradoxe se cache implicitement Woody Allen: dépressif auto-proclamé depuis ses vingt ans et dont la profession se résume à rire et à faire rire.

Ainsi, personne dans ce film ne ment autant que Colin Firth, dont la peur de la vérité – qui n’est rien d’autre que la propre inexistence de la vérité – le pousse dans un mensonge dont il s’extirpe avec grande difficulté.

Profondément nietzschéen certes, mais pas totalement ; lors de la scène de l’accident de la grand-mère, Colin Firth se prête à une prière, puis face à la guérison de sa mère s’exclame que cela n’est dû qu’à la science médicale et non à sa prière.

Or c’est celui qui l’a dupé tout au long du film – joué par l’excellent Simon McBurney – qui lui répond peu ou prou «Qu’en sais-tu réellement? Et la vérité mon frère: qu’est-ce qu’on en a à foutre?»

C’est là où Woody Allen se distingue – surpasse ? – de Nietzsche dont le mépris pour la morale judéo-chrétienne était profondément ancré dans sa pensée ; peu importe en ce que vous croyez, peu importe que vous soyez un sur-homme ou un sous-homme : cherchez juste à être un homme heureux.

Woody Allen brandit ainsi le totem de sa philosophie: construire sa vie de façon illusoire, ce qui peut être une véritable galère, mais qui fera de nous des gens heureux – totem qu’il brandit tout en voulant le partager à monsieur  «tout-le-monde.»

En somme, Magic in the Moonlight apparaît comme la suite logique d’un autre très grand film de Woody Allen dont le titre résume parfaitement toute sa cinématographie: Whatever works.

Pablo Aguirre de Carcer

Magic_in_the_Moonlight

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Interstellar, de Christopher Nolan ✭✭✭✭✭/✩✩✩✩✩

Interstellar, de Christopher Nolan ✭✭✭✭✭/✩✩✩✩✩

POUR  ✭✭✭✭✭

« Incroyable », « le meilleur film de tous les temps »… Les premières critiques d’Interstellar, le nouveau film évènement de Christopher Nolan, étaient, avant même sa sortie en salle, des plus élogieuses. Ce film, c’est l’histoire d’un voyage interstellaire qui repousse les limites de nos connaissances actuelles, mais c’est aussi celle d’un homme avec un rêve inachevé à qui l’on donne une opportunité unique de le réaliser, d’un père qui doit dire adieu à sa fille, d’un sacrifice pour le bien d’une cause plus grande… En bref, Interstellar est bien plus qu’il n’y parait.  C’est une œuvre vertigineuse, ingénieuse et comme l’a si bien dit Brad Bird : « intelligente et ambitieuse ». Nolan maîtrise pleinement son sujet et le film est une nouvelle claque visuelle, mais au-delà de cela, il est aussi composé d’un scénario passionnant qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière minute.

Une approche plus humaine

                Christopher Nolan est un réalisateur très apprécié du grand public mais régulièrement été critiqué pour trop s’attarder sur le scénario et laisser de côté ses personnages et leur personnalité propre. Dans ce nouveau film, il semble y avoir remédié. Plus encore, la relation entre le père et la fille est cette fois-ci au cœur de l’intrigue. Le réalisateur ajoute donc un côté très humain au film que l’on peut remarquer en découvrant les multiples parallèles entre les plans du père et ceux de sa fille, se trouvant à des millions de kilomètres de lui. L’une des premières qualités du long-métrage, c’est qu’il soit proche de nous en dépit du fait que l’histoire se passe dans une galaxie immensément loin de la nôtre. Pour créer ces personnages, Nolan s’est appuyé sur un superbe casting avec de très belles prestations. On notera celle de l’oscarisé Matthew Mcconaughey dans le rôle-titre, qui a été choisi par la production pour son interprétation (de la figure paternelle) dans Mud, et qui est une nouvelle fois très crédible dans un registre qui ne lui est pourtant que peu commun. C’est aussi le cas du brillant trio composé de la prometteuse Mackenzie Foy, Anne Hathaway et Jessica Chastain, que l’on ne présente plus. Enfin, comment parler du casting sans citer le toujours aussi fringuant Michael Caine, qui accompagne Nolan pour la 6ème fois consécutive.

