46e Festival du Cinéma Américain de Deauville : Nos coups de cœur

46e Festival du Cinéma Américain de Deauville : Nos coups de cœur

C’est une 46e édition du Festival du Cinéma Américain pour le moins particulière qui s’est tenue à Deauville début septembre. Après que Cannes a été annulée pour raisons sanitaires et que bon nombre de films se sont retrouvés orphelins de festival, certains d’entre eux se sont retrouvés dans la sélection deauvillaise – et il aurait été dommage de les en priver. Alors que le Festival est connu et réputé pour accueillir les plus grandes stars américaines – on a vu défiler sur la célèbre promenade des Planches Clint Eastwood, Nicole Kidman, George Clooney, Julia Roberts et tant d’autres – et qu’il a été cette année dédié à l’icône hollywoodienne Kirk Douglas disparue récemment, celles-ci sont restées bloquées de l’autre côté de l’Océan. Pour les mêmes raisons, c’est un jury réduit, présidé par Vanessa Paradis, qui s’est réuni pour couronner les meilleurs films de cette édition.

C’est donc assez exceptionnellement aussi – eh oui, nous n’y étions pas allés depuis 2012 – que l’ACD est venue faire un tour au festival de Deauville, pour le meilleur et pour le pire. Mais nous allons vous épargner le pire et vous présenter nos films préférés, ceux qui nous ont émus, effrayés, dérangés, fait rire, et que nous vous souhaitons d’avoir la chance de visionner très prochainement.

 

Last Words de Jonathan Nossiter. Date de sortie : 21 octobre 2020.

Alors que notre monde vit ses derniers instants, quelques survivants errent dans les vestiges poussiéreux et menaçants des anciennes capitales à la quête d’un peu d’eau et de nourriture. Lorsque sa sœur, enceinte, se fait sauvagement tuer dans les rues de ce qui fut Paris, un jeune homme part en quête de « l’Appel », une mystérieuse invitation à se rendre à Athènes où subsisterait un oasis d’humanité. Il croise sur son chemin un vieillard – plus vieux que l’on ne le pense-, terré à Bologne, dont la principale occupation est de restaurer et regarder les pellicules des films qui firent notre époque. Ensemble, équipés d’un matériel de tournage de fortune, ils partent vers la Grèce où ils trouvent effectivement une communauté de survivants, des hippies sans l’espérance, qui vont les accueillir en leur sein.

Last Words est le portrait dérangeant de ce que ce serait notre fin sans violence, sans catastrophe naturelle, le dernier souffle d’une humanité exsangue qui chercherait malgré tout à léguer un peu d’elle à ceux qui viendront ensuite. Le film est porteur d’un message sublime, celui du cinéma comme legs ultime ; en effet, le dernier homme a pour tâche de filmer les derniers mots mais surtout les dernières images de ses congénères. À travers sa caméra on voit Athènes, le berceau de notre civilisation occidentale, en devenir le tombeau pestiféré et l’on se prend au jeu : et nous, à défaut d’une Terre, quelles images, quelles paroles, voudrions-nous laisser à nos descendants ?

  • Justine Lieuve

 

Minari de Lee Isaac Chung. Date de sortie : prochainement.

Doux et poétique, Minari est un film qui sait conquérir le public. Grâce à ses paysages idylliques et ses personnages attachants, on se laisse facilement bercer par son rythme lent et paisible. Mais la douceur de Minari cache en réalité un scénario bien plus brutal : l’histoire d’une famille coréenne faisant face à la désillusion du rêve américain. Jacob, père de famille décide de quitter la Corée pour s’installer avec sa femme et ses deux enfants aux Etats-Unis sur un terrain qui serait, selon lui, propice à l’agriculture. Imaginant dès son arrivant la prospérité de ses plantations, Jacob ne s’attend pas du tout aux difficultés qu’il va devoir affronter. Au-delà de l’esthétique plaisante du film, Lee Isaac Chung, réalisateur de Minari, a ainsi su retranscrire le quotidien compliqué d’une famille d’immigrés alternant des scènes touchantes et drôles avec des scènes plus dures. Cette alternance fait de Minari un film intéressant loin d’être naïf ou insignifiant. A travers ce film, Lee Isaac Chung, nous dévoile une facette du cinéma coréen encore trop méconnue du grand public, celle de la poésie et des émotions. Un cinéma tendre et réfléchit souvent laissé à tort dans l’ombre des grands thrillers coréens.

  • Gabrielle Simon

 

Sound of Metal de Darius Marder. Date de sortie : 20 novembre 2020 en salles puis 4 décembre 2020 sur Amazon Prime Video.

