Rubber

Rubber

de Quentin Dupieux

C’est l’histoire d’un pneu meurtrier qui sème la terreur dans le désert californien. Pardon, vous pouvez répéter ?
C’est vrai qu’en lisant le pitch de « Rubber », on peut vraiment s’attendre au pire. Comment le réalisateur va-t-il réussir à nous intéresser à une histoire aussi absurde, et cela pendant 1h30 ?
Et bien c’est un pari réussi pour Quentin Dupieux ! Du moins si vous aimez les films un peu étranges. Le policier en charge de l’enquête l’annonce lui-même aux spectateurs (représentés à l’écran !) dans la scène d’ouverture, ce film, comme de nombreux chefs d’œuvre, est érigé à la gloire du no reason. Pourquoi un pneu vient-il à la vie et massacre tous ceux qu’ils croisent ? Aucune raison, et au final ce n’est pas le plus important. D’ailleurs, ce pneu n’est-il pas semblable aux meurtriers des classiques de l’horreur, mutique et tuant sans mobile apparent, à l’image de Leatherface, Jason ou encore le tueur de Scream ? En plaçant la caméra à sa hauteur, Quentin Dupieux nous met au plus près du pneu et nous fait presque oublier l’apparence ridicule de ce monstre.
Mais là où le film est particulièrement intéressant, c’est qu’il prend un recul énorme sur son sujet principal en nous offrant une véritable réflexion sur le cinéma. Les spectateurs que nous sommes sont représentés à l’écran par un groupe d’Américains qui voient comme nous le film. Grossiers, irrespectueux, critiquant chaque détail de l’intrigue, le réalisateur n’hésite pas à les comparer à des animaux et à finalement tous les tuer. La frontière entre le faux et le réel est floue et ces deux mondes sont en perpétuelle interaction. Elle témoigne de la difficulté de tout réalisateur de mener à bien une œuvre personnelle sans pouvoir s’affranchir des attentes de ceux pour qui elle existe, les spectateurs.
Rubber n’est donc pas juste un film d’horreur très spécial. Ovni cinématographique, il saura plaire aux fans du réalisateur (dont c’est le premier film que je vois) et à ceux qui apprécient tout ce qui sort un peu de l’ordinaire.

Sortie en salles le 10 novembre

Les Petits Mouchoirs

Les Petits Mouchoirs

Les Petits Mouchoirs, de Guillaume Canet,  raconte l’histoire d’une bande de potes parisiens, la bande de potes de Canet en somme. Le film s’ouvre sur un plan-séquence conduisant au terrible accident de moto de Ludo, le mec marrant mais un peu camé (campé par Jean Dujardin, que l’on n’aperçoit que très brièvement durant les 2h30 du film). Confrontés à ce drame, les amis décident de maintenir leur habituel voyage dans la maison du Sud de Max (François Cluzet, très drôle dans son rôle de maniaque), car « ils ne peuvent rien vraiment faire de plus pour Ludo en restant à Paris ».
Pendant 2h30, nous suivrons les rires et les larmes, les réconciliations et les disputes, les amours (re)naissantes et les ruptures de cette bande d’amis qui pourrait être la nôtre. Des personnages qui évolueront durant ces deux semaines estivales pour enfin atteindre l’âge adulte.

Mais au final, que peut-on dire de ce film surmédiatisé et considéré de l’aveu-même de Canet comme « le film de sa vie » ?
La vérité est que l’on passe un agréable moment. Bien qu’ils correspondent à la typologie habituelle de la bande de potes au cinéma (le dragueur qui ne veut pas s’engager, le maniaque, l’homo refoulé, la bonne copine dont tout le monde est amoureux …), on s’attache aux personnages dessinés par Canet. Le casting 5 étoiles et la très bonne alchimie entre les acteurs y est pour beaucoup : on a véritablement l’impression que la complicité observée à l’écran existe dans la vraie vie. Si les comédiens n’affichent pas un réel jeu de composition (en-dehors de Cluzet, dont je ne suis pas fan mais que j’ai trouvé ici excellent), notamment Gilles Lellouche qui nous fait du classique Gilles Lellouche, cela leur permet d’être très crédible et contribue à l’identification du public. Même les seconds rôles, de Mathieu Chedi à Maxim Nucci en passant par Nassim le prof de gym philosophe, sont très bons.
Le reproche principal que l’on peut faire à Canet est de s’être trop attaché à son sujet au point d’en oublier le travail nécessaire de montage. Car si l’on ne s’ennuie pas, l’histoire ne mérite pas les 2h30 que le réalisateur lui accorde. Par ailleurs, on est un peu déçus de voir Canet céder parfois à la facilité en amenant le film exactement là où on l’attend et en brossant un portrait de personnages pas très original. Si vous n’aimez pas que l’on joue avec votre sensibilité ou les bons sentiments, vous risquez d’être horripilé par la scène finale.
Alors si vous voulez rire, si vous voulez pleurer, allez voir ce film. L’œuvre tient ses promesses et on ne peut que la recommander en cette année un peu faiblarde sur le plan cinématographique. Mais surtout, pensez à prendre vos petits mouchoirs…