Un blockbuster sur fond d’astrophysique

                Dans Inception il était question du sommeil et des rêves qui le peuplent, dans Le Prestige de la magie et de ses secrets. Bref, Nolan s’amuse à nous faire réfléchir. Une fois n’est pas coutume, il s’est inspiré d’un sujet certes apprécié du grand public mais aussi diablement compliqué à comprendre. Pour écrire son intrigue et réaliser son long-métrage, Nolan s’est en effet appuyé sur les théories et calculs de l’astrophysicien mondialement reconnu Kip Thorne. Il en résulte donc un film qui parle de théorie de la relativité, de distorsion de l’espace-temps, un film peuplé de trous de verre, de trous noir (le visuel de ce dernier est en effet totalement basé sur les calculs de ce scientifique, que l’ordinateur a simplement modélisé). Un film qui réussit à mettre en image tout ce que l’homme n’a jamais pu voir et n’a pu qu’imaginer. Attendez-vous donc à être à la fois bluffé par la qualité des images, par leur virtuosité mais aussi à être emporté par un scénario qui ne cessera de vous surprendre. Car l’un des véritables coups de forces du réalisateur c’est d’avoir tenu son intrigue secrète jusqu’au dernier moment, ne révélant dans le synopsis et différentes bandes annonces que le première acte du film. Ce qui est important pour lui, c’est de conserver au moins « 2 minutes d’expériences fraiches » du spectateur.

 « Nous sommes des explorateurs »

                Jessica Chastain et Matthew Mcconaughey l’ont parfaitement résumé lors d’une récente interview, cet Interstellar symbolise pleinement le trip absolu de l’explorateur. Quoi de mieux que de suivre les aventures de quatre astronautes voguant à travers l’immensité d’une galaxie inconnue ? C’est aussi en cela qu’Interstellar est un film à voir : c’est une épopée de près de trois heures après quoi on ressort bouleversé, transformé et surpris, c’est une véritable expérience cinématographique, plus encore qu’une simple expérience visuelle. Là aussi, la force de l’équipe de production du film aura été de réaliser un tel film sans utiliser d’écran vert, en se basant seulement sur des effets spéciaux certes moins modernes mais particulièrement efficaces et qui renforcent la crédibilité de ces images. De plus, le réalisateur s’est une nouvelle fois refusé à diffuser le film en 3D, mais l’a produit en Imax, ce qui n’enlève rien à la beauté du film, bien au contraire.

Une inspiration kubrickienne

                En plus de Star Wars, qu’il présente comme source d’inspiration de chacun de ses long-métrages, Christopher Nolan s’est inspiré de 2001 : l’odyssée de l’espace pour façonner son film. Et  cela se ressent par certaines prises de vues particulières mais aussi par la manière avec laquelle Nolan gère le son, notamment les silences lorsqu’il s’agit d’une vue depuis l’espace. Ces silences justement, utilisés à bonne escient,  viennent alors ajouter un degré supérieur d’intensité et de suspens complétant idéalement un visuel déjà très abouti.

L’unique reproche que l’on peut faire au film dans son ensemble serait que la bande originale a été réalisée par Hans Zimmer sans qu’il ne connaisse le scénario, Nolan voulant éviter toute fuite de celui-ci. La musique est belle et entrainante mais ne colle pas toujours avec l’intrigue.

Vous l’aurez compris, Interstellar est sans aucun doute l’un des films de cette fin d’année à ne surtout pas manquer. Si vous aimez la science-fiction, l’aventure, l’espace, l’inconnu et l’accent de Matthew Mcconaughey (car ce film est à voir absolument en VO), alors vous aimerez cette odyssée des temps modernes.

Alexandre Carrier

CONTRE ✩✩✩✩✩

Les superlatifs n’ont pas manqué dans la presse pour décrire Interstellar, le nouveau produit phare du catalogue Nolan (les qualités de vendeur de Christopher Nolan sont indiscutables). Cependant, en y regardant de plus près, c’est voici qui parle d’un film «  au panthéon »  et Closer de «chef d’oeuvre ». Le Monde, de son côté, évoque plutôt de la « gélatine scientifique assommante » et une « héroïsation qui confine au ridicule ». Merci ! Ces critiques sont encore trop douces. Interstellar est le film le plus nul de l’histoire des 7 derniers mois.