Que devenons-nous lorsque seul reste le silence pour rythmer la journée ? Ruben Stone (Riz Ahmed), batteur d’un groupe de metal dont la chanteuse Lou Berger (Olivia Cooke) est sa compagne, perd peu à peu l’ouïe. Pour ce musicien passionné, ce sont deux histoires d’amour qui se retrouvent mises à mal par cette surdité : celle avec Lou mais également celle avec la musique. En effet, le bruit est ce qui l’anime depuis plusieurs années ; l’agitation le fait vibrer, vivre depuis déjà longtemps. Durant deux heures, c’est tout un chemin vers l’acceptation de soi et l’apprentissage de la langue des signes que nous allons suivre à travers l’histoire de Ruben. Celui-ci va petit à petit se découvrir, se lier avec ceux qui tenteront de rendre son handicap secondaire, car c’est là l’essence même du long-métrage : avant d’être sourd, Ruben est surtout Ruben. Avec une grande sensibilité, le réalisateur Darius Marder parvient à nous mettre dans la peau du jeune batteur ; sa colère, ses joies mais aussi ses peines sont nôtres du début à la fin. Les silences auront, au fil du temps, la capacité d’apporter une forme de paix intérieure à celui qui pourtant, craignait le calme du monde.

  • Albane Perrot

 

Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma. Date de sortie : 13 janvier 2021.

Teddy est un film français réalisé par les frères Boukherma, qui raconte l’histoire d’un garçon de 19 ans, Teddy, dans son village du Sud de la France. Il se présente comme étant un clin d’œil au jeu de rôle « Les Loup-garous de Thiercellieux » : une bête rôde dans les bois, et transmet une horrible malédiction à une victime innocente… Alors que les incidents sanglants se multiplient, les villageois se liguent pour trouver le coupable. Tantôt drôle, tantôt glaçant, ce long-métrage nous montre le quotidien d’un « gars du coin », essentiellement occupé par son petit boulot, ses entrevues avec sa copine, et ses vadrouilles en van. On apprend vite à apprécier son côté naturel et direct, et on le prend en pitié lorsqu’on voit le monde changer sans lui. Très bien écrits, les dialogues nous font souvent rire, rendent les personnages attachants, et permettent de relâcher la pression lorsque le monstre commence à frapper… La dimension fantastique est bien amenée, et on peut seulement regretter quelques effets spéciaux qui auraient pu s’effacer pour laisser faire l’imagination du spectateur.

En conclusion, Teddy a bien mérité sa place au sein de la sélection officielle de Cannes 2020. Il ne reste plus qu’à attendre sa sortie en salle (prévue pour janvier 2021) pour courir le voir !

  • Gaspard Martin-Lavigne

 

The Assistant de Kitty Green. Date de sortie : prochainement.

Kitty Green suit minutieusement, dans son premier long métrage, le cours des heures et la journée de Jane. Fraîchement diplômée d’une école renommée, Jane est stagiaire auprès d’un producteur de cinéma. Elle commence sa journée avant l’aube et ne l’achève que tard dans la nuit. Entre les deux, la caméra, comme une paire d’yeux derrière son épaule, ausculte ses faits et gestes. Le café, les photocopies, les mails, les appels, les jongleries entre vies privée et professionnelle du boss, autant de tâches de l’ombre qu’essuie la jeune femme, discrète, au col roulé rose pâle. Ainsi vêtue, elle rappelle un petit chaperon rose dans un monde mâle et rude, violent, face auquel elle n’a que timidité, persévérance, ou plutôt résignation, pour faire face. À mesure que les heures s’écoule, les abus de ce producteur — on pourrait presque carrément dire Weinstein — se révèlent criant. Et pourtant, rien que le silence ne répond ; Jane traverse dans une solitude extrême ce conflit de conscience.
Ce film a largement mérité le prix de la mise en scène. Les plans sont extrêmement soignés, l’esthétique est léchée et naturaliste… un régal pour les yeux.

  • Marguerite Comoy

 

Uncle Frank d’Alan Ball. Date de sortie : inconnue sur Amazon Prime Video.

1973. Beth, une adolescente interprétée par Sophia Lillis, dont le style et l’énergie collent décidément à l’époque (vous l’aviez peut-être remarquée dans la série I’m not okay with this) déménage tout juste à New York pour ses études. Elle y retrouve son oncle Frank, un professeur de lettres modernes qui a toujours été un mentor pour elle, grâce à son aura alors inexplicable. Mais voilà, à peine débarquée dans la grande ville, elle découvre le secret de celui qui lui a toujours paru triste et détaché du reste de la famille conservatrice : Frank est homosexuel. La mort soudaine du père de Frank représente alors une opportunité pour les personnages de renouer avec les autres membres de la famille, qui les ont toujours traités en parias. Le road-trip est un voyage haut en couleurs à travers de beaux plans des paysages américains, mais aussi grâce à Wally, le compagnon surprise de Frank. Mais on voyage également dans le passé tourmenté de ce dernier, illustration de la difficulté d’en venir aux faits avec soi-même, même une fois l’adolescence passée. Les personnages sont bien creusés et attachants malgré la courte durée du film, même si une bande son plus frappante aurait été la bienvenue pour appuyer l’ode à la confiance en soi et ses convictions que représente Uncle Frank.

  • Savannah Quero-Isola

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)