72e Festival de Cannes : LUX ÆTERNA – Gaspar Noé (2019)

72e Festival de Cannes : LUX ÆTERNA – Gaspar Noé (2019)

Séance de minuit, il pleut beaucoup. Cheveux mouillés, les festivalier.ère.s attendent avec impatience de pénétrer dans le palais afin d’échapper à cette froide pluie cannoise et surtout de découvrir ce que nous a réservé Gaspar Noé pour cette habituelle séance nocturne. Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, héroïnes du film rient très fort sur le tapis rouge, Gaspar Noé au milieu, lunettes de soleil la nuit, tout le monde est en noir, quelque chose d’inquiétant se prépare. L’équipe du film habillée par Yves Saint Laurent, le film étant à l’origine un trailer pour la marque de luxe, font leur entrée dans le palais sous des applaudissements excités, Thierry Frémaux fait une blague et le film commence.

Classique Gaspar, le film débute sur des citations de ses auteurs fétiches pour introduire un film hybride de moins d’1h, dont la citation de Dostoïevski (dans L’Idiot) nous prévient que la minute la plus heureuse que l’on pourrait vivre est celle qui précède la crise d’épilepsie, venons-nous à l’instant de vivre cette minute ?

Le film s’ouvre sur une conversation entre Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg, dans leurs propres rôles avant le tournage du premier film réalisée par Béatrice Dalle. Elles racontent, en split screen, Béatrice à gauche, Charlotte à droite, des histoires de sorcières, des anecdotes de tournage qui rappellent que dans le cinéma les femmes sont souvent réduites à des objets sexuels, envisagées sous un prisme principalement masculin du fait du déséquilibre entre le nombre de réalisateur.trice.s hommes/femmes dans le paysage cinématographique. Affalées dans leur canapé, elles se moquent des hommes et de tout le reste, on rit avec elles et on aurait aimé que cette conversation dure plus longtemps.

Puis tout devient fouillis et chaos. Nous voilà désormais au cœur du tournage du film de sorcières de Béatrice Dalle. Aucune lumière du jour, plongé.e.s dans les abymes du cinéma artificiel on y croise une actrice imbue d’elle-même, un jeune réalisateur prétentieux, des mannequins réduites à leur beauté physique, un chef opérateur agacé de travailler avec une femme hystérique soit disant incapable de diriger, du bruit et des retards de tournage. Les scènes, les lumières, et les sons s’entremêlent sur l’écran avec l’enchaînement des différents split screen, tout est désordre et on finit par ne plus comprendre grand-chose. La tension du film s’accélère, les enchaînements de plans deviennent plus rapides, les histoires d’horreur s’accumulent et Charlotte Gainsbourg finit par brûler sur le bucher. Symbole de la femme condamnée par sa condition depuis la nuit des temps et en particulier depuis le vieux mythe de la sorcière, aujourd’hui symbole féministe par excellence.

Enfin, quand on pensait que le cauchemar était terminé, une succession de flashes stroboscopiques colorés viennent pénétrer nos yeux déjà fatigués par le quatrième film de la journée pendant des minutes interminables. C’est donc la crise d’épilepsie attendue, la minute de bonheur oubliée, ce moyen-métrage perturbant nous laissera des flashes en tête toute la nuit et viendra nous hanter plus loin encore.

La séance se termine sur un public mi conquis mi silencieux, les larmes de Gaspar ; il est grand temps d’aller dormir.

Le cinéma comme sujet privilégié de plusieurs films présents cette année au festival, même s’il est critiquable, n’en reste pas moins notre lumière éternelle.

 

Laura Balaven

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