Le scénario est en tout point affligeant. Nolan nous vend un film censé faire l’éloge de la science et de l’esprit cartésien des pionniers américains mais mélange la gravité, le temps, et l’amour dans un charabia scientifique caricatural nous expliquant que la cinquième dimension est en fait une bibliothèque géante (c’est la conclusion métaphysique du film).

Les idées scénaristiques complètement absurdes de Nolan donnent lieu, en toute logique, à des dialogues improbables et décevants. Les astronautes prennent des décisions cruciales pour leur survie en donnant l’impression de jouer à pierre feuille ciseaux. On apprend au cours du film que l’amour est en fait la clé spatio-temporelle qui va permettre de sauver l’humanité (dans le 5e élément, ça paraît cool, ici ça paraît débile). Et évidemment, deux phrases sur trois prononcées par les acteurs principaux traitent du sauvetage de l’humanité entière, ce qui donne d’abord sommeil puis finit par agacer.

Par dessus le marché, Nolan tente de nous rabâcher sa mayonnaise habituelle complètement périmée. On a droit, par exemple, aux décalages temporels. Un astronaute vit 3h quand son pote dans un vaisseau à côté vit 23 ans. Résultat : sa barbe de trois mois arbore quelques poils blancs et il fait un peu la gueule quand ses potes reviennent, mais juste un peu. « Ben oui quoi, on s’est pas vu pendant 20 ans les gars, vous croyez toute de même pas que je vais vous dire bonjour direct … ».

Les acteurs donnent ce qu’ils peuvent, mais avec un tel scénario, dur de faire une bonne performance. Matt Damon tout particulièrement donne l’impression de se perde dans son propre espace-temps à chacune des ses répliques, prononcées avec la sincérité d’un adolescent qui explique qu’il ne s’est jamais masturbé.

La musique achève cet élégant navet. Le piano mélodramatique à outrance qu’on entend sans relâche tout au long du film et qui pèse toujours plus lourd à chaque ralenti rend le film vraiment imbuvable.

Nolan réussit finalement la prouesse de nous faire vivre un véritable décalage temporel : 2h40 m’ont paru 28 ans et 5 mois et demi dans cette salle de cinéma.

Si seulement le film assumait la profondeur abyssale de son inconsistance ! Mais le problème des films de Nolan, c’est qu’ils sont toujours vendus comme les derniers chefs-d’œuvre cinématographiques. « Tu savais que les images du trou noir sont tirées d’un modèle mathématique, c’est la première fois qu’on met en image des trous noirs d’une manière aussi réalistes ! » peut-on entendre autour de soi. Mais quand on assiste à un stade aussi évolué de pitrerie sur le fond, les belles images sur la forme ne servent à rien. D’abord, on se demande si Nolan n’est pas en train de se moquer ouvertement du monde entier, puis on réalise le gâchis que représente le travail de tous les designers et animateurs 3D qui ont travaillé plusieurs mois voire années à la réalisation d’une telle imposture.

Comparer ce film à 2001 l’odyssée de l’espace revient à mettre sur le même piédestal le travail de Nabilla et celui de Voltaire, autrement dit de la folie totale. Au final, le film passe pour prétentieux et donne envie de vomir son argent en sortant de la salle. S’il vous plaît, n’allez pas voir ce film.

 Victor Matei


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Mommy de Xavier Dolan ✭✭✭✭✭

Mommy de Xavier Dolan ✭✭✭✭✭

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Le festival de Cannes constitue un espace temps assez particulier. Il n’est pas rare qu’un film suscite une euphorie générale, anime toutes les discussions passionnées des festivaliers. On pense par exemple à Elephant, à Drive ou l’année dernière à La Vie d’Adèle. Mommy fait clairement partie de ceux là, et constituait pour beaucoup un favori pour la palme.

Mommy, c’est donc le nouveau film du petit prodige québécois de seulement 25 ans, seulement 1 mois après la sortie en salles de Tom à la Ferme. Dans un style très éloigné du thriller psychologique du précédent, on suit ici le quotidien d’un ménage plutôt insolite, la mère célibataire Die, son fils Steve souffrant de troubles du comportement ADHD, et de leur voisine devenue bègue à la suite d’un obscur traumatisme.

