« Call me by your name » : une histoire d’amour qui se distingue par sa singularité et sa force

« Call me by your name » : une histoire d’amour qui se distingue par sa singularité et sa force

Elio, 17 ans, passe l’été 1983 dans la villa italienne de ses parents, et passe ses journées entre son piano, ses livres, son amie Marzia et l’érudition de son père. C’était jusqu’à l’arrivée d’un pré-doctorant américain, Oliver, aussi exaspérant qu’imprévisible…

Le premier tour de force de « Call me by your name » est cette immersion dans une atmosphère plus que particulière. Pour ce faire, trois ingrédients : un contexte, une plastique, un milieu social. Le contexte, celui des vacances d’été sous un soleil brûlant, est familier pour la plupart des spectateurs. Les amitiés estivales, les baignades, les soirées, les lectures au bord de l’eau évoquent un agréable sentiment de paresse, de repos. Cette impression est sublimée par les images et la musique, qui se font d’ailleurs écho parfaitement. « Call me by your name » est un film lumineux, coloré, verdoyant… Et la bande originale de Sufjan Stevens l’est tout autant. Les morceaux de piano du personnage principal, Elio (Timothée Chalamet), ont également une résonance singulière avec cette nature de l’Italie du Nord. Pour que cette atmosphère bien agréable devienne véritablement particulière, il nous faut évoquer le dernier élément : le milieu social dans lequel nous immerge le film. C’est dans une famille d’intellectuels qu’évolue Elio, ce qui justifie la dispersion de références littéraires, historiques et artistiques, et de langues (français, anglais américain, italien). Agaçant ou éclairant, à vous de voir : pour ma part, j’ai particulièrement apprécié l’ancrage dans un milieu d’historiens, ce qui rend certaines scènes poétiques et chargées de symboles : la découverte d’une statue antique sensuelle, notamment, évoque l’érotisme de la relation qui est en train de se former entre les deux personnages principaux.

L’originalité de « Call me by your name » réside de plus dans le thème qu’il aborde : celui de l’apprentissage de l’amour, au-delà des normes. Pour moi, il ne s’agit pas réellement d’un film sur l’homosexualité, mais sur l’amour et l’apprentissage de l’amour. En effet, n’importe qui peut se reconnaître dans la relation forte que vivent Elio et Oliver (Armie Hammer). Elio apprend à aimer, à comprendre qui il aime ; ce film aborde plus le cheminement adolescent sur le sentiment amoureux et l’érotisme, que la quête de son orientation sexuelle. Ainsi, CMBYN parvient à être à la fois universel et singulier : universel dans son thème, la découverte du sentiment amoureux et de la sensualité, et singulier dans l’expression de ce thème (homosexualité, interrogations en arrière-plan sur la différence d’âge dans une relation amoureuse…)

Le rapprochement des personnages est également particulièrement intéressant. Elio, introverti, désorienté et sur la défensive, et Oliver, exaspérant, exubérant et directif… Le match n’était pas évident, et pourtant le film s’attache à retracer avec réalisme et justesse la naissance du sentiment amoureux chez ces deux personnages antagonistes. Oliver provoque et énerve Elio… puis il l’attire. Cette histoire d’amour, assez complexe et travaillée, s’éloigne des schémas habituels du jeu de séduction et des premières ambiguïtés.

Enfin, et ce n’est que l’aboutissement logique d’une atmosphère entretenue et d’un scénario singulier, « Call me by your name » est poignant. Certaines scènes sont impressionnantes de force, de dureté parfois, et ce grâce au jeu des deux acteurs principaux. Sans s’en tenir à l’attendrissement ou au déchirement, certaines scènes mêlent des sentiments contradictoires avec beaucoup de pertinence : la scène de discussion entre Elio et son père est, pour moi, très originale et réussie. Autant les scènes verbales, comme celle que je viens de mentionner, que les scènes plus gestuelles – Elio et Oliver de nuit dans la région de Bergame, ou la fête de village – parviennent à faire passer des émotions fortes. La scène finale clôt magnifiquement ce film par sa pureté ; dans ce film, de manière générale, rien n’est de trop.

Magnifique, puissant, juste, atypique : « Call me by your name » est un des films les plus réussis de 2018.

 

Aude Laupie

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