Arié C.

Le Voyage Du Directeur Des Ressources Humaines

Le Voyage Du Directeur Des Ressources Humaines

Drame d’Eran Riklis, sorti en décembre 2010

Jérusalem, 2002. Suite à la mort d’une de ses employées dans un attentat-suicide, le Directeur des Ressources Humaines d’une importante boulangerie de la ville doit transporter le corps de la victime dans son pays natal, en Europe de l’Est. Un voyage pour racheter l’image de la société, qui sera semé de péripéties et lui permettra de se retrouver en harmonie avec lui-même (comme c’est beau !).

Après « La fiancée syrienne », Eran Riklis nous présente un sujet moins grave. Si la première partie du film, en Israël, est entourée d’une atmosphère assez lourde, le film tend vite vers la comédie, lorsque le personnage principal (le DRH du titre) arrive en Europe de l’Est. Dès le début du film, on devine l’histoire : chaque fois que le DRH pense arriver au but, il est confronté à de nouveaux obstacles, qui transforment ce très court déplacement en véritable road trip. Sur la route, il va rencontrer des personnages hauts en couleur mais qui restent très clichés, comme le méchant journaliste qui est en fait très sensible ou le fils rebelle de la défunte avec qui le DRH va entretenir une relation père/fils. Eran Riklis respecte les codes du road movie en y apportant uniquement comme originalité le choix du lieu. On aurait pu attendre mieux de ce réalisateur maintes fois primé. Il est rare qu’un road movie soit vraiment mauvais, on passe donc un moment agréable, mais vite oublié. Dans la catégorie « films israéliens de 2010 », préférez le très beau « A cinq heures de Paris » de Leon Prudovsky.

Machete

Machete

Vous l’attendiez, il est arrivé le Machete nouveau !
Histoire peu commune que la naissance de ce film.
A l’origine, c’était une bande annonce bidon qui séparait le film « Boulevard de la mort + Planet terror ». Sauf que la bande annonce a eu un succès fou auprès des fans du duo Tarantino /Rodriguez. Du coup, pas folle la guêpe mexicaine, le film est vraiment réalisé.

Sur le papier, l’histoire c’est quoi ?
Machete est une grosse brute mexicaine, ancien flic, dont la femme a été assassinée par un méchant mexicain alors qu’il se livrait à une mission périlleuse.
Quelques années plus tard, alors qu’il est à la retraite, il est engagé comme tueur à gage pour assassiner le sénateur McLaughlin (Robert De Niro) candidat la gouvernance du Texas.
Victime d’un complot politique orchestré par l’homme qui se cache derrière le sénateur, Machete est abattu mais pas mort.
Il revient pour se venger sans savoir encore que cet homme de l’ombre est en fait l’assassin de sa femme…