La première chose qui frappe dans ce film, c’est le format carré de l’image. Le cadre constitue le premier élément murant le trio dans leur quotidien tragique. Dolan porte un intérêt tout particulier à empêcher ses personnages de sortir de ce cadre, les gros plans suivent naturellement leurs visages et créent une intimité propice à une expression émotionnelle extrêmement forte. Si Xavier Dolan avait parfois l’habitude de trop en faire, par trop grande ambition ou par snobisme, il trouve ici un équilibre parfait entre le raffinement de sa mise en scène et la qualité de l’écriture. Sans s’intéresser à un « grand sujet » comme celui de Laurence Anyways, ni forcer le sentiment, il trouve le créneau idéal à cette émotion qui lui est si chère (lui qui cherche avant tout à toucher le spectateur). Car si bien des qualificatifs pourraient convenir au film, le plus approprié est certainement celui de raz-de-marée émotionnel. Tout le succès du film réside dans l’intensité avec laquelle les trois personnages existent à l’écran, la façon dont ils interagissent pour créer un microcosme si fort, cette relation d’amour-haine puissance 1000 entre la mère et son fils.

Cette surcharge d’émotion parvient à ne pas être pesante pour le spectateur grâce à l’utilisation sublime et décisive de la musique. Elle est ici salvatrice, intervient souvent comme des grandes respirations qui suspendent la tension, où les personnages se détachent de leurs problèmes. Elle intervient aussi par moments comme déclencheuse, canalisatrice. La bande son est parfaitement adaptée et même si les morceaux ne sont pas d’une originalité folle, ils trouvent naturellement leur place dans le déroulement du film en sublimant le récit et en faisant décoller le spectateur.

Mais la plus grande force de Mommy est sans aucun doute le jeu de ses trois acteurs principaux. Ils excellent tous trois dans des registres différents. Antoine Olivier Pilon, présent déjà dans le clip d’Indochine réalisé par Xavier Dolan, est la révélation du film, si ce n’est du festival (seulement 17 ans). Sa performance faite de sautes d’humeurs incessantes est réellement prodigieuse, les moments de tendresse ou de pure folie s’enchainent naturellement avec une fluidité de jeu parfaite. Le metteur en scène accorde un rôle important à la parole, Anne Dorval avec son débit mitraillette et son langage argotique de camionneur, dont la performance atteint des sommets, et Suzanne Clément, la bègue timide sont en opposition totale, et se complètent idéalement. Tous trois donnent vie à des personnages singuliers, attendrissants et beaux.

On a beau trouver au film plusieurs détails agaçants, dans l’excès de style et la surenchère du dialogue, l’ampleur, l’éclat des sensations annihilent tous les reproches, les rendent dérisoires. Ces deux heures et quelques passées avec Die, Steve et Kyla furent sûrement les plus fortes du festival, un grand moment ce Mommy.

Avran Thépault

affiche mommy

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[Cannes 2014] Un Certain Regard

[Cannes 2014] Un Certain Regard

as-i-lay-dying-james-franco-bande-annonce En parallèle de la compétition officielle, c’est dans Un Certain Regard que le public cannois peut découvrir les réalisateurs de demain. 18 films ont été présenté tout au long du festival, parmi eux, Lost River, la première réalisation de Ryan Gosling, Eleanor Rigby, inspiré par la fameuse chanson des Beatles et avec Jessica Chastain dans le rôle principal, ou encore Le Sel de la terre, le nouveau film de Wim Wenders. Cette année c’est le film hongrois White God qui a obtenu le prix du meilleur film. L’ACD a pu découvrir 4 de ces 18 films, en voici des courts ressentis:

White God, de Kornel Mundruczo Prix Un Certain Regard 2014

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En compétition officielle en 2010 pour Tender Son – The Frankenstein Project, le réalisateur hongrois Kornel Mundruszo revient pour la troisième fois à Cannes, cette fois-ci dans la catégorie Un certain regardLauréat de ce prix, White God est un film déroutant et ce dès la scène d’ouverture. Lili, une pré-adolescente rebelle, y fait du vélo dans un Budapest désert quand apparaît soudainement une horde de chiens à ses trousses (voir photo). Malgré le choc de cette ouverture le rythme baisse rapidement, et  l’on suit parallèlement au parcours de Lili les mésaventures de Hagen, son chien bâtard. Le réalisateur emploie tout d’abord les codes du film animalier pour enfant, mais la réalisation se tourne peu à peu vers le film d’horreur au fil de la transformation du chien, dans un style pastiche assez réussi. En effet jusqu’alors entouré de l’amour de Lili, Hagen apprend la méchanceté au contact des autres chiens et surtout de l’Homme. Après être devenu chien de combat, il lance alors un cri de révolte à tous ses frères opprimés et devient le leader d’un mouvement canin dévastateur.

Le titre est une référence au roman de Romain Gary Chien Blanc (White Dog) dans lequel un chien est dressé pour n’attaquer que les Noirs. Le film est en fait un réquisitoire contre l’homme Blanc (comparé à un Dieu) et sa toute puissance. Mundruczo cherche ainsi à nous prévenir que nous sommes à l’aube d’une révolution : il a déclaré avoir utilisé le chien pour avoir une plus grande liberté narrative. Dans ce Spartacus canin, la haine de l’Homme se retourne contre lui même dans un bain de sang vengeur. Si le film souffre d’une certaine facilité réalistique ou encore d’un aspect social -au premier degré- inutile, il contient des scènes fascinantes et pousse le spectateur à la réflexion. Le fait qu’il ait remporté le prix peut surprendre au vu de l’ecclectisme de la sélection Un certain regard, mais White God s’avère être un film plus intelligent qu’il n’y paraît et souvent jouissif.

Samedi 31 Mai à 15h10 et Lundi 2 Juin à 17h35 au Reflet Médicis

Party Girl, de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis Caméra d’Or 2014 (meilleur premier film)

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Party Girl, qui a ouvert la sélection Un Certain Regard et remporté le prix de la Caméra d’or, est un film autobiographique pour Samuel Theis, un des trois co-réalisateurs. En effet sa mère y joue son propre rôle : celui d’Angélique, une danseuse de cabaret de soixante ans, qui voit un jour un de ses clients lui faire une demande en mariage.

Sans tomber dans le voyeurisme ou l’artifice, travers dans lequel il est facile de tomber en choisissant un tel thème, le film se veut sincère et troublant par son réalisme : les personnages ne sont pas lisses et aucune Happy End n’est à attendre. Cependant, si aucun jugement n’est porté sur les choix que fait Angélique (sur son mariage, ses enfants) et si le film reste positif, c’est avant tout parce qu’Angélique représente un être libre qui s’assume pleinement, une sorte d’Antigone moderne qui n’appartient à personne.

Samedi 31 Mai à 20h et Mardi 3 Juin à 15h30 au Reflet Médicis

La Chambre Bleue, de Mathieu Amalric

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Des mots d’amour, ou plutôt des mots après l’amour, un interrogatoire à la préfecture de police, une conversation avec son épouse… : les mots perdent leur sens, les images ne sont pas fiables non plus. Amalric place le spectateur, à travers une réalisation élégante et un montage intelligent, dans l’incertitude, devant ce qu’il entend et ce qu’il voit. Tout le récit du film découle de la scène de passion originelle, qui ne cesse de revenir comme une partition tout au long du film ; elle semble, pourtant, irréelle, déconnectée du reste, désynchronisée en elle-même, mais c’est elle qui déterminera tout le drame à venir. Mathieu Amalric, se filmant sans prétention, réussit à captiver le spectateur, en quête d’une vérité toujours insaisissable : les mots sonnent faux, mais le jeu, la mise en scène sonnent juste. La Chambre bleue est une œuvre originale, autour d’un récit traditionnel, qui témoigne de la qualité, et de la certaine audace, du travail de réalisation d’Amalric.

Déjà en salles

Incompresa d’Asia Argento

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Asia Argento, actrice et réalisatrice connue pour son talent, ses frasques et pour être la fille de Dario Argento, nous offre une comédie au goût amer présentée à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard. Si la réalisatrice jure que le film n’est pas autoboigraphique, on se permet d’avoir quelques doutes. En effet le film suit le parcours d’une petite fille de 11 ans, Aria, naviguant de foyer en foyer, entre une mère aimante mais irresponsable, et un père acteur egocentrique. L’irrationalité des personnages introduit une comédie absurde, pas avare en humour mais dont on regrettera la morale trop évidente.

Mercredi 28 Mai à 19h35 et Mardi 3 Juin à 13h20 au Reflet Médicis

Vous pouvez découvrir tous ces films en avant-première jusqu’au 3 juin au Reflet Médicis, rue Champollion. Découvrez le programme complet sur l’Event FB

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