Le film est un bijou de second degré où l’univers Rodriguez bat son plein. Hymne à la gloire du machisme, des flingues, des bombes sexuelles et répliques décalées déjà cultes avant la sortie du film, Rodriguez ne se prend pas au sérieux et nous offre un pur moment de divertissement dans le bon sens du terme.
Danny Trejo (Spy Kids, Desperado, Heat, Une nuit en enfer) campe très bien son rôle de grosse brute, le visage complètement lacéré par la vie et les yeux criant « vengeance ». Il nous a régalés lors de la première en découvrant son manteau long qu’il avait garni de machettes à l’intérieur du veston !
Mais Machete c’est aussi un casting de rêve avec la (très) belle Jessica Alba, Steven Seagal, Lindsay Lohan, Megan Fox (oui messieurs), Michelle Rodriguez…
Entre sex, drugs et machettes, le rythme est rondement mené, et sous ses faux airs de navets, le film vous scotche. Le scénario est bon et les acteurs aussi (mention spéciale à Cheech Marin dans le rôle du père Del Toro pas très catholique, et à Robert De Niro, absolument hilarant). Mais ce film doit surtout sa réussite à la mise en scène impeccable du Roberto qui a su réutiliser toutes les fausses scènes de la bande annonce originale et à les insérer parfaitement dans la continuité du film.
Finalement, ceux qui pensaient voir un nanar prétendent le contraire à la sortie, tandis que les fans avant l’heure exultent, la bouche déformée par le nom du réalisateur qu’ils crient à qui mieux mieux.
Et nous aussi nous crions « Rodriiiiiiiigueeez » !!!

Peter F.

Machete de Robert Rodriguez, sortie le 3 Novembre 2010

Pieds Nus Sur Les Limaces

Pieds Nus Sur Les Limaces

A la suite de la mort de sa mère, Clara (Diane Kruger) décide de retourner vivre quelques temps dans la maison familiale à la campagne pour s’occuper de sa jeune sœur, Lily (Ludivine Sagnier), une enfant dans un corps de femme. Cela ne sera pas sans conséquences sur sa vie de couple.

« Pieds nus sur les limaces ». Un titre un peu spécial mais à l’image du film : champêtre et décalé. Tourné caméra à l’épaule, il se rapproche au plus près de ses personnages pour retranscrire de manière très juste cette relation entre une sœur qui n’a pas su grandir et l’autre qui a suivi le chemin désiré par ses parents pour compenser. Que l’on aime Ludivine Sagnier ou pas, elle incarne parfaitement ce personnage déluré. Alors qu’il aurait pu être vite énervant, il devient attachant et drôle, notamment grâce à certaines de ses répliques (« j’ai fait médecine, mais du côté des malades »). Diane Kruger est elle aussi très crédible dans son rôle. Avec de nombreux plans rapprochés et une omniprésence à l’écran des deux actrices, le spectateur s’immisce dans cette relation.
Sans apporter grand-chose au cinéma, le film s’avère différent des productions habituelles et étudie bien l’amour/haine entre deux sœurs qui, malgré leurs oppositions, se ressemblent. On pourra reprocher le choix d’une fin simpliste et baba cool à la réalisatrice, ainsi que quelques longueurs. Soyez tout de même prévenus : « Pieds nus sur les limaces » est un film qui n’a pas fait l’unanimité : bien qu’intéressant, vous pourrez mourir tranquille sans l’avoir vu.

La Princesse De Montpensier

La Princesse De Montpensier

L’histoire : les tribulations amoureuses de la Princesse de Montpensier (Mélanie Thierry), convoitée par le Duc de Guise (Gaspard Ulliel), le Duc d’Anjou (Raphaël Personnaz), son mari le Prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet) et son précepteur, le Comte de Chabannes (Lambert Wilson). Rien que ça !
Un film d’époque de plus de deux heures sur les histoires de cœur d’une princesse ? Pour un djeuns, dauphinois par-dessus le marché, l’idée n’était franchement pas alléchante. C’est donc naturellement à reculons (et en faisant un peu exprès d’arriver quinze minutes après le début de la séance) que l’on se dirige vers la salle obscure qui va nous faire revenir cinq siècles en arrière. Et là ? O surprise ! Ce qui devait être un somnifère pour rattraper quelques heures de sommeil de retard s’avère être un bon film.
Première raison : la réalisation. Tavernier a su faire ses preuves par le passé et n’était pas attendu au tournant, mais cela ne l’empêche pas de nous livrer un très bon produit. Habile aussi bien dans les quelques scènes de bataille que dans celles de dialogue, il arrive à nous intéresser au destin de cette jeune fille, sans jamais tomber dans la surenchère. Par ailleurs, costumes, décors, tout est très bien.
Deuxio : les acteurs. Sans atteindre des sommets, ils sont tous parfaits dans leur partition. Malgré le phrasé d’époque, ils sont tous convaincants et parviennent à capter l’attention du spectateur. Lambert Wilson surfe sur la vague du vieux sage après « Des hommes et des dieux », Gaspard Ulliel nous ressort le jeu du rebelle fougueux, Mélanie Thierry joue l’éternelle femme-enfant. Rien de très nouveau certes, mais c’est efficace ! On ne sera pas très original en disant que Raphaël Personnaz est l’une des révélations du film. Mais, n’ai-je pas oublié quelqu’un ? Oh mais si, ce cher Grégoire à la voix chevrotante ! Les cinéphiles dauphinois sont gentils, mais ils n’aiment pas qu’on les prenne pour des idiots. Et à un moment il faut savoir s’arrêter ! On pouvait excuser sa prestation dans « L’autre monde » en raison de la médiocrité générale du film, mais là Monsieur, on joue dans la cour des grands ! Et plisser les yeux pour signifier que l’on pleure ou pousser des petits cris aigus pour jouer la colère, cela passe peut-être dans des séries B, mais pas chez Bertrand Tavernier ! Allez, on est vraiment gentils, on te laisse une dernière chance. Mais alors vraiment une dernière !
Tertio : allez, pas de tertio, sinon personne n’arrivera au bout de cette critique. Plutôt une conclusion. La Princesse de Montpensier est un excellent film d’époque. Tavernier a fait du très bon boulot : la preuve, les 2h20 du film donnent plus l’impression d’être 1h40. Seul problème : cela reste un film d’époque. Et par conséquent, c’est toujours moins fun qu’un Social Network (que vous devez courir voir si ce n’est pas déjà fait !).

Arié

L’Homme Qui Voulait Vivre Sa Vie

L’Homme Qui Voulait Vivre Sa Vie

Vous avez vu le clip de 35 minutes de Kanye West ? Si c’est le cas, je peux vous dire que j’adore ce mec et que j’attends avec impatience de le revoir sur scène. Sinon, tant mieux, car ce n’est pas du tout l’objet de cette critique. Car ici, nous allons vous parler, certes un peu sous les effets de l’alcool, de la dernière production EuropaCorp, L’homme qui voulait vivre sa vie.
Le film raconte comment Paul Exben, un trentenaire menant une vie « parfaite » (sur le point de prendre la direction d’un prestigieux cabinet d’avocats, marié deux enfants, vivant dans une grande maison de banlieue) mais ayant toujours rêvé de vivre de sa passion, la photo (cela aurait pu faire une bonne chanson pour Starmania), voit sa vie basculer le jour où il apprend que sa femme souhaite le divorce et qu’il tue par accident l’amant de cette dernière. Il prend alors l’identité du défunt, lui-même photographe, et décide de vivre sa vie, celle d’un homme affranchi des attentes des autres et libre de se réaliser à travers sa passion.
C’est bien joli tout ça, mais qu’est-ce que ça vaut ? Eh bien figurez-vous que c’est plutôt bon ! Ceux qui méprisent à tort la société de Luc Besson en l’associant uniquement à des grosses productions à l’américaine auront la preuve de la diversité et de la qualité de ses productions. Romain Duris prouve une fois de plus que, malgré sa personnalité un peu énervante, est l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Les seconds rôles, tout en restant dans leur registre (Marina Foïs en épouse froide et quelque peu antipathique, Niels Arestrup en vieux bourru), sont très efficaces. Eric Lartigau, plutôt habitué aux comédies comme « Prête-moi ta main » ou « Qui a tué Pamela Rose ? », s’avère très habile dans un registre plus sérieux, en nous offrant de jolis plans sans jamais en faire trop. Et enfin, l’histoire, adaptée du livre de Douglas Kennedy, est prenante. Car au fond, qui n’a jamais rêvé de vivre sa vie comme Paul Exben ? De tout claquer et de reprendre à zéro pour devenir quelqu’un d’autre, de se donner une nouvelle chance ? Mais à l’époque de Facebook et de la mondialisation, est-ce vraiment encore possible, comme le suggère le film en filigrane ?
« L’homme qui voulait vivre sa vie » vaut donc le détour. Tout en restant très français, il présente toutes les qualités d’un bon film américain. Espérons qu’il saura être un bol d’air pour EuropaCorp en cette année un peu morose pour cette société phare du cinéma en France.